‹ Urbain de HercéChapitre 149 sur 196 · I.ETTHE PASTORALE A SON DIOCÈSE · texte numérisé non relu

I.ETTHE PASTORALE A SON DIOCÈSE

secuti estis me, cenluplum accipieti>t et vlt8.m raternam possidebitis (1).

» De quelle consolation notre âme n'a-t-elle pas été remplie, de quelle sainte joie n'avons-nous pas été comblés iiu récit qu'on nous a fait des prodiges de votre zèle, et des bénédictions dont il a plû à Dieu de couronner vos elForts! Mais d\m autre côté, quel sujet de douleurs et de i;egT(.'ts pour nous de n'avoir pu, comme nous le désirions si ardemment, voler à votre secours et partager vos travaux ! Dieu nous est témoin que si du fond de cette terre étrangère, nous soupirons après le moment de voir iimr notre exil, ce n'est ni l'indigence à laquelle nous sommes réduits, ni l'espoir de rentrer dans nos biens, ni l'ambition d'occuper une place éminente qui excite en nous cette extrême impatience ; mais le seul désii' de nous réunir au troupeau que la Divine Providence nous a confié, de courir après tant de brebis égarées qui, malgré leur infidélité, ne cessent pas de nous être chères ; de consolei- par notre présence ceux qui souffrent pour la foi de Jésus-Christ ; de solliciter pour eux ses grâces et ses miséricordes, et de nous immoler nous-mêmes, s'il nous en trouvoit dignes, pour un troupeau chéri auquel nous voudrions rendre la tranquillité, le bonheur et la paix au prix de tout notre sau"'.

» Quoique dans ce nombre il ne s'en trouve aucun qui ne nous inspire le plus vif intérêt, nous ne vous dissimulerons pas, mes très chers Frères, qu'il en est cependant qui ont des droits particuliers à notre sollicitude ; nous ajouterons même à notre reconnoissance. Nous la devons à ces coml)attans intrépides, qui si souvent et si courageusement ont exposé leur vie sous les drapeaux d'une armée qui se glorifie du titre auguste d'Armée Catholique et Royale ; Jirmée aussi imposante par la valeur et l'activité des chefs

(I, Mali h. \i\.

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qui la commandent que par son dévouement à la religion et sa fidélité à son légitime souverain. Nous la devons à ces vertueux citoyens, à ces lidèles Bretons qui, se trouvant dans l'impossibilité de prendre les armes, ont rendu d'ailleurs les services les plus signalés, et n'ont pas craint d'exposer leur vie en prodiguant aux ministres des Autels et aux défenseurs de la cause du plus malheureux des Rois, tous les secours qui étoient en leur pouvoir.

» Avant de terminer cette lettre, mes très chers Frères, nous vous invitons, nous vous conjurons d'unir vos prières aux nôtres, pour la conservation de ce Prince infortuné (ij, que les circonstances les plus malheureuses ont appelé au trône. Demandons à Dieu qu'il écarte d'une tête aussi précieuse le fer des assassins, qu'il protège son enfance, qu'il le préserve de la corruption du siècle, qu'il lui rende le trône de ses pères, qu'il suscite en sa faveur quelque .Tosabeth qui le dérobe à la fureur des tyrans, et que pour rendre son règne à jamais mémorable, il lui donne la sagesse de Salomon, la piété d'Ezéchias, et surtout ce zèle ardent pour la religion qui animoit un de ses augustes ayeux dont il porte le nom, et qui seul peut affermir la couronne sur la tête et rappeller ses sujets à l'obéissance.

» Enfin, mes très chers Frères, demandons à Dieu qu'il daigne conserver les augustes Princes sur lesquels repose aujourd'hui la destinée de la France, et qu'il fasse rentrer dans le fourreau le glaive qui, depuis si longtemps, est suspendu sur leurs têtes ; afin qu'après avoir été éprouvés par les grandes adversités, ils servent un jour de modèles à tous les Princes chrétiens, et qu'ils montrent à tout l'univers ce que peut un grand courage quand il est soutenu par la vertu.

» Quoique absent de corps, mes très chers Frères, nous sommes toujours en esprit au milieu de vous, et nous ne

(1) Lp ji'iinp Louis wn. |irisrimiii'i- ;ni Tcmplf.

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cessons d'adresser au Seigneur les prières les plus ferventes pour (|u'il soutienne votre courage, votre constance et votre fermeté ; qu'il confirme et qu'il perfectionne en vous l'ouvrage que vous avès si heureusement commenc(^ et que la grâce de Dieu, la chariti' de JKSUs-(]t[RiST, la communication du Saint-Esprit vous accompagne et dirige toutes vos actions : Gratia. Domlni nostri Jesu Christi et caritas Del et conimunicatio Sayicti Spiritiis sit cuni omnibus vobis (1).

"Donné à Londres, le f' jain'iev ITlKi.

j) f Urbain-R., Èvêque de Dol, » l^icaire Apostolique du Saint-Siège. »

Le comte de Puisaye envoya deux mille exemplaires de cette lettre en France (2) ;puis un certain nombre d'autres exemplaires traduits en langue bretonne (3j.

Gomme on peut en juger par les termes de cette lettre pastorale, les sentiments de Mgr de Hercé étaient purement pacifiques. 11 n'aspirait qu'aune chose, aller rejoindre son clergé pour l'encourager et le soutenir dans sa périlleuse mission. C'était depuis longtemps son désir, comme l'allirmait l'abbé François de Hercé à l'abbé Carron, avant qu'il ne fût question de l'expédition de Quiberon. « Oui, mon ami, disait le vicaire général de Dol, mon frère et moi nous ne désirons, nous n'ambitionnons que la gloire d'aller évangéliser nos campagnes ; d'aller couvrir de nos sueurs

(1) Il Cor., \ii.

(2) Lf'ttre de Piii.saye au Coiiiilt'- (('nU-al, caLliolique el royal, en date du 7 janvier 179;). [Cori-espond. secrète de Charette, Stofflet, Puisaye, etc., l. I, p. 12G.)

(3) En voici l« Mire : <i Lizer pastoral dunes an ulrou cxcop Dol, vicar apostolic d'hon tad santal ar pap, troët a hallec en lirczonec evil commodité an habitantet a rrciz-izel. » Nous n'avons [las vu !<■ Icxlr imprimé, mais le ins. oii^iual se trouve au Rritisii Mi ski m : Puisa i/e's papers, vol. 112.

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et, s'il le faut, de notre sang, le sol de notre infortunée patrie : nous ne nous dissimulons point les dangers qui vont nous entourer. Nous marcherons d'un village à un autre village, d'une contrée à une contrée nouvelle, jusqu'à ce que, arrêtés par nos frères égarés, nous périssions dans quelque ville, sous le tranchant de la guillotine. Mais que le Seigneur soit béni : Non fario finimam ?neam jpretiosorem qucim me (1). »

Mais le débarquement que préparaient les Emigrés semblait pour Mgr de Hercé devoir applanirbien des difficultés. Il ne doutait pas que le pays, lassé de la tyrannie sanglante qui l'oppressait, se soulèverait en masse en faveur de la monarchie, lorsque l'armée des Emigrés aurait abordé les côtes. Il ne doutait pas que cette armée, dans une marche triomphale, ne rétablit l'ordre et avec lui le libre exercice du culte catholique. Les nouvelles qui arrivaient du continent et que confirmait le comte de Puisaye, ne faisaient pas de doute à cet égard.

Cependant le pieux évoque avait un scrupule. Les pouvoirs de Vicaire Apostolique que lui avait octroyés le Souverain-Pontife, par son Bref du 2.") janvier 1794, n'étaient que pour une durée d'un an.

Ils allaient prendre fin. Mgr de Hercé écrivit au cardinal Maury, en même temps que le comte de Puisaye s'adressait à Pie VI lui-même. L'évêque de Dol tenait aussi à avoir l'approbation du comte de Provence, Régent de France pendant la minorité et la captivité du jeune Louis XVII. Plusieurs fois déjà, il avait écrit aux Princes français pour solliciter leur reconnaissance de sa mission apostolique dans le Royaume. Jusqu'alors, il n'avait point reçu de réponse. Puisaye se chargea cette fois de solliciter lui-môme des Princes français la reconnaissance du Vicaire Apostolique.

(1) (]\uiiii\, ('oi)f'essi'iirs tic l'i Foi, I. III, |i. .{():!.

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