‹ Urbain de HercéChapitre 124 sur 196 · LE COZ ET EXPILLY · texte numérisé non relu

LE COZ ET EXPILLY

Cependant, conformément à la loi, il écrivit au Pape, le 19 mars, pour lui annoncer son élection et l'assurer de son intention de vivre dans la communion la plus parfaite avec le siège de Rome et de ne s'écarter jamais du respect que tout évêque doit au chef visible de l'Eglise de Jésus Christ (1). Mais il se gardait bien de solliciter du successeur de saint Pierre l'institution canonique, manquant ainsi, dès le premier instant, tout au moins au respect dû au chef de l'Eglise.

Pas plus qu'il ne l'avait fait pour Expilly, dans une même circonstance, Pie VI ne daigna répondre à cette audacieuse insolence. De l'avis du Souverain-Pontife, ces lettres ne pouvaient être considérées que comme schismatiques {2).

De qui donc Le Coz sollicitera-t-il l'institution canonique, c'est-à-dire, le pouvoir de juridiction? D'après l'ancienne discipline, que l'élu de l'Ille-et-Vilaine se félicitait de voir la Constitution civile du clergé rétablir en France, l'évêque élu, selon le concile de Nicée, devait recevoir l'institution du métropolitain, lequel possédait ce privilège du siège apostolique. Le métropolitain de l'évêché de Rennes était l'archevêque de Tours. C'est là que Le Coz eût dû s'adresser. Mais le siège qu'il devait occuper étant devenu, par la volonté du pouvoir séculier, siège métropolitain, Le Coz ne pouvait, d'après cette même volonté, s'adresser à l'archevêque de Tours, qui, d'ailleurs, eût énergiquement repoussé l'intrus. C'était donc du Pape seul, d'après l'ancienne discipline invoquée par lui, que Le Coz devait recevoir l'institution canonique. Mais la Constitution civile le lui défendait ; elle lui ordonnait de

(1; Cettre lettre lut impriinre à la suilr du premier mandement de Le Coz.

(2) Xequeant schhmaticam notam effiujere. C'est l'expression dont se sert le Pape pour la lettre d'Expilly, dans son bref du 13 avril 1791. Theiner, ihid., t. I, p. 83.

s'adresser au plus ancien ôvèque assermenté de lu province. D'évêque de cette sorte, il n'en existait alors qu'un seul dans la nouvelle métropole du Nord-Ouest : c'était Expilly, évêque constitutionnel du Finistère, depuis environ un mois. Les administrateurs de Fllle-et- Vilaine -arrêtèrent, d'ailleurs, que Le Coz s'adresserait à lui fl).

Le 28 mars, Le Coz, accompagné de deux notaires de Quimper, se présenta donc au palais épiscopal de cette ville, où Expilly était installé, et 1-e pria de lui accorder la confirmation canonique de son élection à l'évêché métropolitain de rille-et- Vilaine. L'intrus de Quimper acquiesça aussitôt à la demande de l'intrus de Rennes. Mais l'institution canonique qu'il accordait était sans valeur, par le fait même qu'il était lui-même privé de mission légitime : nerno dat quod non habet. Il n'en coûta pas plus àExpill}de donner etdélég'uer à l'évêque intrus de Beauvais, Jean- Baptiste Massieu, « tout pouvoir nécessaire pour procéder incessamment avec les cérémonies et solennités usitées et convenables à la consécration dudit sieur Le Coz (2) ».

La consécration illicite et sacrilège de l'évoque schismatique de l'Ille-et-Vilaine se fit le 10 avril 1791, dans l'éo'lise de Saint-Roch de Paris. Le consécrateur fut, ainsi qu'on vient de le dire, l'évêque schismatique de l'Oise i Beauvais), assisté des évêques schismatiques de la Haute-Loire (Le Puy), Etienne Deleher, et de l'Aube (Troyes), Augustin Sibille (3).

Au moment où l'buile sainte coulait d'une façon si illégitime sur son front. Le Coz ne pouvait ignorer que sa conduite était condamnée par l'Eglise. Le Pape s'était exprimé clairement daus sa réponse à l'abbé des Vaupons,

(l) Arch. Diii'. d'Ille-kt-Vil., I.. 2i5; arivli- du 2.i mars 1791.

(2( Procès -verbal de l'institution canonique de Le Coz, d'après une copie collationnée par les deux notaires royaux de Quimper.

(3) Procèii -verbal de la consécration de Le Coz, d'après une copie collationnée par deux notaires de Paris.

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