‹ Urbain ChevreauChapitre 76 sur 371 · C.\RACTÈHES · texte numérisé non relu

C.\RACTÈHES

Coriolan est une âme fière, que son bannissement a irritée. Il reproche amèrement à Sicinie. l'envoyé du Sénat, l'injustice dont il a été victime. En vai:i l'on cherche à l'adoucir.

Traîtres, dissimules, pour floctiir mon courroux,

Vous me venez olViir ce qui n'est plus à vous.

Où sofit tous vos remparts '.'' Qu'avez-vous à défendre,

Que mes gens en un jour ne puissent bien vous prendre?

Non, ne me parlez plus ; je vcu.x donner des lois

A celle qui ne veut lrioin|)her (|ue des rois ;

Qui joint l'ingralituile àses mauvais oflices

Et (|ui prend du (daisir à punir les services.

Est-ce pas de mol seul i|u'elle lient tout son liien ' 'Z

Pour avoir sauvé Rome en cent combats divers, il n'a recueilli (jue la honte et l'ingratitude, mais il se vengera cruellement. Toutefois, dans ce coHir ulcéré régnent toujours l'amour conjugal et l'amour tilial. Dès qu'il voit sa femme et sa mère à ses genoux, il sent diminuer sa haine pour les Romains. 11 a beau se représenter les maux qu'il a soufferts, la justice de sa vengeance : des larmes si chères le bouleversent et lui arrachent, malgré lui, un pardon qu'il avait juré de n'accorder jamais. Dès lors, insensible auxmenacesd'Aufidie,aux remontrancesdeSancine. il décidera d'abandonner le siège de se patrie et succombera par surprise, sous les coups d'ennemis qui n'osent l'attaquer en face. Chez lui, l'orgueil blessé fait place à la tendresse du fils et de l'époux. .Xprès avoir promis aux Volsques de (( réduire en poudre » la ville r|ui a méconnu son patriotisme, il cède aux instantes prières de Vélum nie et de Verginie, bien qu'il se doute du sort qui l'attend. Ecoutez quelques vers des

1. L'usage des Arguments avait fté vivement attaqué, nntamment par Seiidéry, dans sa Comédie dex Comédiens (163 bis) et, (iuiii([ue maintenu enclore, commençait à être délaissé.

2. Consulter sur ce point ta llièse si documentée de M Higal sur Alr.rinidn' llardfi (pp. 161-198).

3 Acte I, scène III, v. 181-180.

stances, où se font jour les doux sentiments opposés qui l'agitent', malgré une certaine recherche dans l'expression.

Je liouve une mère affligée.

Qui ne peut être soulagée

Que par moi qui la dois guérir.

Mais si ma rage est assouvie,

Quand je croirai la secourir,

Le sort punira mon envie.

Les Volsques me feronl mourir,

Si je lui veux donner la vie :

Et, dedans ce dessein que je trouve si beau, Je ne puis y courir qu'en couiant au tombeau.

Ici encore ses dernières paroles sont des paroles de menaces contre les Romains ; mais il ne peut résister à un nouvel assaut et, en faveur de sa mère surlout, pardonne à ses ennemis.

En somme, il est bien conforme à l'histoire, avec cette difTcrence cependant que le (loriolan de Tite-Live en veut aux tribuns de la plèbe et an peuple, tandis que celui de Chevreau s'en prend au Sénat et en particulier à Sicinie, l'un d'entre eux, son ennemi personnel. Tous les deux sont violents, mais sensibles \

Verginie. la femme de Coriolan, déplore le courroux inflexible de son mari et la perle de cet ardent amour tiui les unissait tous deux, avant que le ressentiment contre les Romains vint le refroidir. Elle supplie la mère du héros de se joindre à elle pour tâcher de le fléchir, décidée à se donner la mort, si elle n'y réussit pas.

Il peut jus(iues aux dieux étendre sa fureur.

Il faut donc prévenir un si triste spcclacle;

Nos pleurs et nos sanglots y mettront un obstacle

Ou, si nos propres maux ne le peuvent ranger,

Nous vengerons sur imus l'alTront qu'il veut venger'.

.-Vllachée à sou pays et à ses parenls. c'est pour eux (juclle im[iliire.

Tour i|ui croyez-vous donc que je puisse parler? Ile quoi ! notre intérêt doit-il pas se mêler'? Vcrrai-je mes parents, prés de la sépulture, Hndurer des tournicnls iiu'abborrc la nature.

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