V. Alexandre Hardy, par Eug. Rigal, p. 4!i8, note
3. C'i'sl ce (jue l'aidaient Saiul-Hvremcmtl et Ijeaucnup de cuntempurains. (,V. Ch. Giraud, UHiures inrlèes de Suinl-t'irei)iuiid, pp. ucxsxv-cclv).
son chagrin de rabaiidoiiucr est extrême et il l'exprime vivement en strophes lyriques où, à travers une emphase et une subtilité assez communes au théâtre à cette époque, on sent un attachement véritable et profond'. Mais il met avant son propre bonheur celui de son ami et, ce qui le décidera à se faire passer pour un meurtrier, afin de mourir, c'est surtout la manière froide dont Tite l'a accueilli après son sacrifice.
Otez-vous, ni'a-t-il dit ; ne m'iiiiporliiiK^z pas'-.
Voilà ce qui l'irrite et le désespère ; voilà ce qui le pousse à refuser tout secours, tout espoir de salut ; voilà aussi, sans doute, ce qui explique la joie qu'il témoigne à l'oflEre que Tite lui fait de la main de Fulvie. Après l'amour ardent qu'il avait professé pour Sophronie, ce contentement nous étonne, si nous n'y voyonspas unpeu le plaisirqu'il éprouve àse rapprocher encore davantage de son ami, en épousant la sœur de ce dernier. Car, si nous connaissions le penchant de Fulvie, Gésippe n'avait, jusqu'à la fin, rien dit qui pût nous faire soupçonner de sa part la moindre incli nation pour cette personne, pas plus d'ailleurs qu'au début nous ne connaissions l'amour de celle-ci. Rien, par suite, ne nous préparait à cette union qui arrange tout, mais nous surprend.
Tite, l'ami de Gésippe, recherche comme lui Sophronie. Vaincu par son rival, il accepte de le remplacer et de pénétrer par ruse et sous son nom, auprès de celle qu'ils aiment tous les deux. Très mal refu d'abord, il réussit pourtant à se faire agréer faute de mieux, et. dès lors, s'estime le plus heureux des hommes. 11 devient même, sans s'en douter, arrogant et dédaigneux pour le malheureux Gésippe. C'est le bonheur qui l'a ainsi transformé et rendu ingrat pour son ami. Et pourtant, lorsqu'il le reconnaît dans la personne traduite devant le Sénat sous l'inculpation de meurtre, son cœur s'émeut. Pour le sauver, il s'accuse lui-même et tente de se faire passer pour l'assassin. Cet élan de générosité le rachète à nos yeux et compense la froideur, l'égo'i'sme, la cruauté même dont il avait fait preuve jusque-là à son égard. Enfin, quand, pour réparer entièrement ses torts et resserrer les liens ([ui l'unissent à Gésippe, il lui propose sa sœur, il devient véritablement son émule et comme lui le modèle de l'Ami parfait '.
L'objet de leur amour commun, Sophronie, aurait de beaucoup
1. Ces strophes sont au nombre de deux, comptant chacune six vers de 8 syllabes, sauf h' troisième, quiest de 12 syllabes (Acte 11, scfne 1, v. i03-408 et, 413-418).
2. V. .4.cte IV, scrne Y, v. 1122, 11.10; plue les vers 1133, 1137 et 1140, où il réprte : .Ve in'uiijjuiiiiiif: pas. Cette répétition est du meilleur effet.
3. On pourrait <railleurs, à propos de celte pièce, parler des luuitiés antiques. Tliésée et IMriltioiis. Oreste et l'ylade, Achille et l'atrocle. Epauiinondas et l'élopidas, Damou et l'ythias, Scipion Emilien et Lélius, et surtout des autres excès justifiés par ce sentiment au moyen ftgc, dans l'histoire tl'Amis et Ainile. Mais cette digression
préféré fîésippe pour mari : il l'est d'ailleurs depuis quelques iustanls ; elle lui reconnait toutes les perfections et soupire après l'heureux et très prochain moment où elle lui appartiendra. Aussi sa colère estelle grande, quand elle s'aperçoit que Tite l'a trompée et s'est introduit dans son lit, à la place de Gésippe. Elle l'accable d'injures, appelle au secours, refuse de l'épouser et ne se décide qu'avec peine et par force, sur les instances de son père et les supplications de Tite. Mais, à peine son consentement donné, elle témoigne pour son nouvel époux une affection aussi soudaine et inattendue que celle de Gésippe pour Fulvie et bénit la fuite de son premier amant, qui lui a procuré le bonheur. Ce revirement, comme celui de Gésippe, semblent nuire à l'unité du caractère et prouver que la vive passion témoignée parles deux personnages, avait son siège dans leur tète plutôt que dans leur cœur et, toute de surface, ne possédait pas de profondes racines.
L'amour violent de Fulrie pour Gésippe nous paraît également extraordinaire et subit, il éclate tout à coup à la fin du deuxième acte, quand Straton annonce à celle-ci le départ de l'infortuné. Rien, dans ce qui précède, ne nous y avait préparés. Personne, jusqu'à la fin du deuxième acte, n'en avait dit un mot, alors qu'il eût semblé logique d'entendre Tite montrer à Gésippe une compensation pour son sacrifice, dans l'hymen do sa sœur, dont il était aimé. Quoi qu'il en soit, cet amour est aussi fort que celui de Sophronic pour Gésippe ; mais, contrairement à Sophronie, Fulvie ne cherche pas à trouver dans Straton, qui soupire après elle, un dédommagement à la froideur de l'amant préféré. Sa constance est récompensée, puisqu'à la fin elle épouse celui qu'elle voulait.
Aristide, le père de Sophronie, est un brave homme à l'esprit pratique et rempli de bon sens. .\u début de la pièce, il donne d'excellents conseils à sa fille, au sujet de la prévenance qu'elle doit montrer pour son mari. 11 remplit ainsi l'office de la mère, sans doute morte. Froissé de l'abandon de Gésippe, il ne sait d'abord que résoudre et va consulter les dieux ; puis, conformément à leur volonté, engage son enfant à oublier Gésippe, pour agréer Tite. Certes, la froideur du premier est outrageante, la ruse du second est condamnable ; mais, devant une nécessité absolue, sa fille doit s'incliner et porter toute son affection et ses caresses à celui qui offre, par le mariage, de réparer sa faute.
Straton csi h \a ÎOK le confident de Tite et l'amant de Fulvie. II essaie de consoler l'un et de gagner l'autre. Mais, s'il a le plaisir de voir le frère réussir enfin auprès de Sophronie, il éprouve le chagrin de
serait ici inutili? et prendrait trup de place. La contusion des idées d'épouse et de maîtresse, en outre, sent bien le paganisme et rappelle les Deux Amis ilù Monomofapa de La Fontaine (vni, il).
s'enlcndre refuser par la sœur'. Aussi disparaîl-il avant la fin delà pièce, sans qu'on soit fixé sur son sort. Il s'était ]irobablement lié avec Tite pour approcher de plus près Fulvie ; repoussé par elle, il ne lui restait plus qu'à se retirer et à mourir.
Dorisse est une servante très positive et très matérielle. Elle déclare nettement à sa maîtresse que
Un lit vaut poui' le moins autant qu'un monument'^.
Quand elle voit Tite auprès de Sophronie, elle n'est étonnée que du silence de celui-ci et ne paraît pas se douter qu'il a pris la place de Gésippe, mais plutôt croire qu'il est venu aux cris et qu'il n'ose donner des consolations.
Des deî/.r loleiirs, le premier seulement nous intéresse par ses remords après le meurtre de son compag-uon et par ses aveux qui sauvent les deiu- amis. Le second est puni de sa duplicité par la mort.
Le Prérôt, après avoir cru à la culpabilité de Gésippe et l'avoir arrêté, éprouve des doutes sur la légitimité de l'arrestation qu'il vient d'opérer et rend témoignage en faveur des manières honnêtes de l'accusé. C'est un magistrat intègre et doux, sévère uniquement pour les vrais criminels, un peu crédule toutefois et facile à convaincre.
Enfin des deux sénateurs, Antoine elLiicitlle,]c premier, qui ouvre la séance et semble remplir le rôle d'un consul ou d'un prince du Sénat, ne peut croire à la culpabilité de Gésippe, exige des preuves, conseille à ses collègues de bien réfléchir avant de juger et prononce enfin avec joie l'acquittement, non seulement des deux .\mis, mais du voleur, le vrai coupable ; l'autre, au contraire, veut, malgré tout, voir dans Gésippe un criminel.
Parue en 1638, cette pièce est dédiée à Li'onor d'Extampes de Valenraij, évêque de Chartres. La dédicace est passablement obscure \ L'auteur ne donne aucun renseignement sur son œuvre, ni sur les qualités réelles de celui à qui il l'adresse. Il n'y a en outre, ni Avertissement au lecteur, ni Argument capables de nous éclairer. Le Privilège est daté du 4 juin 1638 : il est si.5>né Conrad * ; l'achevé d'imprimer est
1. C'est au milieu de l'acte III (scène 111) qu'il lui dôclare son amour, mal accueilli, Fulvie ne songeant qu'à Gésippe.