‹ Urbain de HercéChapitre 99 sur 196 · DERNIÈRE RETRAITE ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

DERNIÈRE RETRAITE ECCLÉSIASTIQUE

tion. Les bruits de prochaine suppression de l'évèché de Dol s'accentuant de plus en plus, la municipalité décida d'envoyer une nouvelle adresse à T Assemblée nationale, pour demander « la conservation de l'évéque », du diocèse et du Chapitre, et pour réclamer en même temps un tribunal. Il y avait également dans ces réclamations une pensée d'intérêt local. Que serait Dol, privé de son évêque, et conséquemment du Chapitre, du séminaire et du collège ? Aussi les édiles dolois ne manquent-ils pas de demander, dans leur adresse, la conservation de toutes ces institutions « comme les ressources indispensables dans un lieu où il n'y a point de cpmmerce (1) ».

Pendant que la ville de Dol se débattait contre la mort, Mgr de Hercé présidait, au grand séminaire, la retraite ecclésiastique. C'était, comme de coutume, la seconde semaine après Pâques.

L'évéque de Dol ne se faisait pas d'illusion sur l'avenir. Deux ans auparavant, dans une parole inspirée, il l'avait prophétisé au faible Louis XYI, en lui montrant « les voûtes du sanctuaire ébranlées et la Religion menacée du plus grand des malheurs ». Aujourd'hui, la pioche révolutionnaire frappait la base de l'édifice social, les voûtes du sanctuaire s'effondraient, et la Religion persécutée voyait déjà nombre de ses ministres faire cause commune avec les démolisseurs.

Mgr de Hercé se réserva de prononcer le dernier sermon de la retraite. Après avoir tracé un vif tableau de l'époque, passé en revue les décrets anti-religieux de l'Assemblée nationale, montré le libertinage et le schisme commençant à envahir le clergé séculier et régulier, il conclut par cette éloquente péroraison, dernières paroles

{i)Ibid., 27 avril 1790.

de l'évèque à son clergé, testament du dernier évêque de Dol, qui arrachèrent des larmes à l'auditoire (1) :

« O mes très chers coopérateurs, je ne puis vous dissimuler que nous nous voyons réunis ici pour la dernière fois. Satan, l'ennemi éternel de l'épouse immaculée qui nous est confiée, s'est encore déchaîné pour la poursuivre. Il était fixé dans les desseins secrets de Dieu que ses ministres donnassent au monde corrompu l'exemple de la souffrance et delà mort, en défense de la vérité. Il y a déjà longtemps que, jugeant des autres par eux-mêmes, les libertins impies et dépravés s'imaginent que toute la foi des prêtres consiste dans leurs richesses. O mes dignes coopérateurs, ne pleurons pas la perte de nos biens ; pleurons sur les malheurs de notre infortunée patrie qui est sur le point de perdre l'Evangile ; faisons voir à nos ennemis que si nous avons su être riches, la pauvreté ne nous empêchera jamais de prendre soin de nos églises avec le même zèle ; montrons à nos détracteurs que^ ministres du Dieu de charité, nous ne cherchons dans nos fonctions que le salut de nos frères, et que notre amour pour eux est l'unique motif qui nous fait agir. Ne nous préoccupons pas de la nourriture ni du vêtement, et ne craignons pas qu'ils nous manquent, si nous sommes fidèles à notre saint ministère. Voilà le point unique et intéressant pour nous.

» Conservons le dépôt sacré qui nous a été confié par le père de famille ; résistons avec fermeté, comme une roche inébranlable ; luttons vaillamment contre des ennemis qui se servent contre nous des séductions les plus artificieuses et des persécutions les plus sanglantes. Ne perdons pas confiance ; le Dieu qui combat pour nous est plus fort que le monde et que toutes les fureurs de l'enfer, confidite ergo, vici mundum. Ne rougissons pas de

{]) Vicms. en espar/nol.

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