PROTESTATIONS POPULAIRES
bedeau lui succède, et, prêchant la doctrine de la lettre de Févêque, « il démontre les malheurs et les injustices qui sont la suite de la Constitution civile du clergé et du serment des prêtres (1). »
L'émotion avait été grande parmi ces populations si catholiques et si dévouées à leur évêque. Les fidèles s'indignaient qu'on voulût soumettre leurs prêtres à un serment schismatique et qu'on menaçât de les enlever à leur église s'ils n'obéissaient pas. Des habitants de cette même paroisse de Garfantain étaient venus au directoire du district faire des menaces aux administrateurs. Une troupe de femmes de Baguer-Morvan (2) avait aussi envahi le directoire, demandant à grands cris leurs prêtres qui avaient refusé le serment et déclarant qu'elles ne connaissaient d'autre loi que celle du Pape (3).
Les administrateurs du district étaient atterrés ; ils demandèrent des troupes de ligne pour se protéger et combattre l'émeute (4).
Dès le lundi, 31 janvier 1791, le procureur-syndic écrivit au département pour lui annoncer l'échec presque complet de la prestation du serment et dénoncer la lettre du « ci-devant évêque de Dol » contre la Constitution civile du clergé, lettre qu'il n'avait pu encore se procurer. Cette résistance aux décrets de l'Assemblée nationale, il l'attribuait au voisinage du séminaire où demeuraient Mgr de Hercé et son frère, où les Eudistes organisaient la résistance et où les membres du clergé venaient prendre le mot d'ordre. « Le séminaire de Dol, concluait le procureursyndic, est le foyer de ce qu'on appelle aristocrate ecclésiastique. L'ordination s'y est donnée à IVoël dernier, elle
(1) Arcii. dép. d'Ille-et-Vil., 2 L. i:i : Heg. (lélibcrat. du dislrirt de Dol, 4 février 1791, Rapport du [iroc. -syndic.
(2) Paroisse située à 4 kilom. de Dol. (.3) Ibid., Rapport du proc. -syndic.
(4) Ibid.
s'y donnera encore à Pasque. Jamais on ne cioira à la suppression de Tévêché et du séminaire, tandis qu'il existera un évoque et des prêtres 1,. »
Les administrateurs du district de Dol étaient impatients de se procurer la fameuse lettre de Tévêque, qui avait produit im effet si considérable.
Ce fut la municipalité de Bonnemain qui la leur communiqua. Les édiles de cette commune avaient, a-t-on vu, cité le recteur à comparaître à leur « barre )> le 3 février, pour s'expliquer sur son refus du serment et livrer la lettre pastorale qu'il avait lue en chaire.
Ce recteur ne se montra pas crâne dans la circonstance. 11 vint déposer la lettre incriminée, déclara Favoir reçue sous enveloppe et n'avoir pu se dispenser de la lire par déférence pour Mgr de Hercé. Il affirma d'ailleurs n'avoir point participé à sa rédaction, ni l'avoir « mandiée », ni avoir eu l'intention de soulever le peuple contre les décrets de l'Assemblée nationale (2).
Aussitôt en possession de la lettre de l'évêque, le 4 février, les administrateurs du district de Dol se réunirent pour entendre le rapport du citoyen Gautier, procureursyndic, et en délibérer.
Après avoir donné lecture de la lettre pastorale et constaté que « monsieur de Hercé s'intitule, comme au passé, par la miséricorde de Dieu et la grâce du Saint-Siège apostolique, évèque de Dol », le citoyen Gautier s'efforce de démontrer que l'objet de la lettre de Mgr de Hercé est la révolte contre les lois.
« Sa lettre, dit-il, est d'autant plus dangereuse qu'il y
(1) ARCii. DÉi'. u"Ille-et-Vil., 1 L. l.i : Hefj. délibérai, du district de Dol, 31 janvier 1791.
(2) Argh. mux. de BoNJiEMAi.N, Ht;/, délibérât., 3 lVvrit;r 1791.
(3) Arch. déi>. dIlle-et-Vil., 2 !.. 13; Hefj. délibérât, du district de Dol, 4 février 1791.