DERNIÈRE RETRAITE ECCLÉSIASTIQUE
confesser librement notre sainte foi et de l'enseigner à nos frères, malgré les improbations et les disgrâces que nous attire l'accomplissement de notre ministère : parafe semper ad satisfactionem omni 'poscenti vos ad rationeTn de ea, quœ in nobis est, spe. Souvenons-nous que nous sommes les successeurs des apôtres qui se réjouissaient d'avoir souffert pour Jésus-Christ : et illi quidem ibant gaudentes a conspectu concilii, quoniarn digni habiti sunt pro noiTiine Jesu contur)ieliam pati.
» Ne nous étonnons pas que le monde nous poursuive ; il a poursuivi notre chef ; nous devrions au contraire nous réjouir que l'Eglise ait joui d'une si longue paix, si tant est que nous puissions appeler paix une époque qui a fait naître tant d'ennemis dans son propre sein. Convaincus de la vérité de notre sainte religion que ni les richesses, ni les honneurs du monde, ni les persécuteurs, ni la mort même ne sont capables de nous ébranler, restons attachés à la pierre angulaire : teneamus nostrae spei confessione mindeclinabilem. Et pour mériter que Dieu nous aide et emploie son bras invincible pour nous défendre, conformons nos œuvres à notre foi ; parce que, sans la charité et ses œuvres, il ne servirait de rien môme de verser notre sang pour l'Évangile : si charitatem non habiiero, nihil sum.
» Et pour les fidèles, de quoi leur servirait-il que les pasteurs conservassent la foi, s'ils la démentaient par leurs exemples scandaleux? Le vrai confesseur de la foi, dit saint Cyprien, est celui qui édifie l'Eglise par sa bonne conduite.
» Plaise à Dieu, mes très chers coopérateurs, que par nos bons exemples, par notre humilité et par notre désintéressement, nous ouvrions les yeux à nos aveugles ennemis etque,nous sanctiiiant nous-mêmes, nous procurions aussi le salut de nos frères. »
C'est ainsi que l'évèque de Dol préparait son clergé
aux persécutions effroyables qui ne tarderont pas à sévir.
Il arriva, à cette époque, que l'abbé JeanGarnier, recteur de la paroisse ÎVotre-Dame de Dol, et député à l'Assemblée nationale, ne croyant pas pouvoir en conscience remplir ses deux charges, remit à son évêque sa démission de recteur. Mgr de Hercé accepta pour son successeur (1) un personnage étrange, Guillot de FoUeville, du diocèse de Saint-AIalo, qui, aussitôt sa nomination, fit preuve d'extravagance en s'empressant d'aller à l'assemblée municipale réclamer le titre de citoyen et prêter le serment civique (2). Il devait bientôt mettre le même empressement à prêter le serment de fidélité à la Constitution civile du clergé, pour ensuite se rétracter, servir sous l'uniforme de grenadier républicain contre les Vendéens, passer dans les rangs de ceux-ci en se donnant pour évêque d'Agra et finalement être guillotiné.
Certes, le choix de Mgr de Hercé n'était pas heureux ; mais à cette époque où les esprits étaient tous troublés, de qui était-on sur ?
Pendant ce temps, l'Assemblée constituante continuait d'usurper les pouvoirs de l'Église. Ayant divisé la France en 83 départements, elle décida, au mois de juin 1790, qu'il n y aurait qu'un évêché par département et conséquemment supprima de sa propre autorité une trentaine d'évêchés, notamment en Ille-et- Vilaine ceux de Dol et de Saint-Malo. Rennes devenait le siège de la Métropole du Nord-Ouest qui devait comprendre les évêchés des dépar-
(1) Reg. du secrétariat, 2 avril 1790. L'abbé Garnicr refusa le serment et passa en Angleterre.
(2) Arch. munigip. de Dol, Reg. des délibérât., G avril 1790.
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tements de Fllle-et-Vilaine, des Côtes-du-Nord, du Finistère, du Morbihan, de la Loire-Inférieure, du Maine-et- Loire, de laSarthe et de la^Iayenne.
Là ne se bornait pas l'abus de pouvoir de la Constituante. Cette Assemblée purement politique dressait toute une Constitution civile du Clergé, confiant au peuple l'élection des évêques et des curés, supprimant les chapitres cathédraux, abbayes et dignités ecclésiastiques, et, qui plus est, défendant aux évêques de recourir au Pape pour en recevoir aucune confirmation. C'était le bouleversement de l'Eglise de France, le schisme décrété par le pouvoir
Comme s'y attendait Mgr de Hercé, comme le craignait ' la municipalité de Dol depuis longtemps, l'évéché de Dol était supprimé.
L'énergique prélat allait-il se soumettre à cette violation des droits de l'Eglise?
La situation était grave ; elle demandait réflexion, conseils prudents et surtout la décision du Chef suprême.
L'évèque de Dol avait fait le sacrifice du temporel de son évêché. Il tint d'abord à se mettre en règle sur ce point, à se préparer à livrer aux administrateurs son Palais épiscopal.
Le jour même où l'Assemblée nationale décrétait la Constitution civile du clergé, le 12 juillet 1790, l'abbé François de Hercé, au nom de l'évèque, son frère, concluait un marché avec plusieurs marchands associés, dont l'un du nom d'Afferoux, par lequel il vendait à ceux-ci la plus grande partie du mobilier qui garnissait le Palais épiscopal, pour la somme de 5 000 livres. Mais les événements pouvant se modifier, Mgr de Hercé prenait ses précautions par cette curieuse condition restrictive du marché :
« Convenu en outre que ledit sieur Afîeroux et ses associez ne pourront ni exposer en vente ni enlever lesdits meubles auparavant le quinze du mois de septembre pro-
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chain, et dans le cas où les circonstances ne permettroient pas à mondit de Hercé de se deffaire de ses meubles et quil aurait la liberté de finir ses jours à Dol, le marché ci-dessus sera regardé comme nul et comme non avenu, et il donnera par forme de gratification audit Afferoux et associez une somme de 100 liv. une fois payée (i). »
Le bon évèque avait donc encore un faible espoir de ter miner ses jours au milieu de ses diocésains. Mais ce faible espoir s'évanouit complètement lorsqu'il apprit que, le 24 août, le R.oi avait donné sa sanction à la Constitution civile du clergé.
Aussitôt, le 7 septembre, Mgr de Hercé faisait livrer aux revendeurs les effets inventoriés (2).
Comme de coutume, l'évèque de Dol avait passé l'été au château des Ormes, et, à partir du 5 juin 1790, date du dernier acte signé du Palais épiscopal (3), s'il remit le pied dans celui-ci, ce ne fut que passagèrement. C'est de son manoir et de son grand séminaire qu'il continua d'administrer son diocèse, malgré le décret de suppression.
Au milieu de ces tristes événements, la grande préoccupation de Mgr de Hercé était ses œuvres de charité que les réformes révolutionnaires mettaient en péril et que ses ressources très réduites ne permettaient plus de soutenir.
(1) Arch. ije l'uùtel J)E Hercé, pièce inlilulée : Marché entre François (le Hercé, au nom de Vévêque de Dol, et phmeurs marchands associés, dont run nommé Afferoux; datée du " f.liàteau des Ormes, ce douze Juillet 1790 ».
(2) Reçu de « Pierre AtTairous dit Bézier, à Dol, ce 7 septembre 1790 », — au pied de la pièce précédente.
(3) Le dernier acte du Re;/. d'Inainuations de l'Évêché de Dol (Arch. i)Ép. d"1lle-ei-Vil., série G) est ilaté du Palais épiscopal, le 5 juin 1790. L'acte d'insinuation de l'ordination, faite au séminaire, du 18 seplendire, est égalemeni daté du Palais épiscopal, mais le Rey. du secrétariat date du grand si'-minaire. Peut-être à cette date du 18 septembre le Greffier des insinuations continuait-il de siéger au Palais.