‹ Urbain de HercéChapitre 136 sur 196 · MENACES OE MASSACRE 34 I · texte numérisé non relu

MENACES OE MASSACRE 34 I

santé demanda, pendant longtemps encore, de grands ménagements.

Pour se procurer dans la prison ce qui était nécessaire à son entretien ordinaire, et surtout pour subvenir aux frais occasionnés par sa maladie, Mgr de Hercé n'avait que la pension qui lui était assignée par la Constitution. Mais, celte pension, on négligeait de la lui servir- Il réclama, et le directoire du département dut s'exécuter, ainsi que pour le traitement de Fabbé François de Hercé (1). Celui-ci, « pour subvenir à ses besoins » et surtout à ceux de son frère, avait emprunté à sa sœur Charlotte une somme importante, ce qu'il reconnut dans un acte daté des Cordeliers, le 10 septembre 1792 (2).

Cependant, les émeutes de la capitale, au iU août, eurent leurs conséquences à Laval. On parla de massacrer les casernes des Cordeliers et des Capucins. Ceux-ci en furent prévenus et se mirent sur leurs gardes. « xAux Cordeliers, ils firent des préparatifs de défense ; les plus jeunes et les plus forts se distribuèrent aux portes, pour en garder l'entrée; ils s'armèrent de bûches et de ce qu'ils trouvèrent propre à repousser la violence. On avait découvert un passage qui conduisait aux combles de Féglise ; il fut convenu qu'en cas d'attaque, les plus âgés et les plus faibles iraient y chercher une retraite (3). »

Un jour, cent cinquante brigands, armés de sabres et de piques, vinrent dans le dessein d'égorger les prêtres. Mais les cinq gardes qui étaient à l'entrée du couvent se montrèrent énergiques. Il leur suffit de mettre en joue les

(1) Arch. dépakt. dk la MAvii.NNE : An'ctés du département du Il juillet 1792.

(2) Arcu. de l'hôtel de Hkucé.

(3) BouLLiER, Mémoires, p. 100.

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assassins pour les l'aire fuir. Les honnêtes gens, craignant pour la vie des prêtres fidèles, montèrent la garde autour de la prison, et firent prévenii" secrètement les casernes • de sonner la cloche si l'on venait les attaquei^ (1),

Les Jacobins de Laval eurent bientôt satisfaction. Louis XVI avait constamment refusé de sanctionner le décret de déportation porté, le 27 mai, contre les prêtres •réfractaires, par l'Assemblée législative. Mais le Koi, ayant été détrôné et renfermé au Temple, l'Assemblée, devenue souveraine, rendit définitiA'e la loi de déportation, le 26 août.

L'administration lavalloise n'avait pas attendu cette date pour mettre à exécution le décret du 27 mai. D'après celui-ci, tout prêtre dénoncé par vingt citoyens actifs devait être déporté. Le département de la Mayenne se montra moins exigeant ; il lui suffit que les insermentés en fissent eux-mêmes la demande. Aussi, plusieurs ecclésiastiques •casernes à Laval, préférant l'exil aux menaces de chaque jour, profitèrent-ils de cette tolérance. Dès le 22 août, la ■déportation commença (2). Moyennant douze livres par personne, on conduisait les prêtres munis de passeports à Granville, où ils s'embarquaient pour Jersey ou Guernesey. Le 27 août, l'abbé Michel Thoumin des Vaupons, vicaire général de Mgr de Hercé, prenait avec d'autres la mer à Granville (3).

Lorsque la loi du 20 août eut été publiée, c'est-à-dire -dans les premiers jours de septembre, le mouvement de 'déportation devint général. Les départs s'opéraient généralement par convoi de quatre à dix ecclésiastiques (4).

Mgr de Hercé fut des derniers groupes qui prirent le chemin de l'exil. Son âge, soixante-six ans, ainsi que son

(1) Barri KL, Hisl., ji. 204.

(2) BoULLiKR. Mémoires, ]>. 107.

(3) Arch. i>ki>. dk la Mayen.nk, I.. \-2'.\.

(4) BOULLIKK. |i. I \'.\.

DÉPART POUR .IKRSEY .'U3

état de santé, pouvaient Texempter de la déportation, puisque la loi exceptait les sexagénaires et les infirmes. Mais elle ne faisait pas pour cela plus avantageuse leur situation : elle ordonnait leur casernement dans une maison (lu chef-lieu. Mieux valait mille fois la déportation à des persécutions quotidiennes qui, infailliblement, aboutiraient au massacre.

On pressa donc le saint évèque de Dol, quoique à peine remis de sa grave maladie, de prendre un passeport. Mais, légalement, il fallait que la déportation fût demandée par un certain nombre de citoyens. Les catholiques ayant hâte de voir tous les prêtres à l'abri des vexations des fanatiques, signèrent, au nombre d'une centaine, le 23 septembre 1792, la demande de déportation en bloc de cent trente-deux ecclésiastiques, entre autres de Mgr de Hercé, de l'abbé de Hercé et de l'abbé Zerilli (1). En conséquence, Mgr de Hercé et son frère se firent délivrer, le 2 octobre, un passeport pour sortir du Royaume et se rendre à Jersey 2).

Jusque-là, c'était sur le port de Granville qu'avaient été dirigés les déportés. Mais, à partir d'octobre, on les conduisit à Saint-Malo.

(Il Akcii. I)Éi'. de la Mayenne, L. 123.

,2) Voici le certificat de passeport de ^\<J,l• de Ilerc»'', dont Torigin;il, ainsi que celui de Tabh»'- Framois de Hercé, se trouve dans les Archives de l'hôtel de Merci'; :

« Nous, ofliciiTs municipaux de la ville de Laval, clicf-lieu du 'II'' parle aient de la Mayenne, soussignés, cei'tilions à qui il apparlii-ndra que le sieni- [Irhain-Hené de Hei'cé, ci-devant Évesque de D'd, a [tris un passeport au greffe de cette municipalité le deux octolue dernier, pour sortir du royaume en conformité de la loi du vingt-six août dernier ; en foi de quoi nous avons délivré le présent pour servir et valoir ce que de raison. Donné à la maison commune 4e Laval, le vingt-un décembre mil sept cent quatre-vingt-douze, l'an premier de la République française.

i> LEVEenCE, O/f. Iltpal. »

L'évêque de Dol, pour atteindre ce port, dut parcourir une partie de son diocèse, et même passer non loin de son château des Ormes et traverser sa ville épiscopale. Combien fut douloureux pour le cœur du saint évéque ce voyage au milieu d'une contrée qu'il avait évangélisée pendant vingt-quatre ans, et dont chaque village lui rappelait quelque souvenir! Les détails manquent sur l'attitude des populations à l'égard de leur évéque bien-aimé, courbé sous les infirmités, traîné comme un malfaiteur hors de la patrie, allant demander à l'Angleterre qu'avait dû fuir saint Samson, le fondateur du siège de Dol, une hospitalité que celui-ci était venu demander à la terre de France !

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