PJE VI ET LA CONSTITUTION CIVILE
Instruit des discussions qui s'élevaient au sein de l'Assemblée nationale pour la formation d'une Constitution civile du clergé, Pie VI écrivit aussitôt, le 10 juillet, à Louis XVI pour le mettre en garde contre ces projet 1:, « Si vous approuvez les décrets relatifs au clergé, disait le Saint-Père, vous entraînerez par le fait même votre nation dans l'erreur, le royaume dans le schisme et peut-être même dans une cruelle guerre de religion. »
« Gardez-vous bien de croire, notre très cher iîls en Jésus-Christ, ajoutait-il, qu'un corps politique et purement civil puisse changer la doctrine et la discipline de l'Eglise universelle, mépriser et faire fi des ordonnances des saints Pères et des conciles, détruire la hiérarchie, décréter l'élection des évêques ou la suppression des sièges épiscopaux, en un mot, bouleverser et transformer à son gré tout l'édifice de l'Eglise catholique.» Le Pape conseillait, enfin, au Roi de prendre spécialement l'avis, sur ce sujet, de l'archevêque de Vienne, Mgr Le Franc de Pompignan (2), et de l'archevêque de Bordeaux, Mgr Champion de Gicé, garde des sceaux (3 .
A la même date. Pie VI écrivait à ces deux prélats pour les charger de détourner le Roi de donner sa sanction aux nouveaux décrets. « Car, disait le Pontife à l'archevêque de Vienne, ce Roi, honoré du nom si glorieux de Roi très chrétien, deviendrait, hélas ! schismatique, et tous les évêques élus selon la forme prescrite par l'Assemblée nationale seraient également schismatiques, et nous serions
(I) Ludovico Francorum hcyi Christianissimo, Piun Papa VI. Romœ, 10 julii 1790. IbicL, p. li. .
i2) Il était ministre d'État depuis le 4 août 1789. A cette époque, il résigna son siège pour ne s'occupei- que des affaires publiques, et mourut à Paris le 29 décembre 1790.
(^i) Il eut le malheur de contresiyinM-, comme garde des sceaux, la Constitution civile du clergé, faute qu'il regretta toute sa vie ; il refusa le sermenl, s'exila et mourut archevéi[ue d'Aix, en 1810.
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dans Tobligation de les déclarer exclus de la communion des fidèles (i. »
A l'archevêque de Bordeaux, il s'exprimait dans les mêmes termes, déclarant par avance « intrus et privés de toute juridiction » les évêques nommés d'après les décrets constitutionnels (2j.
Malheureusement, ces deux prélats ne se montrèrent pas dignes de la confiance du Souverain-Pontife. L'archevêque de Bordeaux contresigna même les nouveaux décrets.
Ils se gardèrent bien d'ailleurs d'instruire leurs collègues dans Tépiscopat des sentiments du Pape à l'égard de la Constitution civile du clergé, ce qui laissa longtemps dans l'incertitude les prélats qui attendaient avec impatience une solution pour régler leur conduite.
A leur tour, deux prélats bretons, Mgr de la Marche, évêque de Saint-Pol-de-Léon, et Mgr Gonen de Saint-Luc, évéque de Quimper, s'étaient adressés au Souverain-Pontife. Pie VI répondit, le 4 août, à l'évêque de Léon, qu'il espérait que, conformément à ses exhortations, le Roi ne sanctionnerait pas les décrets scandaleux de l'Assemblée nationale (3j. Dans sa réponse, en date du P' septembre, il annonçait à l'évêque de Quimper ( 4; qu'il venait de réunir une congrégation de cardinaux pour examiner les atteintes portées par le nouvel état de choses à l'Eglise gallicane, et pour lui permettre d'asseoir sa décision qu'il transmettra au Pioi, selon sa demande, pour qu'elle soit commune à toutes les parties du Royaume.
(1) y. F. Joanni Georgio Archiep. Viennensi, Pim Papa VI. liomx, \OjuHi 1790. Theiner, ibid., p. 9.
(2) V. F. Hicronymo Marne Archiep. Burdegalensi. Piim Papa VI. Homœ, [0 juin 1790. Ibid., [k 7.
(3J V. F. Joanni Francisco episcopo Leunensi, Pius Papa VI. Honne, iauyusli 1790. Ibid., [>. ['.i.
(4) V. F. Tussano Francisco Josepko episcopo Corisopitensi, Pius Papa VI. Homw, I septcmbris 1790. Ibid., [>. 17.