MAUVAIS TRAITEMENTS
sant semblant de les tuer. Alors ils leur mettaient la baïonnette sur le corps avec un air menaçant, en disant : Tu n'es pas assez gras ; je reviendrai et te tuera i qua,nd tu seras meilleur à manger. A l'autre : Ao7i, ta têtejouera tnieux sous la, guillotine (1). »
Jusqu'au 10 août, les habitants de la ville furent autorisés à apporter les vivres aux confesseurs de la foi. Les misérables gardes saisissaient encore cette occasion pour tourmenter leurs Aàctimes.
« Toutes les soupes, raconte un des prêtres casernes., et les autres plats dans lesquels nos bourreaux crachoient souvent, étoient fouillés et tournés sens dessus dessous avec les bayonnettes, et, comme on peut le croire, on goûtoit la boisson, soit cidre, soit vin, avant nous; ils coupoient notre pain par petits morceaux, ainsi que les andouilles et saucissons. Qui que ce soit ne pouvait nousaborder, nous voir, nous parler, pas même nous regarder :. il y avoit une barrière qui nous séparoit de ceux qui apportoient nos provisions. Les scélérats qui étoient au milieu renversoient souvent nos soupes, brisoient les assiettes, les plats et les bouteilles. Combien de toutes ces filles et femmes courageuses, qui nous servoient avec un empressement incroyable, furent frappées, jetées par terie, blessées avec les sabres et le bayonnettes ? (2) »
Cependant, dans son réduit infect, Mgr de Hercé, dont la santé était depuis longtemps ébranlée, tomba malade ; il fut pris d'un fort accès de fièvre. A son appel, M. Deschamps, médecin de Laval, demanda l'autorisation d'entrer
(1) Barruel, loc. cit., pp. 223-224.
(2) Fleury, loc. cit., p. 186,
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aux Cordelieis pour le soigner (1). L'honorable médecin ne fut pas agréé par les administrateurs. Mgr de Hercé fut obligé de se servir des médecins de la Nation^ « qu'on appeloit, dit Fleurj-, officiers de santé, mieux nommés, en général, officiers de mort ». On demanda pour le vénérable malade un local plus convenable que cet étroit cachot, contigu aux cabinets d'aisances. Le district et la municipalité de Laval s'y refusèrent opiniâtrement. Il fallut avoir recours aux administrateurs du département. On refusa au saint évêque des gardes-malades. Son fidèle valet de chambre, Jean Gautier, sollicita l'autorisation d'aller lui donner ses soins. Ce ne fut qu'après constatation de l'état presque désespéré de Mgr de Hercé, que le département accorda cette autorisation. Ce domestique fut alors soumis à toutes sortes de tracasseries. Il ne pouvait entrer ou sortir des Cordeliers qu'on ne le fouillât depuis les pieds jusqu'à la tête. Ce fut en vain que les prisonniers supplièrent les gardes de faire taire les hurlements des énergumènes, qui parvenaient jusqu'aux oreilles de l'auguste malade. Enfin, grâce aux soins de son domestique et aux attentions de ses compagnons d'infortune, l'évêque de Dol put cette fois échapper à la mort (2). Mais sa
(1) « A monsieur Hubert, procureur-sindic du district de Laval. » Munsieur, » J'ai eu riionneur d'entrer ce malin chez vous pour vous demander, au nom de la garde des Cordeliers et du mien, une pei'mission par écrit de voir M. Hercé l'aîné, malade depuis hier qu'il fut pris d'un violent accès de fièvre. J'ai laissé ma requête chez vous, j'y ai passé et vous ne l'aviez pas encore répondue. Dans l'instant on me demande pour aller voir aux Capucins M. Chauffié, malade depuis deux jours ; ces messieurs ra'lionorent de leur confiance l'un et l'autre, et j'attends votre réponse pour me rendre à leurs désirs. .le suis avec respect...
» Deschamps, méd. »
(.\hgh. dkp. de la iMAYENNE, L. 123. Lettre sans date.)
(2) Fleurv, Mémoires, p. 188.