‹ Urbain de HercéChapitre 151 sur 196 · CORRESPONDANCE AVEC SON CLERGÉ · texte numérisé non relu

CORRESPONDANCE AVEC SON CLERGÉ

VOUS, et VOUS prie d'ùtre aussi persuadé de ma reconnaissance que du respectueux attachement avec lequel j'ay l'honneur d'être, mon cher abbé,

» Notre très humble et très obéissant serviteur. » Urb.-R., Évêque de Dol (1). »

Ce n'étaient pas seulement les prêtres déportés en Angleterre qui sollicitaient de Mgr de Hercé des services et des conseils. Les vaillants ecclésiastiques du diocèse de Dol, qui se cachaient au fond des campagnes pour dispenser les sacrements aux fidèles, s'adressaient encore à celui qu'ils considéraient toujours comme leur évêque légitime et auquel ils étaient restés attachés, autant par les liens du cœur que par les sentiments de la foi.

L'un d'eux, l'héroïque recteur de Saint- Jacut-de-la-Mer, M. Bétaux (2), était en correspondance assez suivie avec Mgr de Hercé. De sa cache, il écrivait au prélat déporté sur les difficultés de la situation, et il transmettait les réponses aux autres prêtres réfractaires de la contrée, qui recevaient les conseils du saint évêque avec la plus grande déférence.

Dans les premiers mois de 1795, une certaine modération se produisit dans la persécution religieuse ; l'exercice du culte catholique fut toléré sous de certaines conditions ; beaucoup de prêtres insermentés sortirent de leurs cachettes et exercèrent publiquement le saint ministère. Mais d'autres réfractaires virent dans cette tolérance un piège et blâmèrent la conduite de leurs confrères, qui s'étaient soumis aux conditions imposées par la Convention. Parmi ces réfractaires intransigeants se trouvait le recteur de Saint-Jacut. Il tint à avoir sur cette situation l'avis de son

(1) Arch. personnelles.

(2) Sainl-Jacut fait aujourd'hui partie du diocèse de Saint-Brieuc.

Charles Bétaux était recteur de Saint-Jacut depuis 1788.

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pasteur. Le 3 nuii i71)o, il écrivit donc k Févêque de Dol une lettre (i) dont nous extrayons les passages suivants :

« Monseigneur,

» Nous avons besoin de vos lumières et de l'autorité de nos supérieurs dans la foy pour fixer nos sentimens et régler notre conduite. Je vois avec douleur qu'il s'introduit parmi nous une espèce de nouveau schisme. Vous trouvères cy-inclus les décrets et proclamations qui tolèrent et semblent même protéger le culte catholique ; en conséquence de ces loix, plusieurs prêtres exercent publiquement les fonctions du Saint-Ministère. Les uns, sortis des prisons et autorisés avant la proclamation du 6 germinal ; les autres autorisés en vertu de cette loi qui exige des ministres du Culte catholique fidélité à la République et soumission à ses loix ; d'autres enfin exercent publiquement, sans se mettre sous la surveillance des autorités constituées.

» Les prêtres qui exercent en secret blâment la conduite de tous ceux dont je viens de parler : ils disent que se comporter ainsi est manquer à NN. SS. les Evêques, dont nous devrions attendre l'autorisation, s'exposer à prêter la main à l'entier renversement de l'autel et du trône... Ils ne se contentent pas de blâmer ceux qui exercent publiquement en vertu de la loy qui les astreint à se soumettre à la République et à ses loix, ils les regardent comme scandaleux, suspects, très dangereux pour la rehgion, fauteurs de répubUcanisme et déshonorant notre ministère par leur honteuse conduite. Beaucoup de fidèles les ont en horreur comme les assermentés. Quelques prêtres cachés défendent d'aller k leur messe, crainte d'affec-

(1) 11 s'en trouve une copie aux Arch. de la Guerre : Armée des eûtes de Brest, carton de mai l'9:i.

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