GORUESPONDANGK AVEC SON INTENDANT '^T
tenir quitte pour 50,000 francs, et c'est plus que le bois du parc ne vaut.
» Quant au bal qu'il se propose de donner tous les dimanches, s'il veut seulement mettre une barrique de cidre, il ne manquera pas de compagnie, mais il pourra bien se repentir avec le tems de les avoir attirés si prez de lui. »
Nous ne saurions dire si, dans ce cas, ^Igr de liercé fut encore prophète, si c'est à la compagnie qu'il attirait à ses bals que l'acquéreur des Ormes dut son malheur; toujours est-il que le sieur Perruchot ne tarda pas à être accusé de conspiration et de fédéralisme : il porta sa tête sous le couperet de la guillotine le 21 juin 1794(1), et les Ormes, redevenus bien national, passèrent à un nouvel acquéreur.
On est étonné des moindres détails dans lesquels Mgr de Hercé entrait dans cette correspondance avec son ancien intendant. On dirait que le prélat cherchait dans ce souvenir de son ancien manoir et dans ces conversations intimes une distraction à ses malheurs. Il semblerait qu'il voulût encore vivre, au moins par la pensée, au milieu de ce parc, de ces bois, au bord de cet étang, où il avait passé la plus grande partie de ses vingt-quatre ans d'épis- •copat.
Il s'intéresse aux champs qu'achète son ancien intendant pour arrondir sa propriété. Il se préoccupe de l'exiguïté de son logement. Il s'amuse agréablement de la plus jeune de ses fdles, Jeanne Liger, à laquelle il souhaite de « se faire bonne sœur» ; « mais, dit-il, elle ne me croira pas et elle voudra suivre l'exemple de ses deux aînées (2). » x-Vu lils, il conseillera d'abandonner l'agriculture pour le commerce. Il s'inquiète de la santé de la mère qui se refuse à se faire
(1 ) Arch. dkp. d'Ille-et-Vil., 1 Q.287 : Inventaire des meubles du sieur Perruchot aux Ormes, 8 messidor an H (26 juin 1794).
(2) Elle se maria, en effet, et devint la grand'mère oiaternellc de l'auteur de ces pages.
faire un cautère. « Il y a, dit-il, de plus grandes dames qu'elle qui en portent, et qui s'en trouvent bien. Ce n'est point une chose aussi désagréable qu'elle le pense, et quand la vie en dépend, il me semble qu'il n'y a rien qu'on ne doive faire plustùt que de se laisser mourir. »
La sollicitude du bon évêque s'étend aux autres personnes qui ont été aux Ormes à son service. Il exprime le désir que le meunier des Ormes ne quitte pas son moulin '( avant d'avoir marié ses deux filles qui en ont bonne dévotion ». Apprenant que ce meunier s'est noyé dans son étang, «j'en suis d'autant plus touché, dit-il, que je vois qu'il avoit bu avec excez. C'est un grand malheur pour lui et une grande perte pour sa famille. »
Dans toute cette correspondance, dont nous avons donné connaissance pour faire ressortir le caractère d'affabilité de l'évêque de Dol, Mgr de Hercé ne fait aucune allusion aux graves événements de l'époque. Il eût été imprudent de traiter de ces questions dans des lettres qu'une police aux aguets devait soumettre aux opérations du cabinet noir.
Cependant Mgr de Hercé et sa famille étaient loin de jouir de la tranquillité qu'ils avaient demandée à une vie retirée. Le 30 septembre 1791, l'Assemblée constituante ayant pris fin, le chevalier de Hercé était rentré à Mayenne. Mais il ne tarda pas à se rendre à l'appel des princes français émigrés. Il partit seul pour Bruxelles, et prit rang dans le corps de la marine-infanterie (1). Ses deux fils Jean-François et Louis restèrent auprès de leur mère et de leurs oncles ; l'abbé Zerilli, que nous avons vu
(1) Maupoi.nt, Vie de J.-F. de Hercé^ évêque de iVVoi/'-s. i>. '■>.