‹ Urbain ChevreauChapitre 87 sur 371 · La liste des personnages n'indique pas sa qualité · texte numérisé non relu

La liste des personnages n'indique pas sa qualité

2. Ici devrait commencer la scène III. comme à l'arrivcc d'.\stramond devrait commencer la scène IV et, à celle du page DIcon, la scène V. Il y a eu erreur de la pari du libraire, qui a répété deux fois la scène II. et l'a fail finir au vers lOil, quaud elle devait finir au vers ISliG.

de joie, la main de sa fille l'Infante, qui y souscrit et veut qu'après ce

... favorable jour, OTi l'on voit Iriomplii'i' la constance et l'amour,

(Se. VI, V. l89r,-l89C.)

comme dit Amintc, un trophée rappelle les exploits d'Hermodante et fasse craindre par tout l'Univers « l'Innocent exilé )) (se. VI).

Avant Chevreau, en 1628, d'Auvray avait fait une tragi-comédie l'Innocence découverte et, en 1639, firenaille une tragédie l'Innocent malheureux ou la Mort de Crispe. En 1645, Brosse fera une comédie, les Innocents coupables. Toutes ces pièces n'ont guère qu'une ressemblance de titre avec l'œuvre de Chevreau et ne valent pas mieux qu'elle.

"VU. — Les Frères où les 'Véritables Frères rivaux'

tragi-comédie (ICil).

Cette pièce, représentée en 1641 par la troupe royale, est dédiée à Monseigneur de Liancourt ''.

AX.\LYSE DE LA PIÈCE

Acte I. — Pisiman, frère d'Anaxandre, roi de Thrace, a disputé injustement la couronne à celui ci. Après quelques succès, il a été vaincu et il se plaint à son confident, Armidor, d'avoir été abandonné dans l'infortune par ses amis. Mais, ce qui l'affecte le plus, ce n'est pas la perte d'une couronne injustement acquise ; c'est l'abandon d'une princesse qu'il adore et qui, selon sa forte expression,

« Ressemble aux animaux cruels et furieux

Qui n'ont jamais logé l'amour que dans leurs yeux. »

(Se. I, y. 21-22.)

De son côté, Doralise lui parle des pleurs qu'elle verse, depuis trois ans, sur l'absence de celui qu'elle aime et qui n'est autre qu'Anaxandre. Pisiman, dès lors, se désespère et envoie Pallante, un gentilhomme

1. Les frères Partaict (VI, t'iti, noie a) supposent qu'on a mis « véritables », pour ne point eimtoiulre cette pièce avec celle du sieur Beys, iutitutée Céline ou tes Frères rivaux Le Privilège est du 11 décembre 1640 et l'.Vclievè d'imprimer du 2 juillet 16il.

2. Koger du Plessis, marquis de Liancourt, né en l.'i'.l.'*, mourut en ItJTi. lirave et galant, il aimait le théâtre : Corneille lui a dédié Mélile, Ses jugements faisaient autorité. Il avait épousé, en Ui2U, .Jeanne de Schomberg, à laiiuelle il fut |)eQ fidèle, mais iiui le ramena par sa douceur. La dédicace des Frères rivaux est reproduite eu tète des Lettres nouvelles de Chevreau (I, pp. 1-0).

attaché à sa personne, engager son rival à triompher sur son tombeau, car il est décidé à mourir plutôt que de » vivre lâchement » (se. I). Cependant Anaxandre déplore de son côté la trahison de son frère. Il ne sait s'il doit se montrer pour lui cruel ou doux et gémit sur la rareté des amis. Isis, le lieutenant de ses armées, à qui il fait cette confidence, cherche à excuser Pisiraan, rappelle ses services et insiste sur ce point que son seul crime est sa rivalité amoureuse. Anaxandre se rend à ces raisons et se déclare prêt à pardonner à son frère, malgré sa conduite. Et pourtant cette conduite a été fort blâmable. Profitant de ce que, pour punir le traître Lidumée', .\naxandre, plein de confiance, lui laissait (( l'Etat et Doralise », il s'est révolté- et maintenant

11 est dans Nicopolo, il y tient Doralise :

Il en fait devant lnus sa maîtresse aujourd'hui.

(Se. II. V. 200-201.)

Que faire? (se. 11) .\ ce moment, Pallante remet, de la part de Pisiman, les clefs de la ville à Anaxandre. Celui-ci lui reproche son infamie et l'envoie dire à son frère qu'il saura faire son devoir (se. III). Il se retire après cette réponse ambiguë et qui doit laisser dans l'inquiétude les séditieux.

Apeine est-il parti, que survient l)oralise avec sa suivante Oljmpie, et un gentilhomme a qui elle ordonne de porter aussitôt à Anaxandre une lettre, où elle l'assure' de sa fidélité et le presse de venir la délivrer. A son tour elle quitte la scène, après avoir tenté de faire partager à sa compagne son espoir ' (se IV). Au lieu de parvenir à Anaxandre. la lettre de Doralise est donnée à Pisiman par Arcas, son (( conseiller. » Furieux d'y voir l'affection de la princesse pour son frère, il décide, malgré les avis d" Arcas et l'offre de soumission qu'il a expédiée à Anaxandre avec les clefs de Nicopole. de combattre et de mourir plutôt que de céder Doralise (se. V). Son amour trouble sa raison et le fait manquer à sa parole.

1. Ce mot est tantôt écrit Lulnmée et lanti'it l'Idiiméc. Nous adoptons la prcmifre orthograptie comme la plus rationnelle.

i. .\uaxandie tait de sa campagne contre Lidumée un récit d'une exagération ridicule, bonne dans la bouche d'un matamore, mais non d'un véritnlde conquérant.

3. En six vers lyriques, les deux premiers et les deux derniers de 7 syllabes, les troisième et quatrième de 12; les deux premiei-s rimant ensemble, le troisième avec le cinquième et le quatrième avec le sixième (Acte 1, se. V, v. 269-274).

4. Notons qu'il y a ici changi-meut de lieu, .\naxandre est aux portes de Nicopole où Doralise est captive.

PIECES DE THEATRE ll7

Au commencement de l'Acte II, il répète encore à Armidor qu'il est prêt à périr [iliitôt que de renoncer à celle qu'il aime; mais, puisque Nicopole a ouvert SCS portes et (|u'il est abandonné dotons, il feindra de se soumettre, pour mieux tromper son frère vainquenr(sc. 1). Celui-ci, content de sa victoire, manifeste à tsis, son lieutenant, la résolution où il est de pardonner et engage Pyrrhez, roi de Alysie, dont le secours Ini a été si précieux, à compter sur la main de Porciane, sa sœur, que celui ci craint de ne pas mériter (se. Il) et qui assure en effet à Mélinde, prince de Macédoine cru traître par Anaxandre, qn'après lui, elle (( n'a rien à désirer » (se. 111)'. Pour sa part, Mélinde n'aime pas Porciane. S'il feint d'être son <( adorateur » % c'est pour venger la mort de son père et il invite Clymante, son compagnon, seigneur de Macédoine, à l'aider dans la réalisation de son dessein, au lieu de l'exciter à prendre la fuite (se. IV). Ils se retirent tous deux. Apparaît Pisiman, accompagné d'Arcas, Il consent à recevoir son frère et invoque l'Amour, cause de son tourment (se. V). Anaxandre reproche tout d'abord à Pisiman sa révolte si funeste à l'Etat, mais lui octroie généreusement le pardon. Cependant sa peine est immense lorsque, avec une feinte liumilité, celui-ci conte faussement que Doralise l'a poussé à la rébellion et .qu'elle est son épouse (se. VI) \ Aussi n'accepte-t-il pas les explications de Doralise qui survient et lui ordonne de se retirer. Résolu à mourir, il veut auparavant joindre Pyrrhez à Porciane, mais elle refuse: son cœur a choisi Mélinde, dont

Toutes les actions nous font assez paraître, Pour n'ùlre pas né rui, (ju'il est cligne de l'être* (Sr. VII, V. 593-59'i.)

et qu'il peut le devenir. Pyrrhez est désespéré. Quant à Anaxandre, furieux, il jure de faire périr Mélinde, ce « mortel adversaire )), qui a conspiré contre lui et de tout (( perdre », jusqu'à Doralise (se. \'II). Comme son frère, il est possédé et aveuglé par sa passion.

Page 1