‹ Urbain de HercéChapitre 131 sur 196 · EMEUTES A MAYENNE · texte numérisé non relu

EMEUTES A MAYENNE

18 mars, un attroupement avait envahi la cour du président du tribunal (1), sous prétexte qu'un prêtre réfractaire y faisait les fonctions ecclésiastiques. Le complot avait échoué, faute d'instruments pour défoncer les portes ; mais les émeutiers avaient décidé de faire aiguiser des haches pour réaliser une autre fois leur dessein.

Manquant des moyens de préserver les prêtres nonassermentés, la municipalité fit secrètement prévenir ces ecclésiastiques du danger uuquel ils étaient exposés et les invita à se mettre en sûreté. La plupart profitèrent de cet avis.

Un prêtre réfractaire n'ayant pas suivi ce conseil, fut attaqué par les énergumènes et frappé à la main d'un coup de sabre {Ij.

Afin d'éviter à Mgr de Hercé et à son frère tout danger de cette sorte, on fit placer autour de leur maison une garde qu'on payait 2 liv. 10 sols par jour (3).

Mais ces troubles s'exerçaient surtout à l'occasion de l'inhumation des personnes aisées que les familles, pour éviter les services des prêtres intrus, faisaient porter sans pompe funéraire et sans convoi à leur dernière demeure.

C'est ce qui arriva pour l'enterrement de deux membres de la famille de Hercé. Le même jour, 21 mars 1792, mouraient Jean-René de Hercé, le chef de nom et d'armes de la famille, à l'âge de 71 ans, et Gilles-Julien Lefebvre d'Argencé des Provostières, âgé de 61 ans, veuf d'Elisabeth de Hercé, sœur du précédent et de l'évêque de Dol ^4).

(l)Mouliii de Vaucillon, qui Tut proscrit ptuidaiiL la Terreur, d'après ANf.oT, Mémoires épist. sur la Révolution à Laval, ]i. 8a.

(2,, Arc», dki-. de l.\ Mayenne, !.. 122 : Lettre de ht municipalité de Mayenne au département, 22 mars 1792.

(.3i Comptes de la veuve de Jean Koucaull, portier de Mgr de Hercé : AucH. DKi'. m- LA Mayenne, Q. 42 : Domaines nationaux, 9 prairial an II.

(4) >( Le 22 mars 1702, le corps [soidisant] [ce mot a été rayé) de Jean-Kené de Hercé, veufdeFrançoise-Urbain<' Billard, décédé d'iùer^

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Profondément attachée à l'Eglise catholique et romaine, la famille de Hercé n'entendait pas que les corps de ces deux honorables défunts passassent par Féglise desservie par des prêtres constitutionnels. Mais il importait, pour éviter un scandale de la part de la foule, de faire la sépulture de grand matin. On parvint ainsi, le 22 mars, à porter au cimetière, à l'insu du peuple, le corps de ,lean-René de Hercé. Le vicaire intrus de Notre-Dame de Mayenne s'imposa cependant et requit deux passants comme témoins.

En apprenant que ce cadavre lui avait échappé, la populace fut très surexcitée. « Des femmes et des hommes déguisés en femmes » se portèrent aux demeures des membres de la famille de Hercé et leur firent entendre les plus terribles menaces. Ces énergumènes déclarèrent que le corps de Gilles des Provostières ne leur serait pas soustrait et qu'ils le feraient enterrer à leur manière, c'est-àdire constitutionnellement. Pour éviter des troubles dont les conséquences eussent pu être des plus graves, on dut porter le corps de M. des Provostières à l'église, où le curé assermenté, le sieur Dauverné, remplit son office (1).

Mgr de Hercé et son frère, l'abbé François, furent-ils

âgé de 71 ans, a été entenr comme pauvre par moi soussigné, en présence de Micliel David el de François. Juiller témoins de cette ville requis etappelli's ipii oui dit ne signer.

i> .1. EsNAULT, p. rie. »

— « Le 22 mars 1792, le corps du sieur (iilles-Julien-François Lefebvre d'Argencé des Provotières, âgé de 61 ans, veuf de feue Mde Elisabeth de Hercé de cette ville, décédé d"liier, a été inhumé par moi curé soussigné, en présence de François-liené de la Cour, Jean Betlon, .Michel Laudière, Louis Laudière, lesquels ont déclaré scavoir signer. (Signature des quatre ci-dessus.)

» Daivehm:, curé. »

Arch. MUNICH', ni: .M \ vk.n.nk : !{e(j. de T état ciril de Notre-Dame de Malienne.

(1) Arch. dki-. dk la Mayenne, L. 122 : Lettre de la municip. de Mayenne au département, 22 mars 1702.

LES l'UKTRKS RÉUNIS A LAVAL o29

témoins de ces troubles scandaleux à l'oceasiou de Tinhumation de leur frère aîné et de leur beau-frère ? Ou bien, sur l'invitation faite quelques jours auparavant par la municipalité, s etaient-ils retirés au manoir de la Basmeignée, près Ernée ? Nous ne saurions le dire. Mais il est plus croyable que le pieux évêque tint à assister aux derniers moments du chef de sa famille et à lui apporter les dernières consolations de la religion persécutée. Combien dut être augmentée la douleur du saint évèque, en se voyant privé de suivre les dépouilles de ses chers défunts, emportés par des prêtres schismatiques à leur dernière demeure !

C'est au manoir de sa belle-sœur, à la Basmeignée, que Mgr de Hercé se rendit avec sa famille, à la suite de ces cruels événements. Là, dans un calme relatif, ne doutant pas que la persécution arriverait à ses derniers excès, il attendit son sort.

Terrifiés par les menaces dont les prêtres restés fidèles à FÉglise étaient l'objet, et impuissants à les protéger contre les fureurs d'une populace dévergondée, les administrateurs du district de Mayenne écrivirent aux membres du directoire du département de la Mayenne :

« Plusieurs départemens ont réuni dans le chef-lieu de leur résidence les prêtres dissideus. Nous pensons que c'est le seul moyen de préserver ces ecclésiastiques des dangers auxquels la haine qu'ils manifestent ouvertement contre la Constitution les expose, et de rétablir le calme et la paix (1). »

Cette lettre était du 22 mars 1792. Dès le lendemain, le

(1) Ibid. .• Lettre du directoire du district de Mayenne au département, 22 mars 1792.

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directoire du départeiuciit de la .Mayenne, qui avait déjà reçu de divers districts de semblables demandes, prit un arrêté dont nous relevons les articles suivants :

« Art. 2. — Il est enjoint à tout prêtre non-assermenté, résidant habituellement dans le département, de se rendre à Laval son chef-lieu, dans la huitaine de la publication du présent arrêté.

» Art. 4. — Dans le cas où les prêtres non exceptés (1) ne satisferont pas aux dispositions de l'article 2, les directoires de district et les municipalités sont autorisés, pour les contraindre d'y obéir, de requérir la gendarmerie et les gardes nationales.

» Art. 7. — Les prêtres qui se rendront en cette ville jouiront de la protection que la loi accorde aux personnes et biens, et il y sera scrupuleusement veillé par les corps administratifs et la municipalité à leur sûreté.

» Art. 8. — Pour empêcher que l'obligation de résidence dans cette ville ne devienne illusoire, et prévenir tous les abus qui pourraient résulter d'une surveillance non active et journalière, tous les ecclésiastiques non assermentés qui habitent actuellement ou qui viendront habiter cette ville, en exécution de ce que dessus, seront tenus de se représenter chaque jour, en personne, dans l'église des ci-devant Cordeliers, à dix heures du matin, où il en sera fait un appel nominal, alternativement par l'un des membres du directoire du département, du district et de la municipalité, qui sera commis à cet effet.

» Art. 9. — Cet appel commencera à avoir lieu le 15 avril prochain...

"» Art. 10. — Ceux desdits ecclésiastiques qui ne satisferont pas au précédent article seront dès là-même considérés comme suspects, et comme tels livrés à la surveil-

(1) Étaicnl rxcofiti's Irsccclôsiastiques âgés de 70 ans au plus et le^ infirnievS.

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