APPROBATION DES PRINCES
11 adressa, le 7 janvier 1795, cette lettre au comte de Provence :
« En Bretagne, ce sont les prêtres qui m'ont aidé à former Finsurrection. Leur influence est si puissante dans ce pays qu'elle produit chaque jour des prodiges de courage et de dévouement. Il est donc indispensable de soutenir et d'animer leur zèle. J"ai écrit en conséquence à Sa Sainteté pour en obtenir un bref qui produisît cet effet; et comme la lenteur des communications avec Rome ne me permet pas d'espérer de le recevoir de sitôt, j'ai engagé M. l'Evêque de Dol, qui est adoré en Bretagne et qui est Vicaire Apostolique du Saint-Siège, à donner une Lettre pastorale que j'ai fait imprimer et que j'envoie en France. J'ai prié en même temps M. le duc d'Harcourt d'écrire à ce sujet à Votre Altesse Royale à qui TEvèque de Dol avait eu l'honneur d'écrire lorsqu'il reçut la bulle qui le constitue Vicaire Apostolique. Mais n'aiant pas obtenu de réponse, il s'est constamment abstenu d'en faire les fonctions. Et ce n'est (ju'après lui avoir demandé cette Lettre pastorale au nom de ^lonseigneur, après lui en avoir représenté l'importance et fait sentir combien il servirait mal Vos Altesses royales et la cause de la Religion et du Roi, s'il se refusait à me fournir le secours d'un des plus puissans moiens qu'on puisse mettre en œuvre, qu'il a consenti à me la donner et a demander au Pape, pour une année, la prorogation de ses pouvoirs qui expirent dans le cours de ce mois. Il a toutefois exigé de moi que j'en prévinsse Monseigneur et que je lui demandasse son approbation expresse tant pour cette circonstance que pour celles qui surviendront (1). »
Le 23 février 1 795 , le comte d'Artois , lieutenantgénéral du Royaume annonçait d'Osnabruck, à Puisaye
(1) Bru-. Mi's., ms, ~{)li : l'iii>;aj/r's papera, vol. L loi. Ilti.
URBAIN DE KEliCK
qu'il avait adressé au duc d'iiarcourt, son représentant à Londres, l'autorisation demandée par l'évèque de Dol pour exercer ses fonctions apostoliques en France (1). Le 16 mars, Mgr de Hercé fit passer au Régent par Puisaye une lettre dont nous ignorons le contenu, mais qui probablement contenait les remerciements du prélat (2).
En attendant que la prorogation des pouvoirs de Mgr de Hercé vint de Rome, le saint prélat vécut dans l'intimité du comte de Puisaye.
« Il fut le confident de tous les secrets dont il m'étoit permis de disposer, » a écrit le général royaliste qui» ayant appris à le connaître dans cette intimité, disait de lui : <( 11 n'étoit pas courtisan ; à une piété tout à la fois aimable et solide, il joignoit autant de pénétration que d'esprit ; et il pouvoit très bien se faire qu'il ne fût pas un homme comme il en falloit, à certaines personnes (3). »
Ces derniers mots révèlent l'esprit de suspicion qui existait parmi les Emigrés à l'égard de Puisaye. La défiance faisait critiquer le choix de l'ancien constitutionnel, et les intransigeants du parti de l'évèque de Léon furent sans doute blessés que l'organisateur de l'expédition n'eût pas donné sa confiance à ce prélat plutôt qu'à l'évèque de Dol.
A cela, le comte de Puisaye pouvait répondre : « Je ne connaissois pas plus Monsieur de Dol que les autres Évèques des pays insurgés, auxquels avant la révolution j'avois été absolument étranger. Les royalistes en demandoient un ; je trouvoi celui-ci muni de tous les pouvoirs nécessaires. Ce n'étoit donc qu'à lui que je pouvois m'adresser ; et je déclare que n'importe quels ayentpu être les motifs ou l'intérêt de ceux qui en désiroient un autre, in-
(1) l'apieis Inmsrs <lans le |i()i-ti'f(Miille de .Mi;i- de Hercé. (Annalks i)K LA Religion, m" du 17 oclolire 17i);j.)
(2) Brit. MU8., ins. 1972 : Puisa i/c's papcrs, mA. K Toi. 120. (:}) PrisAVK, .lfrwo/>c.s. t. IH, p. VOO.
l/ÉVÈQUE DE DOL ET l'ÉVÈQUE UK LÉON 381
dépendemment de la première et indispensable donnée, qui étoit son éloignement de s'immiscer en rien dans les affaires temporelles et son dévouement exclusif aux devoirs de son état, je ne pense pas que personne ait pu réunir à un degré supérieur à celui auquel il les possédoit, les qualités nécessaires pour remplir dignement l'emploi aussi dangereux que difficile qui lui étoit confié (1). «
Ce qu'on sait déjà de Mgr de Hercé permet de ratifier l'élogieuse appréciation de Puisaye sur le caractère du prélat, « dont le nom seul — pouvait encore affirmer le général royaliste — rappelle à tous ceux qui font connu l'image de toutes les vertus i^2). »
Il ne faudrait pas croire cependant qu'il y eût contre l'évêque de Dol une sorte d'animosité que semblent insinuer les paroles de mauvaise humeur du comte de Puisaye, ou même une rivalité entre Mgr de Hercé et INIgr de La Marche, évêque de Léon. Celui-ci occupait certes une haute situation et jouissait d'une importante influence parmi ses compatriotes émigrés ou déportés. Son zèle, une activité qui avait besoin de se dépenser pour le bien, la vivacité de ses sentiments royalistes, l'avaient placé à la tète des comités de secours. La charge était lourde, si on en juge par la correspondance que l'évêque de Saint-Polde-Léon dépouillait chaque jour (3), et par le soin qu'il mettait à satisfaire à toutes les demandes. Son attention avait été particulièrement attirée sur la situation précaire de son collègue de Dol ; aussi avait-il fait un appel pressant en sa faveur auprès du comité des secours, en indiquant Mgr de Hercé comme l'évêque le plus dénué de mo3^ens de subsistance (4). C'est le 20 novembre 1794, que Mgr de
(1) Ihid., ]>. 402.
(2) IbicL, p. 398ji
(3) Cette correspondance considérable fait parlic des Archives de l'Archevêché catholique de Westminster.
(4) Britsii MUSEUM : Minutes of committee of subscribos for the relief
38'.' UIUÎAIN DE HERCK
la Marche manifestait cette marque de sollicitude singulière pour Mgr de Hercé, c'est-à-dire à l'époque où l'évèque de Dol était désigné pour remplir auprès de l'armée royaliste les fonctions de Grand-Aumonier. L'antagonisme que le comte de Puisaye a semblé dénoncer entre ces deux évêques, est donc de pure imagination. Le général royaliste, pour justifier sa conduite injustifiable, s'est attaché, dans ses Mémoires pleins de mensonges, à mettre de son côté un prélat jouissant de la vénération universelle et auquel la mort, conséquence de la conduite de Puisaye. avait clos la bouche.
D'ailleurs, les formes aimables et séduisantes du comte de Puisaye, ses plans grandioses, l'assurance avec laquelle il prophétisait le succès, ne pouvaient qu'imprimer la confiance dans l'âme droite et pure de Mgr de Hercé. Volontiers, il s'était mis à la disposition du brillant organisateur. Celui-ci, caché sous son pseudonyme de marquis de Ménilles, se tenait éloigné de tout rapport avec les Emigrés. Pour l'entretenir, il fallait passer par l'intermédiaire de l'évèque de Dol, et, par le même intermédiaire, le général en chef communiquait avec les Emigrés. Mgr de Hercé semble avoir rempli auprès de Puisaye le rôle de premier ministre.
Lorsque le comte de Vauban(l) sollicita de faire partie de l'expédition de Quiberon, Puisaye transmit la lettre de demande à Mgr de Hercé, comme pour avoir son avis.
Lorsqu'on forma des cadres pour organiser les Chouans, « l'évèque de Dol, dit le comte de Contades (2), m'en offrit un de la part du général et me proposa de le voir le lendemain. Je me rendis chez l'évèque et, grâce à lui, le
of the fiench Clergy. Lettre de Mgr de la Marche, du 20 novembre
(1) Vauban, Mémoires, p. 58,
(2) Co.NTADES, Souvenirs : Coblentz et Quiberon, p. lo:{.
MOI', JJK JIERGÉ ET PUISAYE 383
sanctuaire du grand homme me fut enfin ouvert. M. de Puisaye me reçut à merveille. »
« Le sanctuaire' du grand homme » non seulement ne s'ouvrait pas facilement, mais encore est-il que l'adresse paraît même en avoir été cachée aux Emigrés les ])liis éminents. Témoin ce billet adressé à Mgr de Hercé (1) :
" 22 [l;irley streel, ce l^'aviil 17'.i:').
» Le prince de Léon regrette infiniment de n'avoir pas encore été chercher Monsieur l'Evêque de Dol ; il le prie de croire que ses affaires et l'éloignement de sa demeure ont été la seule cause du retard de son empressement. 11 le supplie de vouloir bien avoir la bonté de faire encore parvenir cette lettre pressée à M. le M'* de Ménilles (Puisaye), et d'agréer l'hommage de son attachement. »
Mgr de Hercé poussait le dévouement à la cause, jusqu'à se charger d'aller trouver les personnages pour les([uels le comte de Puisaye devait rester un être mystérieux, comme il appert de cette note, écrite de la main du prélat (2) :
« L'Ev. de Dol est allé lui-inôme chez M. de Chatillon et ne l'a point trouvé ; il a chargé un de ses amis d'en faire la recherche, mais comme il ne doit pas dîner chez lui, il est fort douteux qu'on puisse le rencontrer. Il prie M. le marquis de Ménilles d'agréer l'hommage de son respect. )>
Mgr de Hercé, tout en rendant à Puisaye le service d'être son intermédiaire auprès des personnages qui vou-
(1) British Muséum, ms. 8036 : Pimaijes papera, vol. 63, fol. 19.
(2) Ibid, ins. 8048 : Puisaye's papert>, vol. 77.
laient entrer en relation avec lui, se donnait spécialement, avec l'abbé François de Hercé, au ministère spirituel.
La haute considération dont il jouissait, et sa bonté toute paternelle, attiraient à lui toutes les sympathies. On s'adressait à lui plus volontiers qu'aux autres évéques pour les moindres services. Nous avons eu sous les yeux ]naintes lettres de prêtres exilés qui se recommandaient (lu nom de l'évêque de Dol, pour se faire ouvrir le trésor, nous ne dirons pas des faveurs, mais des secours.
Nous ne pouvons résister au plaisir de publier une lettre que le saint prélat écrivait à un prêtre français, dont nous ignorons le nom, mais qui, d'après la recommandation que lui fait l'évêque de son frère le chevalier, devait résider à Bath. Cette lettre est peu de chose en elle-même ; mais elle révèle l'état d'esprit du prélat au milieu de l'exil, son inaltérable chanté, son exquise délicatesse, sa parfaite courtoisie.
" A f.uiidrcs, 1 avril i79o.
» Je viens, mon cher abbé, de consacrer votre pierre d'autel avec plusieurs autres qui m'étoient demandées, et c'est un bien petit service en comparaison de ce que je voudrois faire pour vous. M. l'abbé Drouot s'est chargé de vous la faire passer lorsqu'il en trouvera l'occasion.
» Je suis bien sensible au souvenir dont M"" et M™® Wake veulent bien m'honorer, et je vous prie d'être auprez d'eux l'interprète de mes sentimens et de ma reconnaissance. C'a été pour moy une grande privation de ne pouvoir m'expliquer dans leur langue. J'aurois souvent profité d'un voisinage aussi agréable, si je n'avois pas été réduit à l'imbécillité de ne pouvoir pas leur exprimer tout le cas que je fais de leur amitié.
)) Recevès, mon cher abbé, les très humbles complimens de mon frère. Je vous recommande celui ([ui est auprez de