Acte II, scène I, v
Pendant que l'on abat tes gens et les remparts
Et que le sang des tiens coule de toutes parts,
Tu poursuis une femme et soufîVes qu'elle die
Qu'Araintas a toujours suivi la perfidie ;
Qu'un vainqueur ennemi sans être combattu,
A triomphé d'un homme ingrat et sans vertu.
Mais, que dis-je ? d'un homme ? Ali ! je me suis trompée ;
■Va prendre la (|uenouille et (juitte ton épée
Inutile en tes mains ; donne, donne-la moi ;
Permets que je m'en serve à ma gloire et pour toi,
Et qu'elle m'alFrancliisse, en ce besoin extrême,
D'un ennemi mortel, d'un lâche, de loi-mème... '
Toute cette tirade, qu'il serait ti'op long Je citer en entier, respire le plus profond mépris pour l'être sons vertu, incapable d'une action héroïque, qui a laissé dépouiller les siens, sans rien dire. Le cœur d'Arthénice est complètement à Hermodante.
Hermogène, roi de Perse, n'a pu voir Arthénice sans en être épris. Il ne consent à épargner à son rival Hermodante, revenu d'exil sans autorisation, que si! lui cède l'objet de leur poursuite amoureuse. Sa passion s'exalte en effusions lyriques^, dans lesquelles il déplore de se voir préférer un sujet.
\ l'instigation de l'Infante, irritée des refus d'Hermodante, il jure de faire périr celui-ci et envoie .\rislobanne le surprendre au.v pieds d'Arthénice, afln de le convaincre à la fois de désobéissance et de félonie. Sollicité par Théombre, Oronte et Clarimant, qui lui font entrevoir une révolte possible du peuple ; par .\stramond, qui lui rappelle les services d'Hermodante ; il persiste à voiren lui un coupable et à vouloir sa mort. C'est toujours son amour méprisé pour Arthénice (|ui le conduit au fond et dicte ses actes comme ses paroles, .\ussi est-on surpris de l'entendre à la fin, par un changement aussi brusque qu'inattendu, reconnaître l'innocence d'Hermodante et applaudir au bonheur des deux amants enfin réunis.
Astramnnd. prince de Perse et général d'armée est à la fois un ami dévoué, un noble cœur et un généreux caractère. Il console Hermodante banni ; lui conseille de résister à l'amour qu'il éprouve pour « l'inconstante .Vrthénice » ; amour, ii ([ui l'abat et l'oppresse » ; de ne plus songer qu'à la gloire et de faire éclater son innocence par de nouveaux exploits. Après la victoire, il ira lui-même implorer le roi et, s'il ne peut
1 ,\cte II. sciiif 1, V. .■iOli 410.
2. Acte IV, sriMio IV, v. i;U:t-l.172. etc. Pi'inluiil tmilc celle scène, l'iiifaiilc cl Aiuiiite obsci vent ii distance le roi.
obtenir le pardon de son ami, il partagera son trépas. Grâce à son insistance, l'Infante, qu'il aime et que le monarque lui destine, se décide à joindre ses prières aux siennes, pour triompher de la colère d'Hermogène. Voyez en quels termes il réclame la responsabilité de la désobéissance d'Hermodante :
Je le forçai, seigneur, à vous rendre service ; Aurai-je part au crime el lui seul au supplice? Pouvez-vous punir l'un, sans punir l'autre aussi ? Dieux ! quel autre que vous en userait ainsi ? Je suis le plus coupable et ma gloire est flétrie, S'il a commis un crime en servant sa patrie. Ces lieux sont teints encore du sang qu'il a versé. Il suivit mes conseils et seul je l'ai poussé '.
Il méritait bien, par son dévouement, sa noblesse et sa générosité, de voir sa flamme couronnée ; c'est ce qui arrive à la fin, où l'Infante, revenue de son fol amour pour Hermddante, consent à l'épouser.
Fénice, « l'infante de Perse », n'a pas la grandeur, la sérénité d'Astramond. Elle consent, mais sur la prière de celui-ci, à intervenir auprès de son père, pour sauver Hermodante. Elle ne fait guère qu'apparaître, vers la fin du second acte', sans physionomie bien marquée. Son rôlesedessineet son caractère éclate à partir du troisième. Elle se fait raconter par Arthénice et Hermodante l'histoire de leur amour; puis tout à coup, sans transition aucune, elle qui avait voulu tuer de sa propre main Amintas, pour avoir (( adoré les appas » d'Arthénice ' et qui vient de promettre à cette dernière son secours pour la sauver de la poursuite du souverain ', se déclare éperdument amoureuse d'Hermodante. Elle essaye même de lui faire partager son amour et, n'y réussissant pas, le menace de sa a haine » et de sa (( vengeance ». Aussitôt elle l'accuse de tromper le roi et le fait surprendre aux pieds de son amante. Enfin, par un revirement aussi inattendu que son amour, elle sauve Hermodante, en dénonçant Artabaze et accorde sa main à Astramond, l'époux que lui destinait son père.
Par son amour pour un sujet, dont l'unique noblesse réside dans ses exploits, elle fait songer à l'Infante du Cid. Mais elle montre plus