LE GOZ CONDAMNÉ PAR LE PAPE
que Mgr Bareau de Girac avait communiquée à celui qui prétendait remplacer sur leurs sièges les trois évêques légitimes de Rennes, de Dol et de Saint-^Ialo. Le 10 mars, Pie VI avait d'ailleurs fait entendre de nouveau la doctrine de rÉglise, dans son bref au cardinal de la Rochefoucauld et aux évêques qui avaient signé VExjyositioii des jyrincipes i i . Ce bref avait été publié et répandu aussitôt dans toute la France, comme Pie VI l'annonçait, le 30 mars suivant, à Tabbé Guégan (2). Mais, dans son aveugle et orgueilleux entêtement, Le Coz considérera comme faux les brefs émanant du Souverain-Pontife ; il les proclamera tels dans son premier mandement, publié le 5 mai 1791 (3), alors que dans toutes les mains se trouvera le bref du 13 avril, condamnant, dans les termes les plus énergiques, la Constitution civile du clergé et déclarant les évêques illicitement consacrés suspens des fonctions épiscopales (4).
Mgr de Hercé, de son grand séminaire, avait suivi, avec une douloureuse émotion, les diverses phases de la nomination illicite de l'intrus qui s'emparait autant de son siège que de celui de son ami et collègue de Rennes. Si ces événements l'attristent, ils n'amoindrissent pas son éner-
(1) Domino S. li. E. preshijtero cardinali Rupefucaldio et ven. f rat ri' Archiepis. Aquensi, aliisqiie suliscriptis expositioni super principm comtitutionis cleri, Plus Papa VI. Romœ, 10 martii 1791 . Theiner, Affaires relifjieuses de France, t. I, pp. 32-71.
(2) Lettre du 30 mars 1791. Theiner, ibid., p. 72.
(3) Lettre pastorale de M. VÉvèqxie métropolitain du Nord-Ouest Rennes, de rimprimerie R. Vatar fils, 1791. In-8» de 42 pauos.
(4) Dilectis filiis nostris S. R. E. Cardinalibus et ven. fratrilni< Archiepiscopis et Episcopis, ac dilectis plus capitulis, clero et populo regni Galliariim, Pius Papa VI. Romœ, 13 aprilis 179t. Theiner, ibid., t. ï, pp. 73-88.
3i0 TRBAIN DE IIERCÉ
gique résolution de résister jusqu'au bout. Aussi bien que les administrateurs du district de Dol, les administrateurs du département deFIlle-et-Vilaine se rendaient compte de quelle gêne serait pour Le Coz, la présence, dans le diocèse, d'un évèque justement vénéré qui encourageait, par son exemple et ses exhortations, le clergé d'une partie importante de ce diocèse à résister aux lois anti-religieuses. C'est par des attentions particulières plutôt que par la violence, qui, d'ailleurs, eût pu occasionner des émeutes, qu'on espérait arriver à bout de l'évêque de Dol. Aussitôt après la nomination de Le Coz, le 9 mars, le département, iurmant l'oreille aux protestations du Bulletin de Rennes, envoyait au directoire du district de Dol, un mandat de 10,000 livres, représentant le traitement de Mgr de Hercé, avec ordre de le lui délivrer le plus tôt possible.
« Le besoin pressant où se trouve M. de Hercé et qui nous est connu, écrivaient les administrateurs du département, est un motif impérieux de lui rendre la justice qu'il réclame. Il n'attend que ce secours pécuniaire qui lui est nécessaire pour se retirer dans le sein de sa famille, et nous vous prions de le lui procurer sans délai.
» Vous penserez sans doute, ^lessieurs, qu'il est de l'intérêt de la chose publique qu'il ellectue plus tôt que plus tard son projet, et de celui de notre administration de ne pas donner lieu à des plaintes fondées (1). »
Mais Mgr de Hercé ne vendait pas sa soumission ; cette somme qu'on lui versait lui était due en stricte justice, comme le marquait le département, et était loin de représenter les avances qu'il avait faites personnellement pour la ville de Dol et notamment pour l'achèvement du palais épiscopal qu'il n'avait même plus le droit d'habiter.
Sa présence au milieu de son clergé lui semblait, d'ail-
(1) I.eltre du département au dislrirl de Uni, '.\ mars 1791. Akch. DKP. D"lLLE-Er-ViL., Série L (liasse du district dr l)nl).
DKHNIÈRE RÉSISTANCE
leurs, comme une protestation nécessaire contre l'intrusion d'un évêque schismatique.
Cent quatre-vingt-sept exemplaires d'une adresse du corps électoral, annonçant l'élection de Le Goz, venaient d'être distribués dans le district de Dol (1), pour détacher les fidèles des évèques légitimes. Une sonnerie de cloches et le chant du Te Deum avaient été ordonnés dans toutes les églises, en action de grâces de cette élection. Ces mesures rencontrèrent, sur divers points, des oppositions. A l'éghse paroissiale de Dol, aux mains du seul prêtre assermenté de la ville, les ordres furent exécutés. Mais les Religieuses bénédictines refusèrent d'obéir, ou, selon l'expression de la municipalité doloise, « refusèrent de rendre hommage aux vertus et talents de M. Le Goz (2) ».
Le clergé se tenait toujours inébranlable autour de son évêque légitime. Sur 97 prêtres employés dans le ministère pastoral du district de Dol, 17 seulement avaient manqué à leurs devoirs ; les 80 autres résistaient à toutes les menaces, ainsi que les professeurs du collège qu'on décida de remplacer par des assermentés (3). Les administrateurs du district en étaient honteux. « Nous sommes désolés, écrivaient-ils au département, que la colonne des refusans l'emporte de tant sur ceux qui se sont soumis à la loi (4). »
Enfin, Mgr de Hercé, donnant l'exemple à tous, continuait comme par le passé à administrer son diocèse, autant que les circonstances le lui permettaient. Le 19 mars 1791, jour même où Le Goz adressait au Pape la lettre inconvenante que l'on sait pour lui annoncer son élection, Mgr de
(1) Aricii. 1)'Ille-kt-Vil., 2 L. 13, lier/, délibérât, du district de Dol, 11 mars 1791.
(•2)Akgh. MUMCip. DE Dol : jFiey. des délibérât., IS mars 1791.
(3j Arch. DKi'. d'Ille-et-Vil., 2 L. 13 : Re(j. délibérât, du district de Dol, 18 mars 1791.
(4) Ibùl., 1" avril 1791.
Hercé célébrait pontificalement la messe dans la petite chapelle du séminaire de Dol et donnait la prêtrise à quatre diacres de son diocèse : Pierre-Jérôme Forget, Augustin-Marie de La Lande, Charles- Alain Le Forestier et Julien Briand. De sa propre main, il rédigeait sur le registre du secrétariat le procès-verbal de cet acte solennel, dans lequel il s'intitulait : Evêque et comte de Dol, par la miséricorde divine et la, grâce du Saint- Siège apostolique iV..
La connaissance de ce dernier acte, ainsi que celle de dispenses pour mariage, données à la même époque par l'intrépide prélat, mirent le comble à l'irritation des autorités civiles. Celles-ci comprirent qu'il était de leur sûreté et de l'intérêt du nouvel état de choses que cette situation cessât. On résolut d'arrêter Mgr de Hercé, comme réfractaire aux décrets de l'Assemblée nationale et perturbateur de l'ordre public.
Des administrateurs dévoués à l'évêque firent prévenir celui-ci du danger et le supplièrent de quitter le diocèse.
Mgr de Hercé était le seul évêque breton résidant encore dans la Province. Mgr Amelot, évêque de Vannes, avait été arrêté le 28 février, et conduit à Paris (2j. L'évêque de Tréguier, Mgr Le AUntier, menacé d'arrestation, venait de quitter sa ville épiscopale après avoir fait une ordination (3). Mgr de La Marche, évêque de Saint-Pol-de-Léon. au moment où il allait être arrêté, avait été, le 6 mars, embarqué de lorce pour Jersey par des amis (4).
L'évêque de Dol dut à son tour céder aux instances de ses amis, parmi lesquels se trouvaient, a-t-on dit, des
(1) lier/, du secrétariat, 19 mars 1701. (Argii. dv. l'hoïkl uk Herck.) C'est le dernier acte rpisrnpal de \Iii;r de Hercé inscrit sur ce registre.
(2) Tresvaux, Persécution réi). eti Brct., t. 1, |i. !">:!.
(3) Ibiil., p. 234.
(1) Ihid., pp. •i:{2-2:î:<.
DKPART DE DOL
fonctionnaires du district, et notamment M. Gorbinais, greffier du tribunal (1).
Le vendredi 1*'" avril 1791, Mgr de Hercé, accompagné de ses deux vicaires généraux, l'abbé François de Hercé et l'abbé des Vaupons, et de quelques domestiques, quittait Dol, de grand matin, pour se retirer à .Mayenne, dans sa famille (2i.
Avec le départ de son dernier évéque, finissait l'évèché de Dol, fondé au sixième siècle par saint Samson et illustré par environ quatre-vingts évoques.
(1) Lecaklatte, Dol et ses moiiiimeiils.
(2) « l^rbain-Rem'' do Hercé, évèque de Dol, csl ii;iili pour Mayenne, le vendredi pi-eiiiier avril 1791, après avoii- (l(''l(igé de rÉvêché, vendu ses efi'ets et avoir fail (ransporter cvaw des Ormes à Mayeniif. » {Notes ms. de Jiihel de la Plesse : HiiiLioTHKijUE municii". dk I>ol.)