‹ Urbain ChevreauChapitre 83 sur 371 · C.\RACTÈRES · texte numérisé non relu

C.\RACTÈRES

Hennodantc, uVlnnoccnl exilé, «a été banni de la Perse, sans savoir pourquoi, par le monarque dont il était le favori et à qui il avait rendu bien des services. Sujet obéissant et fidèle, il se prépare à partir pour l'exil, décidé à se donner la morf, à cause de l'inconstance d'Arthénice qu'il aime. Toutefois, sur les instances de son ami Théombre et du prince .\stramond, il veut bien servir son pays malgré le souverain cl conduire les troupes royales à l'assaut de Séiras, la ville révoltée qu'on assiège. Mais, à peine a t il retrouvé son amante parmi les prisonniers faits dans la cité vaincue et constaté son amour, qu'il éprouve de nouveaux sujets d'angoisse. Le roi, violemment épris d'Arthénice, s'emporte contre lui, malgré les supplications de celle-ci, d'.-Vstramond et de l'Infante cl ne lui accorde la vie qu'à la condition de servir sa passion.

1. Nous ne savons s'il s'a^'il île Gillet dp la Tessonnièrc" ou île la Tessonncrie, poMe dramatique français, né vers 1020. dont la niinéilie le A>(vii'«i.«i- ( lOiS) a fourni au Orpil amoureux de Mnlière la scène du pédant .Métaplirasle, ou d'un autre Gillet.

2. Chevreau avail alors 27 ans, mais ee n'était pas son premier ouvrage. Les slaneesnes'appliijui'iit dune pas à lui; de là un doute qu'on ne peut dissiper entièreraeiil. malgré l'affirmation des frères Parfaict.

Il y consent. Co n'est pas néanmoins rjuc l'obéissance à son maître ait détruit son amour. Resté seul, il s'écrie :

Fatale obéissance, inutile promesse,

Peux-lu servir ton prince et Iraliir ta maîtresse?

Ne te souvient-il plus qu'elle a reçu ta foi

Et ne lui dois-lu pas autant comme à ton roi ?

Le devoir te l'ordonne et l'amour, au contraire. Plus fort que ton respect, t'empèehe de le faire. Eli l'un tu perds ta gloire, en l'autre ton lionlieur; Mais si tu suis l'amour, il faut perdre l'honneur. Dans cette e.vtrémité que pourrai-jc résoudre' '?

Enfin, après une longue hésitation, un peu plate et monotone, il se décide d'une façon assez inattendue, à « se perdre pour son roi». Nous l'aurions préféré plus amoureux et plus fidèle à sa maîtresse. Il reste Ijien indifférent aux offres et aux menaces de l'Infante, qui veut lui faire partager son amour; mais sa tendresse pour Arthénice n'éclate que d'accord avec le devoir et l'obéissance due aux rois ; car Ce que veulent les rois doit être exécuté-,

Arthénice-' est une dame persane, maîtresse d'Hermodante. Pour voir celui qu'elle aime, aucun danger ne l'a arrêtée. Heureuse, au contraire, de s'exposer à la mort et aux pires violences, elle a pris des habits d'homme ; refuse d'écouter les conseils de Doris, qui l'engage à la prudence et court à la mort a tête baissée ». Tombée entre les mains d'Amintas, elle demande à mourir.

Tu perds en me parlant et Ion temps et la peine; Je chéris ma disgrâce et ton attente est vaine. Je ne saurais répondre à tes soins amoureux : C'est ce que tu sauras de mon sort rigoureux '.

Menacée par lui de « perdre la lumière », si elle n'acquiesce à ses désirs, elle lui répond fièrement.

Ne crois pas que la mort ait assez de pouvoir Pour me faire trahir l'honneur et m(ui devoir. Laisse agir cette main que tu tiens enchaînée ; Oui, cruel, laisse-moi linii' ma destinée.

Page 1