‹ Urbain ChevreauChapitre 89 sur 371 · Acic in, fc^ne VIII, v · texte numérisé non relu

Acic in, fc^ne VIII, v

de cette dernière et contraint ainsi Pisiman à dire la vérité. C'est, en résumé, un bon serviteur, mais qui préfère la vérité et le parti du roi aux intérêts et à la duplicité de son maître. Son âme honnête ne peut souffrir la trahison ni le mensonge. 11 refuse de suivre Pisiman jusquelà. Il a nos sympathies.

Isis, Arcas, Clymante et Pallante sont de simples confidents, sans physionomie propre et tranchée. Le premier entend avec plaisir Anaxandre promettre d'épargner son frère pour ne punir que ses perfides et lâches courtisans ; le second ne parvient pas à empêcher Pisiman de persévérer dans sa révolte et sa rivalité amoureuse ; le troisième conseille à Mélindede fuir pour éviter le châtiment; le quatrième remet au roi les clefs de Nicopole et s'entend menacer de mort pour avoir suivi son chef dans sa rébellion.

Olympie enfin, suivante de Doralise, exprime son admiration pour la constance et la vertu de sa maîtresse au milieu des plus rudes épreuves.

En somme, aucun d'eux ne joue un rôle véritablement actif et intéressant. Ils sont là uniquement pour accompagner un personnage plus important, lui donner la réplique et l'obliger, pour ainsi dire, à manifester aux spectateurs des sentiments qui, sans cela, leur resteraient cachés. Ils ne valent ni plus ni moins que la plupart des confidents de la tragédie ou de la tragi-comédie du xvii" siècle.

Les frères Parfaict, répétant, encore une fois (t. VI, p. 137), l'épithète dont ils semblent prodigues, jugent que cette pièce est aussi (( pitoyable » par la forme que par la versification. Certes, les deux vers qu'ils citent :

Miracle de beauté, devant la fin du jour, ■Vous aurez fait mourir un miracle d'amour'.

sont entachés de mauvais goût. Mais tous ne sont pas, heureusement, comme ceux là et l'on ne saurait admettre qu'il n'y a pas de « noblesse dans les caractères des acteurs » ; que le roi de Thrace, dont le rôle est « assez beau pour le fond », s'avilit par ses discours ; que Doralise « s'exprime comme une mégère avec Pisiman et pleure en mince grisette avec Anaxandre ». Nous avons, au cours de cette étude, démontré le contraire.

Nous ne saurions donc souscrire à ce jugement, pas plus qu'à celui du sieur Bary, éditeur des Véritables frères rùaujc. « Le sujet de cette

I. Acte I, scène I, v. 49-50. Le texte de Chevreau porte Miracle de. nature. C'est Pisiman qui s'adresse à Doralise.

pièce est rare, écrit-il à M. Boyer'. en tète de son édition; les incidents dont elle est accompagnée sont merveilleux et, si l'esprit éclate en son invention, la prudence paraît en sa conduite. Les pensées sont nouvelles, claires et élevées, et si leur multitude surprend les plus spiri- tuels, leur solidité étonne les plus judicieux. Les vers sont doux, coulants, justes et bien tournés. L'auteur a l'imagination nette et présente et l'esprit revêtu de toutes les connaissances dont un grand poète doit être orné. Si j'eusse voulu dire ici de lui tout ce qu'on en doit dire, je n'eusse pu réduire en deux livres ce que j'ai réduit en deux pages. »

Malgré l'étonnement des frères Parfaict pour le goût (( bien singulier » de Bary et de Bonair, l'éditeur d'une partie des pièces de Boisrobert, nous persistons à croire que la vérité se trouve dans une appréciation moyenne. La pièce est un peu monotone et froide, Anaxandre hésite jusqu'à la fin au sujet du traitement qu'il doit accorder à son frère, à la fois son rival et son sauveur ; on trouve quelques expressions légèrement triviales (vers 446, 710, 10^2, par exemple); les scènes sont mal liées et le théâtre reste souvent vide'. Enfin, selon l'habitude d'alors, il y est fréquemment question de feux, de flammes, d'ardeur, etc. ; une préciosité galante accompagnée de lourdeur et d'exagération règne à peu près partout, mais un peu moins choquante que dans les autres œuvres de Chevreau. Quelques vers sont beaux et coulants, exprimant justement des pensées convenables et honnêtes. C'est, en somme, une pièce romanesque, un peu compliquée et touffue, traitée dans le goût du temps.

En 1636 avait paru Céline ou les Frères rivaux, tragi-comédie de Beys\ « Ce poème, disent les frères Parfaict, après une brève analyse, est mauvais en tout : plan, conduite, versification. On pourrait l'intituler aussi bien Les Sœurs rivales '. »

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