‹ Urbain de HercéChapitre 132 sur 196 · DÉPART POUR LAVAI · texte numérisé non relu

DÉPART POUR LAVAI

lance la plus sévère des corps administratifs, delà municipalité et de tous les citoyens qui demeurent invités à Il'sdénoncer comme rebelles à la loi (1). »

Mgr de Hercé, l'abLé François, l'abbé des Vaupons et l'abbé Zerilli dînaient au manoir de la Basmeignée avec madame de Heicé, ses enfants et la bonne Charlotte, lorsqu'on vint leur donner connaissance de cet arrêté. Ce fut une consternation. Personne n'en doutait, cette réunion de tous les ecclésiastiques à Laval devait aboutu' au massacre en masse des prêtres lidèles. Tous les yeux se tournèrent vers l'évêque. On voulait le sauver. On lui trouverait une cachette sûre. Mais l'énergique prélat, aux supplications, de sa famille et de ses amis, ré])ondit comme toujours en apôtre : « Me préserve le ciel de laisser écliajiper une si belle occasion de confesser le nom de Jésus-Christ ! Je dois l'exemple aux prêtres ; je serai trop heureux de me voir à leur tête dans la captivité (2). »

Dès le lendemain, s'arrachant aux larmes de sa sœur, de sa belle-sœur et de ses neveux, 1 eA'êque de Dol partit pour Laval, accompagné de ses vicaires généraux, François de Hercé et Michel des Vaupons, et de l'abbé Zerilli. En môme temps qu'eux, arrivaient à Laval plus de 400 prêtres, parmi lesquels l'abbé Lefebvre de Cheverus, nommé depuis peu, par l'évêque du Mans, curé de Xotre-Dame de Mayenne et vicaire général (3).

Les administrateurs du département ne s'étaient pas préoccupés de trouver des logements pour cette multitude d'ecclésiastiques. Aux demandes qui leur furent faites à ce sujet, ils se contentèrent de répondre que la principale préoccupation de ces malheureux devait être d'obéir h la

(1) HouLLiER : Méinowes ixclcs. sur Laval, pj». s:i-S() ; — Arcii. hki-. DE LA Mayenne, L. 12.'{.

(2i Harruel: Hist. du Clcn/i- pnulaat la Hérulutiou (ISOl), I. I, |.. -il".; — Carron : Confesseurs de la foi, 1. fil, p. 29o.

(:{) Vie du Cardinal de Chererus {Paris. 18:;0), j). 2i.

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loi, comme si l'obéissance à la loi suflisait pour faire vivre. Les prêtres qui avaient des parents et des amis à Laval, reçurent sans doute la plus cordiale hospitalité. Mais la plupart, inconnus des habitants et manquant de tout, auraient été réduits à camper en pleine rue et à mourir de besoin, si la chrétienne population lavalloise n'était venue à leur secours. Deux prêtres de Laval, MM. Touchard et Dubuisson, à défaut de la loi qui n'avait rien prévu, organisèrent l'œuvre des logements pour leurs confrères. Toutes les familles religieuses et jouissant d'une certaine aisance reçurent quelques ecclésiastiques et partagèrent généreusement avec eux le vivre et le couvert. Cette hospitalité gracieuse étant restreinte, à cause du nombre considérable des expatriés, on parvint, au moyen de souscriptions et de quêtes, à mettre en pension les prêtres qui restaient à placer (1).

Mgr de Hercé et son frère ne durent pas avoir de difliculté à trouver un logement. La réputation de l'évêque de Dol était trop répandue pour que les principales familles de Laval n'aspirassent à l'honneur de le recevoir sous leur toit.

« Le premier appel se lit le 15 avril, dimanche de Quasi modo, à dix heures du matin, dans l'église de Saint- Tugal, désignée à cet effet au lieu de celle des Cordeliers qu'on avait indiquée dans l'arrêté du 23 mars. Les bons catholiques se portèrent en grand nombre aux environs de Saint-Tugal, conduits par le désir de protéger, si c'était nécessaire, ceux qu'ils considéraient comme des confesseurs de la foi. Beaucoup d'autres individus s'y rendirent également, les uns pour jouir du plaisir de voir les prêtres liumiHés, les autres par un simple motif de curiosité ; i'alUuence étoit donc énorme, et les ecclésiastiques eurent

(I) Hahruei. : Hisl. du dn-Q,'..., I. I, p. 2|(i ; — Womhuv.v.: Mémoires iccirs. sur Laval, p. ('(S.

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de la peine à tendre la presse pour pénétrer dans Téglise. Mais la foule fut tranquille et se tint même dans une attitude qui ressembloit à du respect. Les jours suivans, le concours ne fut plus si considérable, quoiqu'il y eût toujours beaucoup de monde réuni au moment de l'appel ; assez souvent les groupes de curieux faisoient entendre des injures. Cependant il n'y eût point, en général, d'insultes aussi graves et aussi fréquentes qu'on avait lieu de le craindre ; car l'autorité avait semblé insinuer au peuple que les outrages qu'il se permettrait seroient tolérés. Il est bien vrai que la veille du premier appel, ou avoit publié une proclamation pour exhorter le pul)lic à ne pas insulter les ecclésiastiques ; mais ce qui faisoit croire que cet acte de l'autorité n'étoit pas sincère, c'est que l'huissier chargé d'en faire la lecture dans les carrefours, paraissoit s'en moquer lui-même, et faisoit des plaisanteries pour tourneiles prêtres en ridicule (1). »

Chaque jour Mgr de llerce se présentait à l'appel, et le clergé lui faisait chaque fois un cortège d'honneur. Corami' les autres ecclésiastiques, il avait quitté la soutane. Mais la croix pectorale qu'il portait sur son costume civil, le désignait aux uns pour le respect et aux autres pour l'insulte. Le commissaire chargé de l'appel s'étudiait soigueusement à ne lui donner aucun titre qui put le faire distinguer des autres ecclésiastiques.

« Hercé, aîné! » appelait-il. Et l'évêque de Dol répondait : « J'y suis ! j) — ^ « Hercé, cadet ! », disait ensuite le commissaire (2). Et l'abbé François de Hercé, vicaire général de Dol, répondait : « J'y suis î »

L'attitude pleine de dignité de Mgr de Hercé et les marques de vénération dont entouraient le saint évêque les quatre cents ecclésiastiques qui lui faisaient chaque

(Il RouLLiER : Mémoires, \\. S'.i.

(2) C'est sous CCS déuomiiKilions que les deux IVères sonl inscrils sur les registres. (Aucii. w.v. w. la Mayenne, 1. 12:{.)

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jour escorte, humiliaient et irritaient autant les prêtres intrus, témoins de ce spectacle, que les énergumènes qui venaient à Tappel chercher l'occasion d'insulter les confesseurs de la foi.

Leur dépit leur inspira une idée cynique. Ils projetèrent de faire arracher la croix pectorale de Tévèque de Dol par une femme de mauvaises mœurs. Heureusement leur projet transpira. Au jour fixé, Mgr de Hercé vint à l'appel entouré d'un plus grand nombre de prêtres. De leur côté, les sans-culottes formaient à la lille publique une forte escorte. Ceux-ci entourèrent les prêtres, et la malheureuse voulut se jeter sur l'évùque ; mais les misérables furent repoussés avec tant de AJgueur, que l'un d'eux ne put s'empêcher de dire : « Excusez ! les calotins, quand ils s'en mêlent, ils n'}^ vont pas de main morte. »

Ce fut la seule fois que ces ecclésiastiques repoussèrent la violence par la violence (1 ; et ils le firen-f, non pour eux, mais pour celui qui personnifiait au milieu d'eux la véritable Église de Jésus-Christ.

La présence de Mgr de Hercé à Laval, l'encouragement qu'il donnait par son exemple aux prêtres fidèles, la vénération qu'il inspirait même aux laïques hésitants, étaient d'une grande gêne pour le citoyen Villar, évêque schismatique, et les intrus qui formaient sa cour. Les insultes et la calomnie ne pouvant atteindre le saint évêque de Dol, on chercha autre chose, et l'on trouva.

Mgr de Hercé n'avait pas cessé de se considérer comme évêque de Dol ; il continuait même, autant (jue cela lui était possible, d'en exercer les fonctions. Le clergé fidèle

(1) Ad. liuARi, Les maityrs du clergé français pendant la Révolution de 1793. (Paris, 1807.) T. I, p. 410 ; — Uarrukl, Hist. du Clergé. p. 218 ; — HouLLiER, Mémoires, p. 90.

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