SENTIMENTS DES JERSIAIS
guier, Mgr Le iMintier, et Févêque de Bayeux, Mgr de Cheyliis. Mais, dès lors, on ne parla plus que de Févêque de Dol, qui se montra le père de tous par les services éminents qu'il rendit à ses compagnons d'exil (1).
Le neveu de -Mgr de Hercé, Jean-François, lils du chevalier de Hercé, avec l'intrépidité de ses dix-sept ans, était parti de Laval avec ses oncles, bien décidé à les accompagner dans l'exil. Mais, à Saint-Malo, on l'empêcha de s'embarquer sur le vaisseau qui devait les emporter. Il ne s'en émut pas. Avec quelques autres gentilshommes, il frète ime barque de pécheur et s'embarque secrètement pour Jersey. Une violente tempête s'élève ; les marins parlent de regagner la côte française. Jean-François de Hercé fait briller l'or aux yeux des marins, et. Dieu aidant, on touche au port de Saint-Hélier. Comme les autres passagers, revenus de leur terreur, s'étonnaient du sang-froid du jeune homme : « Ce n'est pas étonnant, répondit le futur évêque de Nantes; hier je suis allé à confesse et j'ai communié : rivage pour rivage, celui du Ciel n'est-il pas préférable à celui de Jersey ? »
Bientôt après, Jean-François de Hercé était dans les bras de ses oncles. C "était le 17 octobre 1792 (2).
Il y avait dans File de Jersey deux à trois mille prêtres français et un millier d'émigrés laïques. Tout ce monde était installé à Saint-Hélier, à Saint-Aubin et dans les gros villages. Plusieurs, faute de mieux, étaient logés dans les fermes.
La population jersiaise se montra généralement assez sympathique à nos malheureux compatriotes. Mais les politiciens de File étaient divisés dans leur conduite à
(1) Vie ms. en espagnol. Lo rédacteur de celte vie, l'abb»'- Delacroix, principal du collège de Dol, était présent à l'arrivée de Mgr de Hercé à Jersey; il pai'til quelque temps après pour TEspagne.
(2) Maupoint, Vie de J.-F. de Hercé, évêque de ?i(uites, pp. 6-7.
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l'égard des émigrés et des déportés. Les monarchistes déploraient la Révolution et se montraient tout dévoués à ses victimes. Les libéraux, au contraire, ne rêvaient que vexations. Ils attribuaient la cherté des vivres au grand nombre d'Emigrés vivant dans l'Ile. 11 s'en suivit des émeutes, des insultes, des attentats (1).
Devant ces excitations et ces faits, un Ami des infortunés protesta dans la Gazette de Jersey :
« A quoi pensez-vous, Jersiais, disait-il, vous qui avez le renom d'être humains '.' Prenez garde que cette renommée flatteuse ne soit ternie par les cruautés que quelques scélérats exercent contre les malheureux qui cherchent un asile chez vous ; cet ordre d'hommes qui parait depuis peu exciter l'acharnement, ont tous les égards possibles pour la société et n'offensent personne. Jersiais, si vous leur imputez la cherté des vivres, vous êtes dans l'erreur; prenez-vous-en aux éléments contraires et non à eux, car les provisions sont chères dans tous les pays à cause de la mauvaise récolte (2). »
Dès le mois de septembre 1792, un appel avait été adressé aux Jersiais pour venir au secours des déportés, par une souscription publique.
« Ceux pour qui on propose cette souscription, disait la Gazette (3), ne se sont jamais rendus coupables envers vous d'aucun projet hostile ; ils choisissent notre pays comme un asile inviolable et sacré ; ils sont parmi nous sous la protection des lois de l'hospitalité. Anglais, qui chérissez cette belle vertu et qui voulez la pratiquer dans toute son étendue, il ne vous suffît pas qu'ils .soient parmi vous à l'abri de la violence de leurs concitoyens, tandis qu'ils pourroient périr par l'effet de notre négligence. »
(1) l);iron de De.mii.n, Hisl. relif/. de l'ile de .Icrscij, |>ai,'rs lll-Ii:{.
(2) Gazette de Jersey du l'i septembre 1792.
i'-i) Gazette de Jersey, septembre 1792; c'était la reproduction d'un article de VEveninr/-.\[ail, de Londres, du 17 septembre.