RÉOUVERTURE DE LA CATHÉDRALE
après avoir déterminé le nombre des diocèses, avait fixé le nombre des paroisses.
Dol possédait deux paroisses, celle de Notre-Dame et celle de l'Abbaye desservie dans l'église du séminaire. Mais cette ville, ne contenant que 2,580 âmes (1), ne devait, d'après la Constitution civile du clergé, conserver qu'une paroisse. Celle de l'Abbaye fut supprimée et réunie à la paroisse Notre-Dame, dont l'église, aujourd'hui détruite, se trouvait à lorient de la ville.
Le vœu de la population était que le culte paroissial se fit dans l'église-cathédrale, fermée depuis la suppression du Cliapitre. Dans cette vue, la commune de Dol fit adresser une pétition au département par l'intermédiaire du district.
Les raisons apportées pour faire réussir cette demande méritent dètre entendues.
« La cathédrale, disaient les administrateurs de la commune, est un superbe temple et l'église de la paroisse est en mauvais état et actuellement insuffisante. On connaît à Rennes, comme dans le voisinage de Dol, la beauté de cette ancienne cathédrale. Notre assertion sur ce point est conforme à tout ce que le monde sait. Le peuple a ses bonnes et mauvaises habitudes. Celui au milieu duquel nous vivons avoit celle d'aller tantôt à la paroisse, tantôt à la cathédrale. Il parait regretter de ne pouvoir plus alterner. Nous savons qu'il murmure sur la trop longue inutiUté de cette cathédrale. 11 en a vu fermer les portes sans résistance parce qu'il espéroit qu elle fût bientôt devenue église paroissiale. Dans le moment où on veut l'égarer, il est intéressant d'appuyer les demandes raisonnables qu'il forme. Celle dont il est ici question nous semble de ce nombre et mériter toute votre attention... )>
Le dernier argument était assez habile : « Tant que la
il) Arch. dép. d'Ille-et-Vil., L. 244 : aiTêtr- du (l.''|);iil. du 2.*) février 1791.
296 URBAIN DE IIERCÉ
cathédrale restera fermée, les chanoines ne perdront point l'espoir d'y rentrer et le peuple aura toujours Tidée de cette possibilité (1). »
La pétition fut agréée, et, le dimanche 22 mars, le Saint-Sacrement, escorté de la municipalité et de la garde nationale, fut porté processionnellement de l'église Notre- Dame à la cathédrale rouverte au culte (2).
Avant cette transformation de Téglise-cathédrale en église paroissiale, la municipalité de Dol qui, à l'instar de l'Assemblée nationale, s'était attribuée des pouvoirs spirituels, s'était préoccupée du carême prochain. Dans sa délibération du 18 février 1791, elle avait nommé le P. Berthe^ prieur des Carmes, prédicateur de la station quadragésinale. Mais, dans leur sollicitude pastorale, les pieux édiles, a attendu, disaient-ils, que rexpérience a prouvé que la multiplicité des sermons pendant le carême ralentissait la ferveur des fidèles» , déclarèrent suffisants deux sermons par semaine, le dimanche et le mercredi, en tout quinze sermons , et fixèrent les honoraires du prédicateur à 60 livres (3) .
Deux notables de Dol eurent le bon esprit de tourner en dérision cette délibération prise « en bonnet de nuit », non pas à la maison commune, mais « auprès du feu de M. le Maire », lequel, tout en déblatérant contre le despotisme épiscopal, s'attribuait les droits anciens de l'évêque et du Chapitre. Avec raison, les deux notables firent remarquer que, à défaut de l'évêque, c'était au recteur qu'il appartenait de nommer le prédicateur de carême /t).
(1) Arcii. dép. o'Ille kt-Vil., 2 L. i-] : Heg. corresp. district de Dol, 4 février 1791.
(2) Arch. déi'.d'1lle-et-Vil. L. 244; — Irid.. 2 !.. l.i. 12 mars IT'.tl ; — Arch. nation. D. XIX, 2't, district dr l)nl. 2;i IV-vricr 1701.: — Arch. mun. de Dol, Reg. délibérât., 13 mars 171» t.
(3) Arcu. mln. de Dol, Heg. délibérât., IH frvrier 1791.
(4) Arch. déi-. dIlleeï-Vil., Lellrc de .Ican Talion et de Malo Delouoho audrjjartomcnl. 20 frvrior 1791. {Liasse du district de Dol.)
DÉCISION PASTORALE Dt MAIRE DE DOL 297
Le maire de Dol et ses collègues bondirent sous l'ironie et s'expliquèrent dans une épitre dont le style grotesque caractérise bien l'époque.
« Dans un moment, écrivirent les édiles dolois, où des prêtres égarés par l'absurdité d'un fanatisme qu'eux seuls ont intérest à soutenir, souillent la chaire de vérité en y débitant audacieusement qu'il n'y aplus de religion, qu'elle est entièrement anéantie, et qu'ils ne peuvent en conscience le laisser ignorer au peuple ; dans ce moment où les crises se succèdent avec rapidité et se propagent avec abondance, la municipalité de Dol, sachant que le défaut d'Evèque laisseroit le peuple sans sermons pendant le carême prochain, toujours vigilante à détromper le peuple égaré par les insinuations perfides des ennemis des nouvelles loix, a pourvu à la station du carême de 1791. Elle a imposé l'obligation au sieur Berthe, qu'elle a choisi, de faire précéder le texte de son premier sermon du serment prescrit par la loi ; celui-ci a accepté la station aux conditions lui imposées... (Ij. »
Le prieur des Carmes de Dol avait, en effet, accepté tout d'abord la mission que lui confiait la municipalité, et de s'astreindre au serment qu'il n'avait pas prêté jusqu'alors. Mais Mgr de Hercé n'eut pas grand elfort à faire comprendre à ce Religieux la gravité du cas. Aussi le P. Berthe s'empressa-t-il d'écrire à la municipalité que sa mission ne pouvant être autorisée que par l'Église, et n'étant qu'un ministre subalterne, il laissait « aux pasteurs titrés le droit qu'ils ont d'instruire leurs ouailles». Ce refus du prieur des Carmes fut remis à la municipalité au moment où celle-ci terminait la rédaction de sa lettre au département. Elle en fut quitte pour constater que le P. Berthe avait été « dévoyé du sentier où il était (2) » .
{{) Ibid. [.eltre de lacomimine di- Dul ;ni ilt''p;irli'iiit'ii(, t mars 1791. (2) Ibid.
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Cet incident montre la grande influence que Mgr de Hercé continuait d'exercer sur le clergé de son diocèse.
La présence de l'évêque de Dol dans sa ville épiscopale et son énergie en face de la persécution soutenaient le courage de ses prêtres et les maintenaient dans la voie orthodoxe. Un seul « jureur » dans la ville, et six dans tout le district comprenant cinquante-deux paroisses, voilà tout le clergé que le zèle des Jacobins avait pu détourner des sages conseils de Mgr de Hercé. C'était un vrai triomphe pour le saint prélat qui restait plus attaché que jamais à son diocèse.
Aussi un chanoine de Dol était-il fier d'écrire à un prêtre de Saint-Malo :
« Notre évêqueest toujours au séminaire avec son frère, mal logé, mal nourri, et bien résolu de ne pas quitter son diocèse que la violence ne l'en arrache.
)) 11 est bien étonnant, ajoutait-il, que celui de Saint- Malo ait pris la fuite ; c'est une lâcheté qui le déshonore (1) ».
Certes, l'évêque de Saint-Malo, Mgr Cortois de Pressigny, fut loin d'imiter l'énergique attitude de Mgr de Hercé et des autres évèques bretons. Le 14 octobre 1790, on lui signifiait la suppression de son siège, et, après une platonique protestation, dès le lendemain, le prélat quittait sa ville épiscopale et partait pour Paris ( 2 . On était en droit d'attendre mieux d'un si pieux prélat. Si les lettres qu'il adressa à ses diocésains, l'une de Quencey, en Bourgogne, le 24 avril 1791, pour leur déclarer qu'il est seul
(1) Letlie (lu cliaiKHiie l'ilel à M. l'aMir Lissili)uc, à Saiiit-Malo, 12 frvrier 1791. (Akgh. mun. di: Saint-Malo, liasse nuu cotée.)
(2) (iru.LOTiN DE CoKso.N, Pouillé historïq. de Hennés, t. I, p. 609.