‹ Urbain ChevreauChapitre 88 sur 371 · II manque le v. a"y · texte numérisé non relu

II manque le v. a"y

4. Ce dernier vers se trouve, à peu près identique, dans la Suite du Cid (Acte I, se. II, V. 160). C'est l'Infante dona Urraciue, qui rt^pond aux observations de sa confidente I.éonor,

S'il n'pst roi de naissaiici-, il l'csf bien de mérite.

Dans l'/iiuoceiil exile (.Vcte III, se. VII) Fénice, l'Infante, est également éprise d'un de ses sujets et s'autorise, en cela, de l'exemple de son père, amoureux d'Arthéniee. Toutes ces sœurs ou filles de souverains exaltent à l'envi celui qu'elles ont jugé digne de leur amour, afin de légitimer celui-ci à leurs propres yeux et aux yeux des autres.

Acte III. — Pisiman adresse des consolations hypocrites à Doraliss indignement traitée par Anaxandre; mais elle continue à aimer ce dernier, dont elle excuse la dureté et à qui elle va demander l'autorisation de quitter la Thrace. Pisiman s'applaudit du succès de sa fourbe (se. I). De son côté, Méliiide déclare à Porciane que, déposant tout respect pour le roi qui le prive de celle qu'il désire, il cherchera (( à ses dépens un tombeau glorieux». Eu vain Porciane essaye de le détourner de son funeste projet ; ne pouvant y réussir, elle prend la résolution de sauver son frère et aussi, s'il est possible, son amant (se. 11). En ce qui concerne .Viiaxan.lrc, il se déclare avec emphase prêt à vaincre ses ennemis, comme Jupiter vainquit les Titans. Armidor et Pyrrhez lui conseillent la clémence et l'espoir ; le premier l'assure même qu'il est aimé de Doralise (se. 111). Cette princesse survient à l'instant et sollicite pour prix de son attachement et de sa constance un châtiment (( exemplaire » (se. IV). A son tour Pisiman réclame l'exil ; .Anaxandre le lui accorde, en compagnie de Doralise, ce qui devra leur être agréable à tous deux. Mais à peine sont-ils partis que, sur une nouvelle protestation d' Armidor en faveur de l'innocence de la princesse, il ordonne de la lui amener et prescrit le supplice de Mélinde (se. V), dont le projet homicide lui est encore confirmé par Porciane et la punition réclamée par Pyrrhez (se. VI). Cependant Doralise s'est rendue à l'appel du roi avec .\rmidor. Pendant que Pisiman se désole de son abandon et de sa perte imminente (se. Vil), survient Mélinde, à qui Pisiman reproche avec amertume de l'avoir perdu, mais qui se déclare prêt à vendre chèrement sa vie, et à immoler tous ses adversaires à com mencer par Anaxandre et Pyrrhez. Pisiman le prévient et le frappe à mort (se. VIII). Il le livre ensuite à Isis, qu'il met au courant des intentions du traître, se déclarant prêt à supporter <( doucement » l'exil et les autres peines, heureux d'avoir sauvé son frère (se. IX). Il se présente ici sous un jour nouveau et meilleur.

Acte IV. — Doralise proteste contre l'umour (lu'.Anaxandre lui attribue pour Pisiman (se. 1). Celui-ci, tout en se félicitant d'avoir sauvé l'Etat et son frère par la mort de Mélinde, se déclare prêt à mouriraussi, puisqu'il est abandonné de tous, et en particulier de Doralise (se. H). Toutefois, à la nouvelle du danger iiu'elle court, de la partd'Anaxandre jaloux, il cousent à vivre pour la sauver (se. 111). Et, de fait, après avoir entendu les strophes lyriques ', où elle témoigne de son intention d'en

1. Il y a o slniplic;; île >< mm? ; le picmii'r et le Iriiisirmo «le \'2 syllabes, les 6 autres de 8 ; les deux premiers riinaut eiiseinlile. le troisième avec le sixième cl le huitième, le quatrième avec le cinquième et le septième ; en tout 40 vers (I0io-I08i).

PIECES DE TIIEATHE 119

finir avec la vie (se. IV), il lui promet de la disculper devant le roi, tout en cherchant secrètement un mo3en de ne pas se perdre lui-même (se. V). Mais, chose fort étrange, quand il se pré.sentc devant son frère, dont l'afTeclion pour lui s'est réveillée à la vue de ses malheurs, et au souvenir de ses signalés services (se. VI), il répète son précé dent mensonge ; il soutient de nouveau que Doralise l'aime toujours, ce qui afflige la princesse et irrite le roi (se. VII). Tout cela est de plus en plus compliqué et obscur, incohérent et bizarre.

Cependant Mélinde « àdemi-mort », fait demander une entrevue au roi (sc.VIII),etlui reproche d'avoir usurpé le trône sur son pèreLidumée. C'est pour venger ce dernier et reconquérir son royaume qu'il a cherché à séduire la sœur d'Anaxandre et que, sous un faux nom, il a combattu avec son ami Clymante, espérant triomphera la fin et faire périr l'usurpateur. Pisiman a arrêté son bras, mais il ne lui laissera pas la gloire de sa mort. 11 se tue en effet sous les yeux d'.Anaxandrc, qui ordonne de l'ensevelir dignement et prescrit de ciiercher partout Clymante, le seul traître qu'il reste à punir (se IX). 11 est moral en effet que le vice ait son châtiment comme la vertu sa récompense, au théâtre aussi bien que dans les romans. Clymante n'obtiendra pas sa grâce à la fin.

Acte Y. — .\naxandre autorise Armidor à poursuivre sa ruse, qui doit mettre au jour l'innocence de Doralise et la fourberie de Pisiman (se. 1). Celui-ci déclare en effet à la princesse qu'il continuera à l'aimer et à tromper son frère. Toutefois, devant le désespoir de Doralise, il semble enfin décidé à mourir pour lui rendre le repos (se. H). Pendant ce temps, .\naxandre, toujours hésitant entre la sévérité contre un rival et la douceur à l'égard du soutien de son trône (se. 111), donne sa sœur Porciane, qui y consent, à son allié Pyrrhez, joyeux de cette union désirée (se. IV). Lui-même est bientôt au comble de la joie. Car Pisiman, trompé par .\rmidor, ne tarde pas à venir et, croyant Doralise morte, donne au roi la lettre que Doralise avait envoyée à celui ci au commencement de la pièce' et ({u'il avait soustr;iile. Heureux d'y voir enfin la preuve irréfutable de l'amour de Doralise, Anaxandre lui offre sa couronne qu'elle accepte, en implorant le pardon de Pisiman. H le lui accorde et souhaite, pour terminer, à Porciane et à Pyrrhez, autant de bonheur qu'à Doralise et à lui même (se. VII).

Celte pièce est encore une sorte de roman découpé en actes et en

1. Acte I, scC'nc V, v. 269-274. Elle y assurait .Vna.xauJre de sa fidélité.

scènes. Elle compte 1616 vers'. Le nombre des personnages est de 12.

La scène est à Xicopolc, en Thrace cl aux environs, mais dans des locaux différents et assez éloignés sans doute, Pisiman et Melinde ne pouvant guère conspirer dans le même palais, encore moins dans le même appartement que leur souverain. Les unités de temps et d'action sont observées, quoique avec peine. Malgré la modestie extrême de l'auteur dans sa dédicace, celte tragi-comédie méritait l'honneur qu'elle eut d'être jouée à l'hôtel de Bourgogne, comme l'atteste le bibliophile Jacob.

CARACTÈRES

Pisiman, prince de Thrace et frère du roi Anaxandre, aime éperdument la princesse Doralise, que lui dispute son frère. Vaincu par celui-ci et voj^ant que Doralise préfère son rival, il veut mourir et envoie Pallante, un de ses lieutenants, porter à Anaxandre les clefs de Nicopole, capitale de son gouvernement, où il retient son amante captive. C'est l'amour qui l'a rendu rebelle à son souverain; c'est le désespoir de sa défaite qui le pousse à se rendre. Rencontrant le gentilhomme, à qui Doralise a remis une lettre pleine de tendresse pour Anaxandre, il entre dans une violente colère et, malgré les sages conseils de ses amis, Arcas et Armidor, persiste dans son dessein de disputer à son frère l'objet de sa passion. Pour réussir, il raconte faussement qu'il est déjà marié en secret à Doralise et que, pour lui plaire, il est entré dans la rébellion. Son amour le porte donc à mentir et à sacrifier à son intérêt personnel le bonheur de deux personnes qui s'aiment. Celte fourberie nous indispose à son égard, comme les perfides consolations, par lesquelles il essaye d'arracher à Doralise son attachement pour Anaxandre. Ce qui le relève un peu à nos yeux, c'est le courage avec lequel il prévient la tentative homicide de Mélinde contre son frère et sauve ce dernier en frappant le traître. Mais la sympathie qu'il commençait à nous inspirer est détruite en partie par le nouveau mensonge où, sans craindre d'irriter Anaxandre et d'aflligcr Doralise, il répète qu'il a épousé celle dernière secrètement. Heureusement qu'à la fin sa nature généreuse reprend le dessus. Croyant Doralise morte, il proclame son innocence; puis, apprenant la ruse imaginée par Armidor pour convaincre Anaxandre de la fidélité de Doralise, il sollicite l'honneur de poursuivre les derniers rebelles et d'effacer ainsi In trace de son crime.

1. l.i- priMniiT arlo cimiple '■'< scèiii'S et 330 viis ; Ir ilciixiiMiie. 7 scènes el 30») vers le troisif'inc. !• s(■^■ne^s et 332 vor.< ; le (|imlrit'iiic, '.t scène? cl 316 vers ; le cinquième, 7 sci-ncs et 332 vers. Il manque les vers 318, SSG et li'.l'J ou 13(J0.

En somme, c'est un cœur noble et vaillant. Il a plusieurs fois rendu de grands sepvices, conservé la couronne et la vie à son frère. L'amour a fait de lui un révolté et un fourbe, mais il revient à de meilleurs sentiments et, comme son frère, nous lui pardonnons à la fin.

Anaxaiidre, le roi de Thrace, ne nous cause pas les mêmes incertitudes. Nous le savons incapable d'une fourberie ou d'une lâcheté. 11 est, en amour, le rival de son frère ; mais, pour triompher, il n'abusera pas de sa puissance- L'infidélité de Pisinian l'irrite et il s'en ouvre assez vivement à Iris, son lieutenant. Mais, une fois en possession de Nicopole, il s'apaise et n'en veut plus qu'à Mélinde et à Clymante, les deux principaux fauteurs de la révolte. Cependant lorsque, par suite d'un faux récit, il croit son frère l'époux secret de Doralise, sa passion au désespoir l'incite à le faire périr avec les autres chefs de rebelles. Il revient toutefois à des sentiments plus doux et lui accorde, non seulement la vie, mais encore un pardon absolu, en souvenir de l'appui qu'il en a retiré. Il faut que celui-ci soutienne à nouveau qu il est uni depuis longtemps à Doralise, pour que son dépit amoureux le mette en colère une seconde fois. Au fond, c'est une âme bonne et délicate, qui n'a pas oublié ce qu'il doit à la bravoure de son frère et dont les plus forts emportements sont contenus par la reconnaissance. Lorsque, grâce à la ruse d'Armidor, il s'est convaincu de la fidélité amoureuse de Doralise, il goûte un bonheur sans mélange, et, après avoir rempli les désirs de Pyrrhez en lunissant à Porciane, promet à son frère la couronne de Bithynie, s'il parvient à s'en emparer. Ses derniers mots sont des souhaits de prospérité.

Doralise est la princesse de Thrace que se disputent les Deux Frères ritaux, Pisiman et Anaxandre. Captive du premier, elle reste invinciblement attachée au second, à qui elle adresse une lettre brève mais expressive, pour l'assurer de sa constance. Les rebuffades et le courroux d'.\naxa'ndre ne la changent pas plus que la fourberie et le mensonge de Pisiman. Elle persiste dans son amour et réussit enfin à faire reconnaître son innocence. Sa vertu et sa fidélité ont triomphé à la longue du mauvais vouloir de l'un de ses soupirants, des injustes soupçons de l'autre. Elle ne profite de son succès que pour obtenir le pardon de celui quia voulu la perdre pour la posséder. Nous sommes heureux de voir enfin sa patience courageuse récompensée et de constater son bon cœur.

Les autres personnages, à côté des trois dont nous venons de parler, ont bien peu d'importance.

Porciane, la sœur de Pisiman et d'Anaxandre, aime Mélinde, qui la

l?î L'ECRIVAIN

déteste, tout en la courtisant, et repousse Pyrrhez, qui l'adore. Cependant elle refuse de suivre le premier, lorsqu'il lui communique son intention de tuer le roi et va même jusqu'à le dénoncer. Puis elle consent, avec une complaisance assez extraordinaire, à accepter Pyrrhez, que son frère reconnaissant lui donne pour mari. Sa passion pour Mélinde n'était donc pas très forte : c'était plutôt une simple préférence ; son cœur n'était pas touché : la raison restait maîtresse de ses sentiments; c'est elle qui, sans doute, guide sa conduite.

Mélinde, le prince de Macédoine préféré par Porciane, a feint de répondre à son amour pour mieux venger son père Lidumée, à qui Anaxandre a arraché en même temps (( et le sceptre et la vie' ». Il déteste Porciane (( à l'égal de la peste» a t-il dit à Clymante'; il s'efforce néanmoins de trouver en elle un complice pour tuer Anaxandre. Vaincu, désespéré, il jure de vendre chèrement son sang.

Anaxandre, Pynliez et lous mes ennemis

Me craindront dans l'étal où je me vois soumis.

Nous voyons lous les jours des vainqueurs redoutables

Etre faits des vaincus tristes et déplorables;

Tonilicr des oigueilleux du trône d^s les fers,

De l'honneur dans la honte el du ciel aux enfers ^

C'est une figure énergique, farouche môme, que le culte de son père et le désir de recouvrer le trône, ont poussé dans la rébellion. 11 se poignarde sans proférer aucune plainte et plutôt la menace à la bouche.

Pjirrhez, roi de Mysie, est lui aussi un vaillant soldat. 11 a soutenu puissamment .\naxandre et en reçoit à la fin sa sœur Porciane, pour qui il soupirait en vain jusque-là. Doux autant que brave, il prêche toujours la clémence et s'unit à Porciane et à Doralise pour obtenir le pardon de Pisiman. 11 méritait par sa bravoure et sa bonté de voir réaliser ses vœux et s'accomplir l'union désirée.

.4 rm«(/o>' est le confident de Pisiman. Il aime beaucoup son maître et cependant n'hésite pas à dénoncer à Annxaiidre ses mensonges intéressés. .Vprès avoir d'abord engagé Pisiman à cesser la lutte contre son frère el à mourir, s'il croit sa situation désespérée, plutôt que de persister dans sa révolte et de vouloir violenter son amante ou causer son malheur, n'ayant pas réussi, il juge de son devoir d'avertir le roi el de disculper l'innocente Doralise. C'est lui qui imagine d'annoncer la mort

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