CHAPITRE II
Lettres Nouvelles (1642). — Correspondance
avec Le Fèvre (1657 1663) La Trémoille (1659 1662)
et Chapelain (1660-1661)
Considérations générales
C'est par extension du mot genre qu'on a fait des communications échangées à distance entre personnes séparées une classe particulière d'ouvrages. Ce mot en effet désigne quelque chose de défini, délimité dans son objet comme dans sa forme. Or, il n'est pas de sujetqui ne puisse être la matière d'une lettre ; aucune étendue n'est imposée ; il n'y a pas de ton obligatoire. Il n'existe donc pas, à proprement parler, de « genre épistolaire ». La lettre est une conversation par écrit entre personnes éloignées. Il suffit d'observer les règles de naturel, de convenance, de politesse et de tact, qui doivent présider à toutes nos paroles et d'écrire, en un mut, comme on parle, à condition que l'on parle bien.
La lettre étant une conversation écrite, la France, où l'esprit de conversation est en quelque sorte instinctif, devait y exceller. « Cependant, dit Sainte Beuve', la branche épistolaire de la littérature française commence à proprement parler au xvii'' siècle. Auparavant les gens de lettres et les doctes, à part de rares exceptions, (dont celle d'Etienne Pasquier est la plus notable,) s'écrivaient en latin... La littérature française ne se dégage complètement dans le genre épistolaire qu'à dater de Malherbe et de Balzac. » Il y eut, dès lors, un art particulier de transporter au loin, sans l'affaiblir, l'écho des conversations subtiles, d'adoucir le regret des séparations fâcheuses.
Malgré l'établissement de « bureaux de dépèches » dans les grandes