‹ Urbain ChevreauChapitre 79 sur 371 · Acte V, sciine IV, v. Io51-iao · texte numérisé non relu

Acte V, sciine IV, v. Io51-iao

les abandonne et leur joie de lui faire expier sa faiblesse à l'égard des Romains, sa trahison à leur égard'.

Le sujet de Coriolan a été souvent traité. Hardy, qui en avait fait (1607) une tragédie avec chœurs, proclamait que c'était une matière vraiment digne de la tragédie. Sa pièce se passe en plusieurs lieux et embrasse plusieurs mois^ Le Véritable Coriolan de Chapoton (1638) en est tiré. Chaligny, (îaspnrd Abeilles. Gudin de la Brenellerie, Ricbcr, Mauger, La Harpe, l'anglais Sliakespcarc, l'allemand Collin, etc., etc., ont composé des Coriolans, dont certains n'ont pas été représentés. Auprès d'eux celui de notre Chevreau tient une boime place.

L'auteur a eu le mérite de resserrer le sujet et, abandonnant la marche lente de l'histoire, de songer à faire une véritable tragédie.

Quand la pièce commence, Rome est assiégée et le Sénat délibère. H a déjà envoyé à Coriolan des ambassadeurs qui ont été congédiés avec mépris. Sicinie, l'ennemi personnel du héros, la cause de son bannissement, promet d'aller lui parler au nom de la patrie. Rien en tout ceci que d'intéressant et de naturel. Sicinie montre certes un peu de mala dresse en proposant à Coriolan le gouvernement de Rome, au lieu de s'offrir lui-même en victime expiatoire du mal que sa haine a causé. Cependant sa proposition se comprend, adressée à un homme orgueilleux, que les Romains ont atteint dans sa fierté et qui, d'après l'histoire, avait été exilé, en 490, pour avoir engagé le sénat à ne distribuer aux plébéiens affamés le blé envoyé de Sicile parGéion. que s'ils renonçaient à leurs tribuns. Coriolan est même si sensible à l'outrage qu'on lui a fait, qu'il ne se rend pas tout d'abord aux supplications de sa femme et de sa mère. Son hésitation, bien qu'on soit fixé d'avance sur le résultat final, grâce au récit iiistorique, suspend habilement l'action et ménage quelque temps l'intérêt. Lorsque, vaincu par sa mère tombée à ses genoux, Coriolan se décide enfin à pardonner, c'est sur la scène même que les Volsques l'immolent par surprise. 11 est fâcheux, comme nous l'avons dit, que, ne voulant pas nous fournir de plus amples renseignements sur les autres personnages du drame, Ciievreau n'ait pas arrêté

1. La pièce coraple 1040 vers et dmize pei-iicmnages dont deux sénateurs romains, deux lieutenants et un soldat rolsques. Le premier acte comprend i sc("'nes, ainsi que Je dcuxiéraiî et le troisième ; le quatrième en comprend 7 et le cinquième S. Ces actes comptent respectivement 29i, 320, 308, 304 et 414 vers.

2. V. l'excellente élude qu'en a faite M. Rifial (AleTnmlre Hanly, pp. 32(1-3.13). Nous ne la résumons pas ici; nuiis, comme nons l'avons fuit pour la Smiv du Cul, où Chevreau avait eu pour modèle Corneille, nous insistons sur la valeur du Coriulun de notre auteur, à cause de son illustre devancier, Hardy.

celui-ci à la mort de Coriolan et se soit cru forcé de faire venir Verginie annoncer qu'elle ne peut pas survivre à son époux.

Au point de vue du style, l'œuvre de Chevreau est un peu languissante, affectée et obscure avec des phrases irrégulières ou même peu correctes, une exagération ridicule et du mauvais goût. Il y a pourtant de très beaux vers, notamment dans la bouche de Verginie et dans celle de Vélumnie : nous en avons cité quelques-uns.

Saint-Marc Girardin' reproche à Chevreau d'avoir fait de Coriolan « un mari sentimental et romanesque..., un Céladon », qui, pour obéir à la mode, soupire pour sa femme, « sentiment plus édifiant que dramatique ». Il est certain que ce héros a été transformé pour plaire au goût du temps; toutefois, c'est à sa mère encore plus qu'à sa femme qu'il accorde la grâce des Romains, bien qu'il paraisse ne s'adresser qu'à celle-ci' et, en cela, l'appréciation de M. Saint .Marc Girardin est excessive. Chevreau, en définitive, est resté fidèle à l'esprit de Tite-Live et de Plutarque', qui font contribuer la mère et l'épouse au salut de Rome, tout en attribuant, selon les exigences de l'époque, un rôle assez important à la dernière, dont le discours ne possède pas cependant l'éloquence véhémente et persuasive de l'autre'.

'V. — Les Deux Amis tragi-comédie (1638)

ANALYSE DE LA PIÈCE

Acte I. — Aristide, père de Sophronie, recommande à sa fille, qui, le jour même, vient d'épouser Gésippe, un jeune Romain qu'elle aimait d'obéir toujours à son mari et d'observer les lois de l'honneur \ Celle-ci y est toute disposée, comme elle le déclare à sa suivante Dorisse, confidente de son amour (scène I) :

Que je m'estime heureuse 1 ô combien de plaisirs Succéderont bientôt à mes plus grands désirs '.

(Se. I, V. 41-42).

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