ATTITUDE DES ÉVÈQIIES BRETONS
évêque de Saint-Malo (i;, et une autre, le 5 avril 1792, datée de Cliambéry en Suisse, pour leur dénoncer le bref de Pie VI condamnant les intrus (2), montrent Torthodoxie de sa foi, elles ne suffisent pas pour excuser sa fuite précitée avant même tout danger. jSIgr de Pressigny dut se sentir humilié lorsqu'il connut cette apostrophe, lancée du haut de la tribune de l'Assemblée nationale par le citoyen Voidel à FEpiscopat français et spécialement aux évèques de Bretagne :
«Que n'imitez-vous M. l'Evêque de Saint-Malo? Il avait les mêmes idées que vous sur la suprématie de la Puissance ecclésiastique ; il n'a pas protesté, il n'a pas désobéi ; il s'est écha})pé aux regrets de ses Diocésains ; il a rempli le plus saint do ses devoirs (3i. »
Si Mgr Bareau de Girac, évêque de Rennes, et Mgr de Hercé s'était rendus aussi facilement quel'évêquede Saint- Malo aux injonctions des pouvoirs publics ; s'ils s'étaient tùs devant les décrets de l'xVssemblée nationale, le départementde l'IUe-et-Vilaine, abandonné par ses trois évèques légitimes, eût été aussi vite que le département du Finistère livré aux mains d'un évêque constitutionnel.
Mais Mgr de liercé, par sa résistance opiniâtre, gênait l'action des administrateurs, en maintenant dans les idées anti-constitutionnelles une partie notable des prêtres et des laïques du département. Son zèle recevait un fort appui de l'énergie de son collègue de Rennes.
Mgr Bareau de Girac, sur l'ordre de ses médecins, séjournait loin de sa ville épiscopale dont le climat était funeste à sa santé délicate. 11 habitait Paris au moment où
1 1) TREsvAux,H2si. de lu persécution révolut.en BretcKjiie, t. 1. |». i'M.
[■l] Lettre p astoralc de M. CÉvêque de Saint-Mnlo. Paris, C.rapart, 1792. ln-«" (le IC |iai,M's.
{!<) Iia[i|i(irl (If Vdidcl sur le scrmoiiL à priHcr ;'i la Conslitution civile du elerij;é, proiiDiicé à la séance du 2() iioveiuln'i^ 17*.)0, inipriuié en tète du Décret sur le serment. A i'aris, chez Haudouin, imprimeur. In-H" de 28 paf^es.
fut publiée la Constitution civile du clergé. Il lui suffisait de se soumettre aux décrets de l'Assemblée, pour devenir évêque de tout le département de l'Ille-et- Vilaine, et métropolitain du Nord-Ouest. Mais Mgr de Girac était trop instruit de ses devoirs et des droits de l'Eglise, pour accepter de l'autorité civile, notamment, une juridiction spirituelle sur les parties des diocèses de Dol et de Saint- Malo réunies à son propre diocèse et possédant encore des pasteurs légitimes. Aussi, sollicité par les administrateurs du département de mettre à exécution les décrets de l'Assemblée nationale, employa-t-il les premiers intervalles que lui laissèrent « les douleurs aiguës et presque continuelles dont, disait-il, la Providence m'afllige depuis plus d'une année », pour adresser au procureur général syndic du département de Tllle-et-Vilaine une longue déclaration très motivée sur la nouvelle org'anisation du clergé. Dans ce document, daté de Paris le 10 décembre 1790, Tévèque de Rennes déclarait ne pouvoir souscrire aux articles de la Constitution tant qu'ils n'auraient été acceptés par le Souverain-Pontife, auquel il reconnaissait, dans toute l'Eglise, une primauté de juridiction de droit divin. Il attendait donc que la Congrégation des cardinaux, chargée par le Pape d'examiner la nouvelle organisation du clergé, communiquât sa réponse à l'Eglise gallicane (1).
Mais, on l'a vu, la réponse du Pape s'était fait longtemps attendre. D'ailleurs l'Assemblée nationale n'en avait cure. Elle s'était arrogé des pouvoirs spirituels qu'elle n'entendait partager avec quiconque.
Le 8 janvier 1791, le département de l'Ille-et-Vilaine publiait la loi du 26 décembre précédent prescrivant la prestation du serment à la Constitution civile. iNIgr Bareau de Girac, l'ayant refusé, fut déclaré déchu et son siège va-
(1) Déclaration de M. r Évêque de Rennes, sur la nouvelle onjanisation du Clfri/é. In-8° de 20 pages, stms nom (riiiipriiaeur.
PROTESTATION DE l'ÉVÊQUE DE RENNES 301
cant. On parla alors de procéder à l'élection d'un évêque du département de Fllle-et- Vilaine, métropolitain du Nord- Ouest, c'est-à-dire d'un successeur des évêques de Rennes, de Dol et de Saint-Malo.
Quelque temps auparavant, Mgr de liercé avait publié son énergique protestation contre la suppression de son siège. Devant Facte brutal de destitution dont il était l'objet, Mgr Bareau de Giracne pouvait lui aussi se taire. Il tint à prémunir les électeurs du département de Tllle-et- Vilaine contre l'acte illicite auquel ils étaient conviés. Il leur adressa une lettre i i) pleine de dignité, de science et de logique.
« Combien il est allligeant pour moi, leur disait-il, que la longue et cruelle maladie qui me tient éloigné de vous ne me permette pas de me transporter au milieu de cette assemblée ! »
L'évèque montrait que sa destitution était irrégulière, injuste, nulle et schismatique ; car elle ne pouvait se faire que par une sentence régulièrement émanée de son supérieur et sans qu'il eût été convaincu d'un énorme délit. Il rappelait aux électeurs que le Souverain-Pontife avait refusé de confirmer le choix des électeurs du Finistère. Dans ces circonstances, il les exhortait à examiner si l'on pouvait valablement nommer à un évêché qui n'est pas vacant, « si celui qui s'en empare, sans la mission du supérieur ecclésiastique, n'est pas coupable d'intrusion, et si une association, qui n'est point encore formée et qui n'obtiendra jamais la communion du Saint-Siège, serala A^éritable Eglise ».
La lettre de Mgr Bareau de Girac était datée du 18 février 1791. Dix jours après, le 28 février, les électeurs du
[i) Lettre de M. rÉcéque de Rennes à MM. les Électeurs du département de Vlsle-et-Vilalne. Paris, 10 février 1791. In-4° do 10 pp. sans nom ffimprimeur.
302 URBAIN DE HERGÉ
département de l'Ille-et-Vilaine, réunis dans l'église abbatiale de Saint-Melaine, nommaient évêque de l'Ille-et- Vilaine et métropolitain du Nord-Ouest, Claude Le Coz, principal du collège de Quimper et procureur-syndic du district de Ouimper (1).
On pourra s'étonner que les électeurs de l'Ille-et-Vilaine soient allés chercher dans le collège deQuimper l'évêque de leur département, alors qu'autour d'eux se trouvaient des ecclésiastiques de valeur et dont le zèle révolutionnaire était notoire. Claude Le Coz devait cette distinction, non pas précisément à ses capacités et à son intelligence que personne ne niera, mais à l'auréole tapageuse dont il avait su s'entourer dès le début de la Révolution.
L'un des premiers dans le clergé, sinon le premier, il avait donné, dans un écrit, une approbation longuement motivée à la Constitution civile du clergé, et avait essayé de prouver que ce décret de l'Assemblée nationale était « conforme à l'esprit primitif du christianisme et propre à lui donner son antique splendeur (2). »
A l'exemple du département du Finistère (|ui, le 10 octobre 1790 avait ordonné l'impression de cet écrit du procureur-syndic du district de Quimper, le département de l'I Ile-et-Vilaine avait arrêté de son côté de le faire imprimer à trois mille exemplaires, afin qu'il fût distribué par les municipalités aux curés des paroisses et aux électeurs de chaque district (3).
(1) Procén-Dcrhal de la session d'assemblée électorale du département d'isle-et -Vilaine, réunie à Rennes le 27 février 1791 {cl jours suivants), pour la nomination de Févêque métropolitain du ?{ord-Ouest. (Auch. DÉi'. 1)'Ille-ki-Vil., série L. Clerijé.)
(2j Observations sur le décret de l'Assemblée nationale, pour la Constitution civile du clergé et la fixation de son traitement, accepté et sanctionné par le Roi le 2i août 1790, adressées au.v citoijens du Département de Finistcrc. Rennes, Imprimerie Robiquel. 111-4° de .■:I2 i)p. L'édition du Finistère fut imprimée à Quimper, cliez Derrien.
(3) Ces arrêtés sont imprimés à la fin de la brochure.
LEVÊQUE INTRUS LE GOZ 30i:>
La publicité des Observation-'^ de Le Coz fut donc considérable.
Mais Le Coz trouva dans un savant docteur de Sorbonne, Tabbé Coroller, curé de Saint-Mathieu de Quiniper, un tei-rible adversaire qui réfuta vivement les Observations et répondit non moins victorieusement aux trois mémoires que l'abbé procureur-syndic composa pour sa défense. « Si la lutte fut vive des deux côtés, elle ne fut peut-être pas assez courtoise de la part du procureursyndic, qui se prévalut de ses fonctions pour demander et obtenir, d'une part, l'appui de l'administration en faveur des écrits de Vabbé Le Coz, et, d'autre part, la saisie de ceux de son antagoniste (1). »
Ce fait montre bien le caractère intolérant et orgueilleux du libéral et démocrate Le Coz.
Du diocèse même de Rennes, parut une brochure qui, avec une science profonde de la théologie et de l'histoire ecclésiastique, démolit pièce par pièce toute l'argumentation du rédacteur des Observations. L'auteur qui signait : « Un prêtre du diocèse de Rennes », n'était autre que l'abbé de Chateaugiron, professeur au collège de Rennes (2).
Ce sont les Observations de l'abbé Le Coz et le bruit qui s'était fait à leur occasion, qui attirèrent sur leur auteur la sympathie des partisans de la Constitution civile du clergé et l'attention des électeurs du département de rille-et-Yillaine.
Le 2 mars. Le Coz recevait notification de sa nomination àl'évèché de rille-et- Vilaine. Ses sentiments, il essaya
^1) Levot, Biographie bretonne, art. Le Coz. L'abbé Hanu'on, recteur de Trégommeur, diocèse de Sainl-Brieur, entrepril aussi de réfuter Le Coz.
(2) Doutes modestes proposés à M. Le Coz ou observations impartiales sur son Mémoire, concernant le décret de V Assemblée nationale sur la Constitution civile du clergé, par un ])i'<Mre du diocèse de Renues. In-4'' de i3.") pages, s. \. n. (L
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de les cacher dans deux lettres qu'il écrivit alors. Mais, malgré sa feinte humilité et abnégation, il ne sut, par les circonstances, que dévoiler son orgueil et son hypocrisie.
Sa première lettre, datée du 2 mars 1791, était adressée à Mgr Bareau de Girac, évêque légitime de Rennes, et résidant encore à Paris. Le Goz lui manifestait l'étonnement et la perplexité dans lesquels l'avait jeté la nouvelle de sa nomination. «D'un mot, monsieur l'évoque, disait-il, vous pouvez faire cesser l'un et l'autre, et j'ose vous en prier. Un mot, et ma joie, comme celle de beaucoup d'autres amis de la religion et de la patrie, sera à son comble (1). »
Ce mot mystérieux, c'était le serment.
Si sa perplexité était si vive. Le Goz devait attendre la réponse de Mgr de Girac, avant de dire oui aux électeurs de l'Ille-et-Vilaine. Il n'en fit rien.
Dès le lendemain, 3 mars, il écrivait au président de l'assemblée électorale de l'Ille-et-Vilaine. Il lui exprimait son étonnement d'avoir été choisi lui, « étranger inconnu » alors que dans le département, à Rennes même, il y avait tant d'ecclésiastiques « distingués par leurs talents et leur civisme ».
II était épouvanté. 11 ne trouvait en lui rien qui put justifier ce choix. Il suppliait, « s'il en était encore temps », de mettre un autre à sa place ; il deviendrait son vicaire.
Ges sentiments d'humilité et de frayeur auraient pu à la rigueur passer pour sincères, si, à la lettre, ne s'était pas trouvé ce post-scriptum^ où l'homme se montrait à nu : « J'ajoute, mes amis et M. Foucaut (2) l'exigent, que si cet cLrrangement ne peut avoir lieu je me rendrsà aux désirs de MM. les électeurs (3). »
C'était dicter leur réponse aux électeurs. Aussi « l'ar-
(1) Tkesvaux, Pcisécution récolut. en. Brelaune. 1. I, pp. 210-211.
(2) (Tétait le spcrélaire du procureur génrial syndic de rille-et- Vilaine porteur de la lettre du corps élector.il.
(3) Sur l'oriiîinal aux Arcii. dkp. d'Ille-et-Vil., s('rie L. Clergé.