CASERNEMENT SACERDOTAL
la Mayenne, dont les principaux rédacteurs étaient trois vicaires épiscopaux de Laval, poussait aux extrémités contre les prêtres fidèles, demandant leur déportation, et, en attendant, leur arrestation. A ces excitations, le directoire du département répond, le 20 juin, en arrêtant « que tous les ecclésiastiques non-assermentés qui sont en cette ville, à l'exception néanmoins des infirmes et malades, seront tenus de se rendre, dès ce jour, avant huit heures, dans les maisons des ci-devant Capucins et Cordeliers qui leur seront désignées pour s'}»^ loger, sauf par eux à se pourvoir de lits et autres objets nécessaires, ainsi qu'ils aviseront ; leur déclarant que faute d'y satisfaire, la force publique sera employée contre eux, pour les y contraindre (1) ».
Aussitôt pris cet arrêté illégal, on battit la générale pour le publier. L'émotion fut grande dans la population. Les catholiques chez lesquels logeaient les ecclésiastiques, et surtout leurs parents, voulaient s'opposer à l'exécution de cet ordre arbitraire. Mais les prêtres insermentés étaient décidés à se soumettre atout acte, même injuste, qui ne porterait pas atteinte aux principes religieux, Mgr de Hercé fut, comme toujours, le premier à obéir. Accompagné de son frère, de l'abbé de Gheverus et de l'abbé des Vaupons, il se rendit aux Cordeliers. Cette maison, comme celle des Capucins, était absolument délabrée et privée de meubles ; il fallut même enfoncer une partie des portes, faute de clefs. Les personnes charitables qui avaient donné l'hospitalité aux ecclésiastiques s'empressèrent de garnir les cellules de lits (2).
« Le commissaire, dit un témoin (3), avait placé, par mépris et par malice, M. l'évêque de Dol, à son entrée
(1) BouLLiER, Mémoires, p. 99 (d'après les Arch. dép. de la Mayenne.)
(2) Baruuel, Hist., t. I, p. 222; — Boullier, Mémoires, p. 102.
(3) Fleury, Mémoires, p. 187.
338 UKUAIX DE llFAWAi
dans cette prison, dans la plus vilaine chambre de toute la maison; elle touchait aux cabinets d'aisances. Outre la puanteur insupportable qu'on y respirait, il n'y avait point d'air; c'était un vrai cachot où ses grands vicaires et lui étaient les uns sur les autres. »
Ce témoin, l'abbé 1/leury, s'est mépris sur les compagnons de cachot de Mgr de Hercé. Ce cachot, portant le numéro il, contenait « de Hercé aine, de Hercé cadet, Lefebvre-Chevorus et Buhigné (i, ». L'abbé des Vaupons était ailleurs. Dans ce « casernement sacerdotal », selon l'expression des administrateurs, chacun avait son numéro; il y avait « d'Hercé », numéro 37, et « d'Hercé », numéro 38 (2i.
Le jour du « casernement », la maison fut encombrée de gardes nationaux, de curieux, de femmes, d'enfants, faisant un tapage insupportable. La populace passa la nuit dans les jardins. Les jours suivants, ce fut le même envahissement.
« Le soir, quand ils (les casernes) étaient couchés, des gens venaient, avec de la lumière, (aire l'inspection des lits, pour voir, disaient-ils, si les prêtres n'avaient pas de femmes avec eux (3). »
« La nuit, c'étaient des chansons obscènes, ordurières, dans l'église, pour troubler le sommeil de ceux qui y couchaient. Dans les dortoirs, c'étaient des filles publiques que les gardes promenaient, qu'ils se plaisaient à faire crier, pour faire retomber sur quelque prêtre leurs plates bouffonneries ou leurs grossières calomnies... Dans les jours où la bande jacobine dominait parmi les gardes, leur plus giand plaisir était de visiter les prêtres endormis, et de les réveiller en sursaut, quelquefois en fai-
(1) AucH. DÉi'. iiK r..\ Mavk.xne, L. 123 : Relevé des eccics. déportés^ reclus, etc.
(2) Ibjd. •.Casernement sacerdotal.
(3) BouLLiEU, loc. cit., [). 102.