REQUÊTE POUR SES OEUVRES DE CHARITÉ
Il écrivit à ce sujet au président du directoire du district de Dol la lettre suivante :
« A Dol, 28 septembre 1790.
» Monsieur,
» 11 y a dans cette ville et dans mon diocèse plusieurs établissemens de charité qui sont administrés par les filles dites de la Sagesse, et dont partie de la dotation a été placée sur le clergé. Elles ont été payées régulièrement jusqu'à ce jour aux termes d'avril et d'octobre, et voilà le moment où elles doivent recevoir le terme qui va échoir. Je vous prie de me marquer si on peut compter qu'elles seront payées comme par le passé, car en supposant que les décrets de l'Assemblée nationale y missent obstacle, il ne leur seroit plus possible de vivre, ni de rendre au public les mêmes services qu'elles ont rendus jusqu'à présent, et elles n'auroient d'autres partis à prendre que, celui de se retirer.
» Votre réponse. Monsieur, décidera de leur sort qui est véritablement à plaindre. En d'autres tems j'aurois pu réparer cette perte, mais celle que je fais moy-méme de mes revenus et de mon siège m'en ôte tous les moyens.
» J'ai l'honneur d'être avec respect, )) Monsieur, » Votre très humble et très obéissant serviteur, » f Urb.-R. Évêque de Dol (1). )>
La réponse l'ut favorable. Le directoire du district de Dol autorisa les religieuses à toucher le terme échu ainsi que les autres termes jusqu'au remboursement du principal (2). Les sœurs de la Sagesse restèrent donc à leur
(1) Arcii. dép. d'Illk-et-Vil., G. Evêcho de Dol (acquisil. nouv.).
(2) Arch. dkp. d"Illi:-et-Vil., 2 L.13 : Reg. des délibérât, du District de Dol, 22 octobre ITUO.
poste ; et, deux ans après, on voit le conseil municipal de Dol déclarer que son intention, vu leur refus de prêter le serment, n'est point de conserver ces religieuses « comme institutrices, maîtresses d'école, communauté et congrégation, mais comme filles secourables aux malades pauvres (1). »
La municipalité doloise no tenait point d'ailleurs à se priver du secours de ces pieuses et charitables religieuses. Elle avait déjà assez à se plaindre des pertes que lui faisaient subir les décrets destructeurs de l'Assemblée nationale. On avait bien élevé Dol à la dignité de chef-lieu de district ; mais voilà que cette maigre compensation, on parlait de la lui enlever. Les édiles et notables dolois, qui avaient respiré avec tant d'enthousiasme les premiers souffles de l'ère de la liberté et de l'égalité, commencèrent à s'apercevoir que ces zéphirs n'étaient que les avantcoureurs d'un ouragan qui porterait partout, et particulièrement chez eux, la destruction et la misère. Les administrateurs du district de Dol furent effrayés ; ils en vinrent à regretter l'ancien état de choses : « Dol, — écrivirent-ils aux administrateurs du département, — en obtenant le second district du département, n'a rien obtenu de la bienfaisance de l'Assemblée nationale. Cette ville ne l'a bénie que parce qu'elle lui a rendu justice. Elle a perdu tout ce qu'elle pouvait perdre, évêché, chapitre, séminaire, communautés, etc.. (2i. »
Pour appuyer ses protestations contre la suppression du district, les municipalités unirent leur voix à celle des
fl) Arch. mu.\'icu>. de Dol, Rcq. des délibérât., 2 octobre 17'.)2. Ces religieuses, chargées du soin des pauvres ùDol, au nombre de deux, un moment éloignées de leurs charitables fonctions, furent réintégrées dans leur maison le .30 frimaire an 11, luir jugement de la commission militaire de Saint-Malo. Ibid., lie;/, doi délibcral., 10 nivôse an II (.30 décembre 17<.)3).
(2) Arch. dkp. d'Ille-et-Vil , liefj. de correspond, du District de Dol, lettre du 9 octobre 1700.
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administrateurs dolois et s'ingénièrent à développer les raisons les plus propres à démontrer la nécessité de son maintien. Dans la pétition de la municipalité de Baguer- Morvan, on remarque surtout la quatrième et dernière raison qui semblait devoir donner le coup de grâce au projet destructeur. « Enfin, disait-on, Dol est garny d'un grand nombre d'auberges, telles qu'on n'en voit pas déplus belles ni de plus commodes en aucune ville de Bretagne (1) ».
Cette raison et bien d'autres déterminèrent le maintien du district de Dol. Les administrateurs de ce district tenaient primitivement leurs séances dans une maison d'assez convenable apparence, mais nullement appropriée pour cet usage. C'était la maison du célèbre jurisconsulte Touiller (2), alors administrateur du district de Rennes.
Mais Mgr de Ilercé ayant « vuidé de corps et de biens » le Palais épiscopal, les administrateurs du district, la municipalité et les juges du tribunal demandèrent et obtinrent, mais tardivement, d'en prendre possession (3).
Il ne faut pas croire cependant que, en abandonnant son Palais aux administrations civiles, Mgr de Hercé faisait
(1) Argh. di'u'. d'Ille-et-Vil. : Liasse du district de Dol, l> oct. 1790.
— « Au xv"= siècle (1449), il y avait à Dol cinquante cabaretiers ; aujourd'hui, il n'y en a pas davantage, ce qui prouve qu'on y buvait aussi intrépidement au xve qu'au xi-x--". » Toussaint Gautier, Dol et ses alentours, Rennes, 1854, p. 7.
(2J Ibid, District de Dol, 2 L. 13, Rey. des délibérât , 29 sept. 1790. (3) Ibid. Lettre du district de Dol au département, 15 nov. 1790
— Arch municip. de Dol, Rey. des délibérât., 27 nov. 1790. Le 4 mars 1791, les administrateurs faisaient de nouvelles instances pour s'installer dans le Palais épiscopal. (Arch. dép. d'Ille-et-Vil., 2 L. 23 : Rey. de corresp. du district de Dol, lettre du 4 mars au département.) C'est le l*^"" avril seulement qu'ils en prirent possession.
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preuve de soumission complète à tous les décrets de l'Assemblée nationale. Il avait déclaré faire le sacrifice de ses biens temporels ; mais sa conscience ne lui permettait pas d'obéir aux décisions illicites du pouvoir civil touchant son évêché et ses fonctions épiscopales.
Bien que la Constitution civile du clergé, décrétée le 12 juillet 1790, eût été publiée le 17 octobre suivant, révèque de Dol n'en continua pas moins de remplir son ministère, d'ofiicier dans sa cathédrale et de s'assembler capitulairement avec son Chapitre qui, en grande majorité, suivait le prélat dans la résistance. Et môme le Chapitre, agissant comme s'il ignorait les décrets qui le supprimaient, alla jusqu'à demander au directoire du district un secours pour les othciers delà cathédrale. Les administrateurs s'indignèrent, déboutèrent naturellement le Chapitre de sa demande, et, avant de procéder contre lui, en référèrent au département (1).
La réponse de celui-ci fut qu'il fallait procéder immédia, tement à l'exécution de l'article 21 du décret du 12 juillet sur la Constitution civile du clergé, qui prononçait la suppression des Chapitres cathédraux. En conséquence, le 19 novembre, le directoire du district de Dol délégua trois de ses administrateurs et le procureur sj-ndic pour dresser, le jour même, l'inventaire de la cathédrale (2 .
C'est à trois heures de l'après-midi, au moment où les chanoines terminaient l'oflice vespéral, que les administrateurs du district envahirent Tantique cathédrale i^3j. L'un d'eux, pénétrant dans le chœur, prévint les chanoines du but de leur visite.
(1)Arch. dép. d1lle-et-Vil., 2 L. 13 : Refj. délibérât, district de Dol, i3 nov. 1790.
(2) Ibid., 10 nov. 1790.
(3) Procès-verbal d'inventaire du mobilier de la cathédrale de Dol ; protestation des chanoines; fermeture de la cathédrale. (Arch. dép. d'1lle-et-Vil., si-rie Q. j