Acte I, scène I, v
obtient néanmoins la vie, grâce à l'intervention même de celui qu'il avait voulu faire mourir. C'est une figure peu sympathique.
Àmintas, prince rebelle, amoureux lui aussi d'Arthénice, ne fait guère qu'apparaître pour la retirer des mains de ses soldats, lui parler de son amour, la menacer de sa vengeance et enfin, au moment d'aller combattre, solliciter d'elle un souvenir et quelques pleurs.
Gérante, gentilhomme de sa suite, l'excite contre Arthénice et lui fait craindre que cet amour ne cause sa perte,
Quant à Aristobaïuie, capitaine des garde et à Cléon, page du roi de Perse, leur rôle est à peu près nul. Le premier arrête Hermodante, sur l'ordre de son maître, le second lui prescrit d'attendre le souverain et de ne pas aller à sa rencontre.
Il y a en tout 15 personnages, sans compter bien entendu les soldats d'Amintas, et 1904 vers, répartis en o actes de 5, 10, 9, 8 et 6 scènes '.
La scène est en Perse *, lit-on à la suite de l'énumération des personnages. Les unités d'action et de temps sont respectées.
Les frères Parfaict, tout en trouvant la pièce mauvaise, daignent reconnaître qu'il s'y rencontre « quelques vers sensés » et citent même (t. VI, pp. 99-100) les deux suivants de la première scène du premier acte:
Il n'est point de malheurs qui ne soient liinilés Et qui sait les soufTrir les a presque domptés.
(Acte I, se. I, v. 47-48.)
Nous en avons signalé bien d'autres et nous aurions pu en augmenter le nombre. Ce qu'on doit noter, c'est que la pièce ressemble à un roman découpé en parties plus ou moins longues et procédant par dialogues ou monologues. 11 y a même, au 3*^ acte, un récit de la vie d'Arthénice tout à fait semblable à ceux qu'on trouve dans les œuvres romanesques du temps et au 4*^ acte, comme tout bon chevalier de romans, Hermodante veut, avant de mourir, prendre congé de la dame de ses pensées. On remarque aussi une certaine ressemblance entre l'Innocent exilé et la Suite ou le mariage du Cid. Dans les deux pièces, le roi s'éprend de la
1. Le premier acte a 380 vers ; Je second, 466 ; le troisième, 376 ; le quatrième. 270 et le cinquième, 412.
2. On a vu que Vunilé de lieu s'étendait au delà des limites d'une ville. Les faits se passent, pour les deux premiers actes, au camp devant Séiras et à l'Intérieur de cette ville ; pour les trois autres on peut supposer que le roi est venu avec sa cour dans la cité rebelle, après qu'elle a été reprise ; sinon l'action se transporterait, dès la scène Vil de l'acte II, au palais de Perscpolis, résidence royale, où le souverain tient son conseil à l'acte V et près de laquelle l'Infante s'est cachée deux fois aux actes IV et V. >"ous avons déjà dit que, dans Corwlan, l'unité de lieu 's'étendait, non seulement à la ville de Rome, mais au camp volsque qui entoure ses murs.
lin L'ECRIVAIN
principale héroïne et l'amant plaide auprès de sa maîtresse la cause de son souverain. Dans les deux également, l'Infante a de l'amour pour le héros. Mais ici, comme dans un roman, Arthénice est la cheville ouvrière du drame. C'est elle que se disputent Hermogène, Hermodante, le prince et son sujet ; Amintas et Artabaze, le rebelle et le calomniateur. Elle est le véritable centre de l'action. Vers elle convergent tous les cœurs et elle le mérite par l'ardeur et la constance de son amour, aussi bien que par son indépendance et sa franchise. Toutes ses qualités trouvent enfin leur récompense, après une série d'aventures assez compliquées. Elle épouse celui qu'elle a toujours aimé. En revanche, les autres personnages, bien qu'ils protestent de leur amour, en semblent peu possédés. Hermodante cède à regret Arthénice au roi qui la lui cède à son tour, après l'avoir cependant menacé de mort s'il n'y renonçait pas. De son coté, l'Infante, si éprise d'Hermodante durant toute la pièce, revient finalement avec assez de philosophie à Astramond qui l'adore, mais qu'elle a toujours dédaigné jusque-là. Cette similitude de la pièce et d'un roman se retrouve dans le nombre considérable des vers et des personnages. Les uns et les autres sont moins nombreux dans une pièce ordinaire. En outre, l'introduction, au 5« acte, de l'ardeur subite d'Hermodante pour Elise, la fille du gouverneur d'Anthéon, amour ignoré jusque là et qui a pourtant causé mille morts, est trop étrange et trop inattendue pour expliquer le supplice prépare contre le héros. On va pouvoir s'en rendre compte aisément.
ANALYSE DE LA PIÈCE
Acte I. — Hermogène, roi de Perse, a exilé son favori Hermodante, amoureux d'Arthénice, une dame persane, qu'il aime lui même.
Doris. la confidente de celle ci, se reproche d'avoir, pour favoriser l'amour de sa maîtresse, consenti à revêtir avec elle des habits d'homme qui l'exposent à des incidents fâcheux. Elle admire la passion d'Arthénice qui, incapable d'y résister, refuse d'écouter les conseils et veut affronte tous les dangers plutôt que de renoncer à son entreprise amoureuse (se. I). Elle la sauve de la mort, au moment où les soldats du prince rebelle Amintas vont la tuer sans la connaître. Mais tout péril n'est pas conjuré. Arthénice repousse les offres d'Amintas. qui l'aime (se. II) et qui ne peut se résoudre, malgré les avis de son ami Géronte, à lui rendre mépris pour mépris, quelque dangereux que puisse être le résultat de son attachement pour elle (se. III). Il s'éloigne à l'instant où Hermodante sort de l'une des tentes du camp avecdeux chefs persans
Théombre et Béronte qui est sans doute le même homme qii'Oronte, désigné au début dans la liste des personnages. Hermodante annonce à ses compagnons que le roi l'a injustement exilé : il veut se donner la mort, mais Théombre l'engage à chercher une nouvelle gloire dans les combats ou bien un trépas illustre '. Hermodante y consent (se. IV). Il se met à la disposition d'Astramond, le généralissime, qui lui confie la direction des troupes cl promet de lui faire avoir sa grâce par l'Infante, dont il doit lui même être bientôt l'heureux époux. Théombre accepte avec joie, au nom de tous, de marcher sous la conduite d'Hermodante et l'on se quitte pour préparer l'assaut, qui doit avoir lieu la nuit prochaine, de la place révoltée de Séiras (se. V).
Acte IL — Arthénice a repris ainsi que Doris des vêtements féminins. Elle reproche avec aigreur et violence à Amintas sa lâcheté, qui lui a fait abandonner les siens, afin de poursuivre de ses « soins amoureux » une femme, qui préfère sa (( haine » et un « cercueil » (se. I). En vain un soldat accourt-il annoncer que les ennemis ont, par surprise, escaladé les murailles, Amintas persiste dans son amour insensé, sans écouter les prières instantes d'Arthénice pour qu'il la tue (se. II). Mais Géronte vient déclarer « que tout est perdu » ; que Séiras est livrée au pillage et que le Perse victorieux massacre tout ce qui refuse de se rendre, pour l'arracher à sa torpeur. Retrouvant alors son courage, Amintas vole se jeter dans la mêlée, en suppliant seulement sa maîtresse de pleurer son trépas (se. III). Celte générosité touche Arthénice, qui pourtant malgré les consolations de Doris voit dans la mort le seul moyen de se délivrer de ses ennuis. Informée que le vainqueur est Hermodante, elle se reprend à espérer. Toutefois elle juge à propos de ne pas se montrer de suite et se retire avec sa confidente (se. IV), aussitôt qu'il arrive. Hermodante se félicite de son succès, lia coupé la tête à Amintas et soumis les mutins. Mais, quoi qu'en pensent Oronte et Théombre, il faut se tenir sur ses gardes et allier à la douceur une sévérité nécessaire (se. V). A ce moment se montrent Doris et Arthénice chargée de chaînes. Hermodante reproche d'abord à celle-ci son infidélité et son ingratitude ; puis, apprenant qu'elle a, pour lui, abandonné sa mère et couru « cent périls », il la débarrasse de ses fers et laisse éclater sa flamme (se. VI). Prévenu par le page Cléon de l'arrivée du roi et de l'infante, il craint à la fois pour
!. Là. si lu veux mourir, cliprche une belle morl.
dit don Diègue à son fils dans le Cid de Corneille (acte III, se. VI, 1088), quand il l'envoie combattre les Maures.
sa vie et pour son amour (se. VII). II a raison ; car, à peine entré, le roi lui reproche violemment de ne pas être parti pour l'exil auquel il était condamné. En vain Arthénice, Astramond et l'Infante unissent leurs efforts pour obtenir sa grâce. Le roi, uniquement occupé d'Arthénice, dont les charmes l'ont soudain embrasé, ordonne à tout le monde de sortir et reste seul avec Hermodante (se. VIII), à qui il impose, non seulement de renoncer à Arthénice, mais encore de la décider à l'accepter lui-même (se. IX). Le roi parti, Hermodante exhale son désespoir. Après avoir longuement hésité entre son amour pour Arthénice et son obéissance au roi, il se décide enfin à exécuter les ordres de ce dernier (se. IX).
Acte III. — Dans une scène d'exposition, assez étrangement placée au début du troisième acte, Arthénice, qui a quitté ses habits d'esclave, fait, à la demande de l'Infante, (i le tableau de sa vie ». Née à Amathonte, elle a perdu son père tué en combattant ; puis, sans le voir, s'est éprise d'un héros, Hermodante, qui l'a délivrée du tyran Zénofort, dont l'amour la «persécutait » (se. I). Quelque temps interrompu par l'arrivée d'Hermodante, désespéré de son bannissement et de l'abandon d'Arthénice, le récit se continue aussi étrange que dans la première scène et se termine juste au point oîi a commencé la pièce (se. II). Aristobanne, capitaine des gardes, vient chercher l'Infante (se. III). Resté seul avec Arthénice et Doris, Hermodante avoue tristement à sa maîtresse l'amour du roi pour elle et l'obligation où il se trouve de la céder, bien malgré lui, à son souverain. Mais celle ci déclare énergiquement qu'elle se tuera plutôt que d'appartenir au Prince (se- IV). Elle renouvelle ce serment à Doris qui, tout en plaidant en faveur d'Hermodante, l'engage à suivre son conseil et à s'incliner devant la volonté royale (se. V)'. Instruite des intentions de son père à l'égard d'Arthénice, l'Infante promet à celle-ci de venir à son aide (se. VI), mais avoue à sa fille d'honneur, Aminte, que son intention est au contraire de la perdre ; car elle aussi aime Hermodante. En vain Aminte lui rappelle qu'elle est promise à Astramond et qu'un prince seul est digne de son amour. Elle invoque l'exemple même de son père amoureux d'Arthénice (se. VII), et, par une inconséquence étrange, loin de s'occuper de la santé d'Astramond blessé, tente d'arracher du cœur de son père afiligé la tendresse qu'il ressent pour une personne indigne de son rang. Mais celui-ci s'irrite et la renvoie (se. VIII). Apprenant d'Hermodante
1. C'est toujours la nii^ine soumission au souverain qui est prèchée partout.
l'inutilité de ses efforts pour lui assurer l'amour d'Arthénice. il songe d'abord à user de violence, puis se résout à faire une nouvelle tentative Hermodante consent encore à le servir ici, tout en se reprochant aussitôt sa faiblesse et son infidélité (se. IX).
Ai'te IV. — Hermodante veut en finir avec la vie; mais, avant de mourir, il désire prendre congé d'Arthénice (se. I). En vain l'Infante essaye de le conquérir, en lui déclarant son amour et en le menaçant de sa vengeance (se . II). Furieuse de se voir repoussée, elle jure de le perdre, malgré les nouveaux efforts d'Aminte pour la rappeler à des sentiments plus nobles et plus généreux (se. III).
Cependant le roi arrive soucieux avec Aristobanne et ses gardes. L'Infante se cache pour l'écouter. Se croj-ant seul, il exprime en trois stances de dix vers, dont six de huit syllabes et quatre dedouze, le dixième vers formant une sorte de refrain et à peu près semblable à la lin de chaque stance, la peine qu'il éprouve de voir sa passion méprisée.
Que ne suis-je Hermodante et que n'esl-il mon roi ?
(Se. IV, V. 136-2).
s'écrie-t-il. Avec moins de grandeur, je serais plus écouté. Il se décide à user de son pouvoir pour venir à bout de la résistance outrageuse d'.Arthénice. L'Infante, qui se montre alors, lui dévoile qu'il est trahi par Hermodante. Celui ci, loin de plaider la cause du roi, plaide sa propre cause auprès de son amante. On devrait les surprendre ensemble. Hermogène expédie à cet effet Aristobanne. Il veut faire mourir Hermodante et laisser Arthénice pleurer « sans cesse un traître audacieux » (se. IV). D'abord heureuse de se venger ainsi des dédains d'Hermodante, l'Infante se reproche bientôt l'indignité de sa conduite et décide d'engager <( tous les chefs » à le défendre. Pour sa part, elle épousera Astramond (se. V). Cependant elle se contente d'annoncer à Arthénice, survenue avec Doris, qu'elle n'a pu réussir à vaincre le roi et se retire, la laissant désespérée et décidée à se donner la mort, malgré sa suivante qui lui conseille d'attendre encore et de ne rien précipiter (se. VI). Elle traite de « perfide », (( d'homme sans cœur », Hermodante venu pour lui faire ses adieux et recevoir d'elle un « noble trépas » (se. VII). .\ ce moment, paraît .\ristobanne. Il emmène le héros au supplice par ordre du roi; non sans qu'Arthénice ait promis à son amant de le suivre et que celui-ci lui ait adressé un mot de consolation (se. VIII).
Acte V. — Aminte découvre à l'Infante quArtabaze (un seigneur sans doute ' ) est un traître, ennemi d'Hermodante et amoureux lui aussi d'Arthénice. Elles se dissimulent à son approche pour l'épier (se. I). Artabaze, se croyant seul, se vante, en deux stances de dix vers chacune, de sa lâcheté et de son crime qui oppriment la vertu de d'Hermodante son rival. L'Infante n'y tient plus et veut se montrer pour punir l'infâme; Aminte la décide à rester immobile jusqu'à son départ; mais, aussitôt après, elle court défendre l'innocent devant le roi (se. II). Celui-ci est dans la salle du conseil, caché d'abord par une tapisserie qu'on tire après le premier vers'. Théombre, Clarimant et Oronte conseillent la clémence en faveur d'Hermodante. que défend le reste du peuple révolté. Artabaze est pour la sévérité. Le roi en courroux les renvoie, au moment oii parait le prince Astramond « conduit par deux des siens ». 11 vient solliciter à son tour le pardon d'Hermodante et offrir son sang pour le racheter. C'est lui-même qui l'a empêché de partir pour l'exil et d'obéir au souverain ; il doit au moins partager son supplice. Hermogène ordonne d'amener Hermodante : il veut le convaincre et le punir devant Astramond (se. III). Pendant que le page Cléon court exécuter cet ordre, Arthénice rappelle l'instabilité de la fortune au roi, qu'ont irrité ses refus de répondre à son amour et se déclare prête à voir « d'un œil sec » la mort ou la grâce d'Hermodante qui arrive (se. IV). sûr de confondre son accusateur. Hermogène lui reproche, à sa grande surprise, d'avoir, après la prise d'Anthéon, traité secrètement avec le gouverneur et, par amour pour la fille de celui-ci, fait retirer les troupes royales (se. V). Cet amour d'Hermodante pour Elise, la fille du gouverneur, est confirmée par Artabaze, qu'on est allé ciiercher pour confondre Hermodante. Mais la fourberie de ce vil accusateur est dévoilée par l'Infante, qui vient également d'arriver et qui répète, à peu près exactement, les vers prononcés naguère par Artabaze fier de poursuivre la vertu. Bourrelé maintenant de remords, il avoue qu'il a menti pour perdre un rival et posséder Arthénice. Le roi lui pardonne son crime à la prière d'Hermodante et se borne à l'exiler. Il fait plus : il rend son estime et sa faveur à Hermodante, promet d'obtenir de la mère d'Arthénice qu'elle excuse sa fille d'avoir fui la maison et de vouloir épouser celui qu'elle aime et donne enfin à .\stramond. plein