MGR DE GIRAC ET LE GOZ
rangement » n'ayant pas été accepté, Le Goz envoya, le 11 mars, son acceptation définitive aux administrateurs du département de Tllle-et-Vilaine : « Je me soumets donc, Messieurs, avec respect aux décrets delà divine Providence qui, par l'organe de messieurs les électeurs et la voire, semblent me commander (1). »
Mais, peut-être dès le lendemain, « la divine Providence » fit connaître à l'élu illés-itime ses vrais décrets par un organe plus autorisé que celui des électeurs de TlUe-et-Vilaine. Le Goz reçut la réponse à sa lettre à Mgr Bareau de Girac (2). L'évèque légitime de Rennes lui demandait quel était ce mot qu'il sollicitait de lui. Sa démission? Mais elle ne rendrait pas son siège vacant tant que le supérieur ecclésiastique ne l'aurait pas acceptée ; et son remplaçant, dépourvu de toute autorité spirituelle, ne saurait être qu'un intrus. Ge mot, serait-ce le serment? Sur ce point, l'évèque de Rennes renvoj^ait l'élu schismatique de l'IUe-et- Vilaine à sa déclaration aux administrateurs du département ; il lui citait l'exemple de cent vingt-huit évèques sur cent trente-deux, qui avaient refusé le serment. Et, comme Le Goz avait voulu de son côté donner pour exemple d'évêque assermenté celui de l'évèque d'Angers, Mgr de Girac, après avoir relevé l'injuste accusation répandue sur son collègue (3j, ajoutait :
« Ah ! Monsieur, ne cherchez pas au loin des exemples chimériques ; vous avez, en Bretagne, un ecclésiastique dont la conduite sera sans doute le modèle de celle que vous allez suivre. M. l'abbé des Vaupons, vicaire général du diocèse de Dol, élu pour remplir l'évêché créé de Laval
(1) Sur roriyiiial. Ibid.
(2) Lettre de Mgr de Girac à Le Coz, datée de Paris, 7 mars 1791. Thesvaux, Persécut. en Bref. t. 1, pp. 211-210.
(H) L'évèque d'Angers, Miclicl-Fraïuj.ois Couel du Vivier de Lorry, dans une lettre adressée, en l'an II, à l'Assemblée nationale, déclare (ju'il n'a pas prêté le serment en 171)0. Arch. nation., AA. :i9.
306 URBAIN DE HERGÉ
par la puissance séculière, avait d'abord refusé. M. l'évêque de Dol, persuadé que le bien de l'Eglise exigeait qu'il acceptât provisoirement et sous le bon plaisir du Pape, l'y avait déterminé : ce respectable ecclésiastique avait déposé ses alarmes dans le sein du Père commun des fidèles ; mais ne pouvant vaincre ses répugnances, il n'a pas même attendu la réponse de Sa Sainteté, et, douze jours avant de la recevoir, il a renoncé à un évêché dont l'érection est si contraire aux lois canoniques.
» Je vous enA'oie, Monsieur, un exemplaire du bref que le Pape lui a adressé le 4 février dernier : Nous ne découvrons, y est-il dit, aucune raison de ne pas confirmer et combler d'éloges le parti cjne vous avez pris de rejeter votre élection comme faite contre toutes les formes canoniques, qui depuis longtemps sont en vigueur dans V Église.
» Tel est le jugement que porte sur les nouvelles élections, l'Eglise romaine, la mère et la maîtresse de toutes les Eglises... »
Le Coz était prévenu : le Pape n'approuvait pas les élections épiscopales faites en conformité des décrets de l'Assemblée nationale. D'ailleurs Pie VI ayant connu cette magnifique réponse, egregia responsio, de Mgr de Girac, la cita peu après, avec l'éloge, dans son bref à l'abbé Guégan, recteur de Pontivy, qui était sollicité par les électeurs du Morbihan d'accepter le siège de Vannes (Ij.
Mais cette lettre si noble, si apostolique, de l'évéque légitime de Rennes eut le don de blesser l'orgueil de l'intrus. Le Coz y fit une réponse qui respire le dépit, l'irritation et l'inconvenance. Il repoussait l'idée qu'on ne put accepter un éveché que « sous le bon plaisir du Pape (2). »
(1) TiiEiNER, Affaires rcliy. de France: Joanni Guegan, reclori de Pontivy, Plus Papa VI. J^omni .10 martii 1791. T. I, p. 74.
(2) Leltro rilre dans Di' (jiatkf.i.ikh, Hiat.de la llcrol. eu liretai/iiCy