PROTESTATION DU CHAPITRE DE DOL
puissance du siècle, un Royaume chrétien doit également à la puissance spirituelle de l'Eglise (1). »
Cette requête, dont la forme modérée ne faisait que mieux ressortir la logique des arguments, produisit sur les administrateurs une vive impression ; mais elle eut le don d'irriter le procureur-syndic. Aussi, lorsque l'abbé Déric en demanda l'insertion au procès-verbal, ce fonctionnaire observa que cette requête « avait les caractères de la protestation et de l'indocilité aux décrets de l'Assemblée nationale » ; en conséquence il requit « qu'elle ne fût pas inscrite dans un acte fait, dit-il, pour assurer l'exécution d'une loi précieuse et chère à tous les citoyens ».
Sur cette opposition, les chanoines se retirèrent pour délibérer, moins l'abbé Sougé qui à sa dignité ecclésiastique joignait les fonctions d'officier municipal (2), et l'abbé Gallery de la Tremblaye (3), neveu de Mgr de Hercé, lesquels aA'"aient déclaré vouloir rester neutres dans la question.
Revenus dans la sacristie, les chanoines « assurèrent de nouveau que leur intention n'étant point de contrarier les opérations des administrateurs du directoire du district,
(1) Procès-verbal de Pinventairc, loc. cit. — A la suite on lit : « Signé sur le registre : Dufou chanoine président, Déric, Pitel, Destouches, Portier, Dubourne, Dufeu. Par adhésion et procuration de M. Lenormant, grand-chantre, Destouches. Et les ci-devant dénommés ont signé au présent, après lecture, même M. Gault, et n'ont signé MM. Sougé et Gallerye déclarant ni désapprouver ni adhérer à la précédente délibération. »
(2) Le chanoine Sougé se montra plus tard opposé aux excès de la Révolution et fut déporté à Jersey.
(3) Par faiblesse, la seule qu'on puisse lui attribuer, Mgr de Hercé avait, le 6 avril 1789, nommé à un canonicat ce neveu âgé de 20 ans, auquel il conféra le sous-diaconat le 80 avril 1790. (Reg . du necré' tariat.) Il fut un des premiers à donner le scandale du serment et à se marier. (Vie ms. en espagnol.)
ni de s'opposer à l'exécution Je la loi, mais seulement de manifester le désir qu'ils avaient que l'autorité ecclésiastique concourût pour leur suppression avec l'autorité civile », ils renouvelaient leur demande que leur délibération fût inscrite tout au long au procès-verbal. Les administrateurs, après avoir relu entre eux la délibération, accédèrent à cette demande.
A ce moment, six officiers du bas-chœur, entre autres le diacre et le sous-diacre d'office, vinrent déclarer qu'ils adhéraient entièrement aux décrets de l'Assemblée nationale et aux opérations des administrateurs qui en étaient la conséquence.
Cette défection des membres du bas-clergé de la cathédrale de Dol était à prévoir. Mgr de Hercé gémissait depuis longtemps sur leur vie relâchée ; mais le droit lui liait les mains. C'était en vain qu'il avait voulu les forcer à assister chaque mois à une conférence spirituelle dans la salle capitulaire. La plupart d'entre eux, ne confessant point^ se dispensaient même d'assister aux retraites auxquelles étaient tenus les prêtres confesseurs, pour faire renouveler leurs pouvoirs i .
Cependant les administrateurs du district procédèrent à Tinventaire, mirent les scellés sur plusieurs armoires de la sacristie contenant les vases sacrés, les reliques, les divers objets du culte.
Le lendemain, 20 novembre, ils revinrent terminer leurs opérations. L'apposition des scellés sur les armoires de la sacristie continua ; l'une d'elles, renfermant « deux serpens, un basson et une clarinette, » n'en fut pas exceptée.
Au moment où les administrateurs allaient quitter la sacristie, le chanoine Gault leur présenta une déclaration du chanoine du Margaro 2 approuvant la délibération
(t) Vie lus. en espagnol.
(2) Procès-verbal de rinienlaii'e, loc. cit.