RÉQUISITOIRE CONTRE LA LETTRE PASTORALE
prend le langage de la religion outragée et persécutée. Jamais on ne l'emploie en vain devant un peuple facile et encore vertueux. »
Le procureur-syndic n'a pas de peine à montrer que « M. de Hercé a touché son but », puisque cinq prêtres seulement ont prêté le serment, et que le pays est troublé.
D'ailleurs, à l'occasion de la prestation du serment, en mars 1790, l'évêque de Dol n'avait-il pas prononcé un discours « rempli de morgue et de mépris » ? N'avait-il pas prononcé le nom du Roi avant celui de la nation ? Dans sa lettre, il a fait plus, il a placé le Roi avant la loi et la nation.
L'indignation gagne le procureur-syndic.
« Dol longtemps et uniquement dominé par les évèques, s'écrie t-il, semblait encore douter de sa liberté, à l'époque de cette protestation; enchaînés par la reconnaissance, les citoyens qui en avaient obtenu des places n'osaient encore faire usage du pouvoir qu'ils ne tenaient pas de lui. »
Cependant la Constitution civile du clergé a été promulguée à Dol le 17 octobre 1790, et, malgré cela, Mgr de Hercé a accordé depuis et accorde encore des dispenses de bans.
Puis le procureur-syndic se plaint que, en dépit de la suppression du séminaire, proclamée le 23 octobre 1790, et le rappel du directoire à l'exécution de la loi, ce séminaire existe toujours ; on y a fait, le 24 décembre dernier, une ordination très nombreuse, sur laquelle le directoire du district ferma les yeux dans la crainte « de causer du chagrin et de la dépense aux jeunes gens qui probablement n'avaient aucune part à cette délibération ».
Le citoyen Gautier se déclare convaincu que cet acte se renouvellera. <( M. de Hercé, dit-il, donne volontiers l'ordination ; il est probable qu'elle aura encore lieu le carême prochain. Cependant, remarque le procureur-syndic, M. de Hercé confère l'ordre à des sujets qui ne sont
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plus les siens et même à d'autres qui ne l'ont jamais été. »
Après avoir ainsi déterminé les prétendus abus de pouvoir ecclésiastique dont s'était rendu coupable l'évèque de Dol, ce fonctionnaire prononce contre le séminaire le delenda est.
a Un séminaire — dit-il plus justement qu'il ne le pensait — est une espèce de forteresse pour un évèque. Il y est encore redoutable pour le peuple et les ecclésiastiques. La lettre pastorale est partie de celui de Dol, au moment même où le décret du 27 octobre devait avoir son exécution. Cette lettre a été précédée et suivie d'assemblées de prêtres voisins. »
« Je me résume et j'applique la loi à ces détails, conclut le procureur-syndic. M. de Hercé y est contrevenu en prenant une qualité qu'il n'avait plus et en protestant publiquement et par forme de mandement contre la suppression de son siège, au moment surtout de la prestation du serment des ecclésiastiques législatifs. Le droit de suppression et de réunion des sièges épiscopeaux et des cures, il y est contrevenu en supposant l'Assemblée nationale capable d'injustice et de persécution ; il y est contevenu, en élevant son autorité, et c'est contre la puissance légitime et nécessaire des représentants de la nation ; et il y est contrevenu, en exerçant des pouvoirs qu'il n'avait plus et en s'immisçant dans les fonctions publiques qui étaient supprimées ; et il est contrevenu, enfin, en se réunissant à d'autres ecclésiastiques, pour combiner un refus d'obéir aux décrets de l'Assemblée nationale ; il est défini, par son décret du 27 novembre 1790, un perturbateur de V ordre public. »
Malgré ce véhément réquisitoire, le citoyen Gautier ne peut s'empêcher de rendre hommage aux hautes qualités de l'éminent et pieux prélat. D'ailleurs, sachant l'estime et la popularité dont jouissait l'évèque de Dol dans son diocèse, le procureur-syndic jugeait prudent d'adoucir par un éloge les àpretés d'un blâme.