cle II, scène 11, v. ;ili-ot
PIÈCES DE THÉÂTRE 9i
Sachant que leurespi'it est tout prêt de sortir, Sans soulager leurs maux ou sans y compatir ? Lorsqu'on fera de Rome une ville déserte, Voulez-vous que je sois insensible à sa perte ' ?
C'est dans un noble lanf^age qu'elle dépeint l'affliction des matrones romaines, privées par Coriolan de leurs fils ou de leur époux. Quelques traits de mauvais goût ou quelques vers raboteux ne sauraient faire disparaître le caractère généreux de ses paroles. Pour elle, devant le sort qui l'attend après la ruine de sa patrie, elle préfère mourir. Empêchée de se tuer, elle assure à son mari qu'il n'a rien à redouter des Volsques, ses obligés et, lorsque enfin il se déclare prêt à lever le siège de Rome, elle ne demande que le temps nécessaire pour rassurer ses concitoyens, puis elle viendra partager ses dangers et même sa mort. Patriote avant tout, une fois rassurée sur le sort de son pays, elle se tuera sur le cadavre de Coriolan, traîtreusement immolé par les Volsques.
Vélumnie, la mère de Coriolan, est encore plus patriote que Verginie. Elle aime vivement son fils et trouve » infâme » son exil ; mais, à l'idée des maux qui vont fondre sur Rome, elle se désole et se hâte de suivre Verginie, pour implorer son propre salut de celui qu'elle a mis au jour. Devant le refus obstiné de Coriolan, son âme de Romaine se révolte et c'est avec une éloquence indignée qu'elle s'écrie :
Quoi ! Rome doit périr 1 lu veux donc triomplier.
Toi que, dès le berceau, je devais étoulTer '?
Aurais-tu bien prévu dedans celle victoire
Que la honte des tiens dût servir à ta gloire ?
Enfant dénaturé, dont l'aveugle fureur
Va jusques à ta mère et la remplit d'horreur !
Ingrat Coriolan, t'ai-je donné la vie
Atin que par toi-même elle me soit ravie'!*
El ne l'ai-je élevé dans ce comble d'honneur
Qu'afin de me priver de tout autre bonheur'.'' ^
Insatiable lils, dangereuse vipère.
Exécrable serpent (|ui fais mourir ta mère,
Misérable vautour, dont la seule rigueur
Vient m'affliger sans cesse et me percer le cœur !
i Acte in, scpne I, v. 651-6?)8. Les trente vers qui suivent de bb réponse à Coriolan mériteraient aussi d'être cilés Ils respirent à la fois le plus pur patriotisme et les plus tendres sentiments d'humanité. Nous les omettons à regret.
2. Ces vers rai>pellent ceux de Don Diègue dans le Ci<l, après le soufflet qu'il a reçu du comte Don Gormas (Acte 1, se. 111, v. 237-240).
Quand est ce que les dieux, par un soin nécessaire, Changeront pour mon bien ton humeur sanguinaire ? Tu veux donc seulement finir le triste cours De si pressants ennuis par celui de mes jours ' ?
Sa faute a été de trop aimer son fils :
Que ne t'ai-je point fait dans les tendres années? J'ai tant souffert pour toi de peines obstinées ! Et, dans le seul regret de ne te suivre pas, J'ai pleuré, j'ai pàti, j'ai senti le trépas ; Et lu restes ingrat à ma juste prière; Tu défends à mes yeux le bien de la lumière ! T'ai-je pas élevé ? T'ai-jc pas mis au jour ? Et peux-tu justement douter de mon amour ^ ?
Elle était ficre de son fils autrefois, quand son courage faisait de lui le soutien de sa patrie ; mais, en ce jour, elle est réduite à le supplier. Se jetant alors à ses genoux, elle cesse de lui parler comme à son enfant : elle l'implore comme un maître, refuse de se relever et abandonne le tutoiement affectueux qu'elle avait employé tout d'abord. Il était impossible que son plaidoyer, mélange d'indignation et de tendresse, ne fût pas favorablement accueilli par un fils irrité, mais aimant et respectueux.
Aufidie, capitaine des Volsques, déteste Rome, l'ennemie de son peuple. Ecoutez son opinion sur les Romains, telle qu'il la dévoile à Sicinie,run d'entre eux' :
Vous êtes des agneaux ; mais, dans votre courroux, Vous avez la coutume et la rage des loups. Vous n'excusez jamais ; vous n'exceptez personne Et vos sanglantes mains vont jusqu'à la couromie. Vous voulez triompher des plus belles vertus. Les sceptres sous vos pieds demeurent abattus. Les Romains sont sujets, si les rois ne les servent. La guerre les nourrit, les crimes les conservent. Tous les plus noirs pensers que suggère l'enfer,. Les meurtres, les poisons, et la tlamme et le fer, Vous semblent aujourd'hui des ébats ordinaires Et pour vous maintenir des actes nécessaires.
Il veut, pour venger les siens, faire de Rome un vaste cimetière et apaiser par le sang des Romains les « esprits irrités ». Aussi presse-t-il