‹ Urbain de HercéChapitre 128 sur 196 · PAUVRETÉ DE MGR DE HERCÉ · texte numérisé non relu

PAUVRETÉ DE MGR DE HERCÉ

plainte aux administrateurs du département contre le caissier indélicat.

« Eloigné, disait-il, d'un diocèze où l'exposant a donné pendant vingt-quatre ans les preuves de la résidence la plus exacte, dépouillé de son état et de toute sa fortune, dans un âge où les infirmités, trop fidèles compagnes de sa vieillesse, commencent à se faire sentir, ledit exposant se trouveroit réduit à l'indigence s'il étoit libre » au trésorier du district « de lui retenir en tout ou en partie une pension que l'Assemblée nationale elle-même n'a regardée que comme alimentaire et qui est nécessaire à sa subsistance (1) )).

Cette lettre de Mgr de liercé était du 7 juin 1791 ; le 3 septembre suivant, le département de l'ille-et- Vilaine se décidait enfin à faire délivrer au prélat les arriérés de 1790 et ceux des premiers trimestres de 1791 (2).

L'abbé François de Ilercé ne fut même pas aussi heureux que son frère, dans ses réclamations. C'est seulement le 19 mai 1792 que les administrateurs du département de rille-et-Vilaine se décidèrent à fixer son traitement à la somme de 6,000 livres, représentant le tiers des revenus de ses bénéfices (3). Mais il est bien probable que l'humble prêtre ne toucha rien de cette somme, car, quelques jours après cette date, il devait être incarcéré à Laval avec l'évêque.

Quoique éloigné de son ancien diocèse, ou plutôt de son diocèse, car il signera toujours » évèque de Dol », Mgr de Hercé s'intéressait vivement aux événements qui s'y pas-

(1) Lettre datée de Mayenne, le 7 juin 1791. iArch. )>erso.\.)

yi) Arrêté du départ. d'Ille-et-Vil. du 3 sept. t79l. (Ahch. de'i'.

I)"Illk-et-Vil., L. 249, f« 42.)

(:{) Argh. DÉi'. n'iLLE-ET-ViL., !.. 2;iO, f" 279, 29 dt'C. 1791 ; — L. 2'1.<,

f" io7, aiTèté du 19 mai 1792.

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saient. Mais ceux-ci n'étaient pas propres à apporter des consolations à son cœur.

Claude Le Goz, l'évoque intrus de TlUe-et- Vilaine, prit en ([uelque sorte possession du siège épiscopal de Mgr de Hercé, dans la visite solennelle qu'il fit à Dol, le 12 juillet 1791. L'administration doloise avait tenu à ce f[ne la réception fut pompeuse. On brûla en l'honneur de Le Goz pour 500 livres de poudre (1). L'intrus, qui venait de Saint- Malo, entra dans la ville accompagné d'un détachement à cheval des gardes nationales de Saint-Malo et de Dol. Le curé assermenté de la paroisse, Guillot de Folleville, le futur pseudo-évéque d'Agra, l'introduisit dans la cathédrale où Le Cûz, après une allocution, donna la bénédiction pastorale. Les corps constitués vinrent le complimenter au presbytère, et les « Amis de la Constitution » le fêtèrent « au Palais ci-devant épiscopal (2) ».

Mais l'enthousiasme pour 1 evêque schismatique fut tout ollicieL Le peuple, ne pouvant oublier le gracieux et saint évèque qu'on lui avait ravi, se montra froid devant la figure orgueilleusement sévère et hautaine de Le Goz. Comme protestation, l'une des cloches de la cathédrale préféra se fêler que de rendre un sonde joie en l'honneur du ravisseur du siège de l'évêque légitime (3 .

Par ailleurs, on faisait disparaître tout ce qui pouvait rappeler l'ancien diocèse de Dol. Le Palais épiscopal était réservé aux diverses administrations du district et de la commune de Dol. Il n'eut donc pas à être mis en adjudication. 11 en fut autrement du manoir des évèques de Dol, du château des Ormes et de ses dépendances. Il fut mis en vente, comn\e bien national, le 4 mai 1791. Estimé 34.767 livres, il fut adjugé pour la somme de 80,000 livres à

(1) AucH. MUNicip. DE DoL : Rcg . des dclibérut.; 22 avril 1791.

(2) JuiiEL DE LA Plesse, Chvonolo'jie de>i En-ques de Dol. (Cahier ms.

(le la BlBLIOTIlÈglE AIU.MCU'. [JE DoL.)

(;V, Elle fut vendue le S fpvi'ier 179.'^. (Ancii. .mia. de Dol : Ibid.)

CORRESPONDANCE AVEC SON INTENDANT ;î"21

Nicolas-Marie-Bernard Perruchot de Loiigevillc, de Saint- Malo (1).

Le sort de ce château des Ormes, où il avait passé de si heureuses journées au milieu de sa famille et de ses amis, intéressait vivement Mgr de Hercé. Le bon évèque avait, pour ainsi dire dans la place, un ami qui le renseignait et avec lequel il entretenait une correspondance assez suivie. C'était l'ancien intendant des Ormes, le fidèle Jean Liger. Lorsque le château des Ormes eut été vendu, Jean Liger se retira, non loin de là, dans une petite propriété qu'il avait achetée (2). Il avait refusé toutes les offres que lui avait faites le sieur Perruchot de continuer à gérer les biens des Ormes. Il en avait instruit Mgr de Hercé, ainsi qu'il l'instruisait de tous les incidents concernant l'ancien manoir épiscopal. Le prélat lui répondait dans des lettres pleines de curiosité, d'affabilité et même d'un grand laisseraller (3).

Mgr de Hercé, portant à la famille de son ancien intendant une affection et un intérêt tout paternels, n'approuvait pas absolument la délicate résolution de Jean Liger.

« Je crois que, pour ce qui vous regarde personnellement, lui écrivait-il, vous avès pris le bon parti, parce qu'il eût été à craindre que les nouveaux habitans des Ormes ne vous eussent donné plus de besogne que vous n'en auriès pu faire ; mais je regrette que vous n'ayèspas accepté, au moins pour deux ans, les offres qu'on vous a faites, afin de conserver cette place pour votre fils qui, dans deux ans d'ici, auroit été en état de la remplir. »

(1) Aiion. DÉi>. d'Ille-et-Vil., 1 Q.3I2: Vente du château r/t-.s Ormes, 4 mai 1791.

(2) Celte ])r<ip!'iété s'appelait Launay-Poirier, en Bounemain.

{'.i) Trois (le ces lettres sont en la possession de la famille Ligei'- Juhel, d'Épiniac, à laquelle nous en devons la communication. Ces lettres sont datées de Mayenne, des 10 août et 18 sept. 1791, et du 29 janvier 1792.

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Jean Liger crut à un blâme, et exposa à Mgr de Hercé les raisons qui avaient déterminé sa résolution.

« Je ne vous ay jamais blâmé d'avoir refusé de rester aux Ormes, s'empressa de lui dire le bon évoque. Je vois par tout ce que j'ai appris que vous avès bien vu ; outre qu'il n'y a point de petit chez soi, vous auriès rongé votre mors si vous eussiès été témoin de tout ce qui s'y passe. »

L'ancien intendant des Ormes avait jadis, conseillé par Mgr de Hercé, placé ses fonds sur les biens du clergé. ]\Iais, depuis la crise révolutionnaire, ce placement, comme tous les placements d'ailleurs, était en mauvaise situation. Aussi l'évêque de Dol employa-t-il son frère, le chevalier de Hercé, alors à Paris, à retirer les fonds de Jean Liger. Malheureusement, ce fut en assignats que le prélat dut faire remettre ses fonds à son ancien intendant. Il s'en montra désolé.

« 11 est fâcheux, lui écrivait-il, de ne recevoir que du papier ; mais il y a bien des gens qui n'ont pas le bonheur d'en recevoir... Les assignats dans ce pays perdent actuellement 30 et 32 pour 100. Tous ceux qui en ont les convertissent, autant qu'ils peuvent, en fd, en toile et autres marchandises ; c.ir, avant un mois (i), ils perdront peutêtre 40 ou 50 pour 100, et à la fin se réduiront à rien. »

Ces détails, outre qu'ils montrent la sollicitude de l'excellent prélat, donnent une idée de la triste situation financière de l'époque.

Les faits et gestes du sieur Perruchot n'étaient pas sans l'intéresser et sans exciter sa bonne humeur,

« Vous m'annonces, disait-il, de grandes entreprises de la part de l'acquéreur des Ormes ; il faut qu'il ait bien de l'argent à perdre pour entreprendre de refaire tous les murs du parc à chaux et à sable. Je ne voudrois pas l'en

(1) Cette lettre est du 29 janvier 1792.

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