FERMETUHE DE LA CATHÉDRALE DE DOL
de ses confrères relative à la suppression du Chapitre.
Après avoir fermé à clef les portes du chœur, les exécuteurs des décrets pénétrèrent dans la salle du Chapitre, y saisirent une somme de .'300 livres qui se trouvait dans le coffre-fort, apposèrent sur tous les meubles et sur la porte les scellés, s'emparèrent de toutes les clefs, fermèrent avec soin les portes de la cathédrale et retournèrent au siège du directoire du district, d'où ils écrivirent au commandant de la garde nationale pour le charger de veiller, principalement la nuit, à la sûreté et à la garde des divers objets renfermés dans la cathédrale (1).
Ainsi s'écroulait pierre par pierre l'institution sacrée et douze fois séculaire à laquelle la petite ville de Dol devait sa fondation, sa gloire et sa vie matérielle. En vain les fonctionnaires laïc[ues de tous noms siégeront-ils dans le Palais des successeurs de saint Samson, Dol s'étiolera et ne comptera plus dans l'histoire. En vain réunira-t-on les deux paroisses de Dol dans l'église-cathédrale, en vain lui attribuera-t-on un titre purement honorifique, ce chefd'œuvre d'architecture restera froid, glacial à toutes ces avances, comme une reine qui pleure son fils unique, le dernier de sa race, ne voulant de consolation que dans le souvenir du passé. Ces voûtes de granit ne se sont élevées que pour résonner des bénédictions d'un Pontife ; cette chaire épiscopale ne saurait être remplie par d'autre que par le successeur de François de Montmorency-Laval (2) ; les soixante-dix stalles canoniales demeureront toujours vides quels que soient les personnages qui les occuperont.
(1) Ibid.
(2) C'est à cr prriat, (jui siégea de 1528 à 1550, qu'est due cette iiuigniliquc stiille épiscopale ornée de ses armes. La crosse (jui la surmonte n'y a été placée que récemment ; elle se trouvait primitivement sur l'ancien maître-autel servant à suspendre la sainte réserve, comme cela se voit encore à. Saint-Pol-de-Léon, à Solesmes, à Amiens, elc...
248 URBAIN DE IIERCÉ
Seule restera l'affirmation de l'antique grandeur, dans le merveilleux vitrail du treizième siècle, vivante épopée qui se rit des siècles, comme elle se rit, dans les flots de lumière qui projettent ses vifs éclats sur le marbre du sanctuaire, des changements de la politique humaine.
En quittant son Palais épiscopal, Mgr de Hercé, avonsnous vu, se retira au château des Ormes. Mais un décret de l'Assemblée nationale, sanctionné par le Roi, le 5 novembre 1790, confiant la régie des biens nationaux nonvendus aux administrations civiles, à partir du P"" janvier 1791, Tévêque de Dol dut encore abandonner cette retraite.
Aussitôt la loi connue, sans élever la moindre protestation, il fît procéder à la vente du mobilier de son manoir, laquelle s'éleva au prix de 2,926 livres. Relevons parmi ces meubles: « Lit de la chambre de M. l'évesque et tapisserie, 300 liv. ; — lit de mademoiselle de Hercé, 284 liv'. ; — le bois du lit de mission, 12 liv. ( 1 ) ».
La vente de cet humble « bois de lit de mission » que le saint évêque avait transporté dans tous les coins de son diocèse, pendant vingt-quatre années, dut faire saigner le cœur du zélé missionnaire. C'était le suprême adieu à ces travaux apostoliques qui lui avaient procuré les plus pures consolations de son épiscopat.
Lorsque ce dernier sacrifice eut été accompli, au commencement de janvier 1791, Mgr de Hercé, pour se conformer à la loi, prévint son ami, l'abbé Mancel, recteur et procureur de la paroisse de Saint-Léonard, dont dépendaient les Ormes, qu'il n'avait plus dans ce manoir « ni
(1) <f Meubles achetés h la vente de M. l'hivesque... » Arcii. de 1. "hôtel de Hercé.