‹ Urbain de HercéChapitre 13 sur 196 · MONSIEUR ET MADAME DE HERGE · texte numérisé non relu

MONSIEUR ET MADAME DE HERGE

dans sa situation, de fait elle était pleine de bontés et d'une grande bienfaisance.

On comprend l'heureuse influence qu'une telle mère doit avoir sur le cœur et sur l'esprit de ses enfants, et on s'explique pourquoi Dieu appela à son service un si grand nombre d'entre eux et leur dispensa des grâces spéciales qui leur permirent d'atteindre les hauts sommets de la sainteté et même la couronne du martyr.

Jean de Ilercé, le père, venait heureusement compléter ce charmant intérieur de famille. Homme d'une intelligence supérieure, très lettré, plein d'esprit, il jetait dans le ménage la note intellectuelle et même gaie. Il veillait à l'instruction de ses enfants et savait, par ses spirituelles reparties, dérider le visage toujours préoccupé de son épouse.

A ce propos, on nous permettra de raconter une curieuse anecdote, transmise par un contemporain (1).

La famille de Hercé se trouvait au manoir patrimonial duPlessis-Essenlé, en Colombiers, non loin de Mayenne. Le duc d'Aiguillon, passant un soir dans les environs, pour se rendre en Bretagne, dont il était gouverneur, dut interrompre son voyage par suite de la rupture d'une des roues de sa voiture. On lui indiqua la maison de Jean de Hercé où il vint demander à passer la nuit. Quoique le duc eût dissimulé toutes les marques distinctives qui eussent pu le faire reconnaître, Jean de Hercé devina dans son visiteur un personnage de haute distinction.

Lorsque le duc d'Aiguillon entra dans la salle à manger, il resta stupéfait devant une table de quinze couverts.

— Comment, dit-il assez troublé à son hôte, je vous avais prié de ne point faire de dépenses pour moi ; je vois une table garnie de quinze couverts ; vous avez donc invité des étrangers à souper ?

{i) Fleury, Mémoires sur la Révolution, p. 234, noie 2.

8 URBAIN DE HERGÉ

— Nullement, Monseigneur, lui répondit Jean deHercé; c'est ma famille.

— Votre famille ! combien avez-vous donc d'enfants ?

— Douze, monseigneur.

— Douze enfants ! s'écria le duc charmé ; grâces vous soient rendues, ô mon Dieu, de m'avoir conduit dans cette maison !

Le duc se fît alors connaître, et combla les enfants de caresses.

M. de Hercé égaya le souper par ses anecdotes. Il raconta une aventure arrivée au curé de Miartigné, pendant une mission prèchée dans sa paroisse. Le prédicateur, un bon vieux missionnaire, chantant un jour, du haut de la chaire, avant l'instruction, un cantique dans lequel se trouvaient ces mots : « Je vois Moïse », ne pouvait retrouver la suite du couplet, et continuait de chanter : « Je vois Moïse, je vois Moïse. » Le curé de Martigné qui confessait à ce moment, impatienté d'entendre le brave homme répéter: « Je vois Moïse», sort brusquement de son confessionnal et s'écrie : « Faites-lui bien mes compliments, en respectant sa barbe grise. » Etle peuple, croyant que c'était la suite du cantique, de répéter : « Faites-lui bien mes compliments, en respectant sa barbe grise. » Le curé, en verve, continue : « Dites-lui bien humblement : Bonjour, Moïse. »

Le duc d'Aiguillon rit de bon cœur de l'anecdote, et se fit répéter à plusieurs reprises : « Faites-lui bien mes compliments, etc. »

Pris d'intérêt pour cette charmante famille, le duc se renseigna sur chacun des enfants de M. de Hercé. Il interrogea les fils sur leur vocation, leur proposant des places dans l'armée et dans la marine, et les fdles sur leur désir d'entrer dans des communautés religieuses.

Cette visite vraiment providentielle facilita à M. de

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