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CORRESPONDANCE AVEC SON CLERGÉ 3<S

lionner le peuple ù la Hépiiblique, de raceoutumer à se passer d'Eveques et de Roy.

» Ceux-ci disent pour se justifier, que les passeports dont ils se servent ne portent ny fidélité, ny soumission ; cela est vray pour la plupart ; mais ils contiennent formellement ces mots : En vertu ou en exécution de laproclwnmtion, ce qui, selon les autres, équivaut à une fidélité et soumission expresse.

» Il est bien douloureux de nous trouver dans des circonstances aussi critiques. Il est bien à désirer qu'on y apporte un prompt remède.

)) J'ai reçu la lettre dont vous m'avès honoré en date du 3 février. Elle m'est parvenue bien à propos, parce qu'il y avoit bien de mes confrères qui me blâmoient. Aujourd'hui personne ne dit plus rien ; au contraire, tout le monde travaille.

» Si vous venès nous rejoindre, ne craignes rien ; j'ay une maison où vous mettre, où vous serès très bien et en sûreté.

n J'ay l'honneur d'être, Monseigneur, etc..

» BÉTAUx, recteur de Saint-Jacut.

3 inav 1795.

Cette lettre ne parvint pas à son destinataire ; elle fut saisie par le général Valleteaux qui commandait dans les Côtes-du-i\ord (1). Mais nous savons la réponse qu'y aurait faite Mgr de Hercé. Il suffira de lire sa dernière lettre pastorale, que nous donnerons à l'instant, pour se convaincre qu'il approuvait la conduite des prêtres qui, comme le recteur de Saint-Jacut, réprouvaient toute compromis-

(1) Au pied de la IcUre, on lil, en elle!, cette note : '< Cette lettre, sdiis enveloppe, est adressée à Monseigneur VÉvêque et comte de Dol, à Londres. — Pour copie conforme à l'original qui a été communiqué par le général Valletaux, au département des Gôtes-du-Nord. Signé : Huette, secrétaire. » Argii. de l.v (Iuekre, toc. cit.

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sion avec un gouvernement notoirement hostile, par son origine autant que par ses actes, aux grands principes de la religion. Nous l'entendrons dire, parlant des vicaires o-énéraux qu'il comptait amener à sa suite : « Us vous apprendront qu'il ne peut jamais être permis de s'engager par serment à maintenir un ordre de choses contraire à la religion et à la justice i serment de liberté-égalité) ; et que rien ne peut dispenser de l'obligation de renoncer à ce criminel engagement. »

Et nous pouvons juger par la parfaite soumission à de précédents avis, auxquels il est fait allusion à la fui de la lettre de l'abbé Bétaux, que le clergé breton insermenté se serait rendu à la décision du pieux évêque.

Il ressort encore de la correspondance du recteur de Saint-Jacut, qu'on connaissait en Bretagne le projet de Mgr de Hercé de venir reprendre son poste au milieu de son clergé et de son troupeau. Déjà, on se faisait une fête de le recevoir et de lui assurer une retraite impénétrable.

Mgr de Hercé, nous l'avons vu, s'y préparait à ce retour. Il travaillait activement à un plan de réorganisation de son cher diocèse de Dol. 11 dressait la liste des curés auxquels il confierait des postes, et des intrus qu'il destituerait (1). Il composait un mandement qu'il avait dessein de faire distribuer dans son diocèse aussitôt qu'il y aurait mis le pied. C'était dans la pensée du saint prélat une lettre de reprise de possession de son siège ; ce fut en réalité son testament. On ne lira pas sans émotion ces pages, dignes des confesseurs de la foi de hi primitive Eglise (2).

(1) Cetlf liste, qne nous n'avons pu nous procurer, fut trouvrc dans son portcrcuillo aprrs son exécution. Annales de la rklkwon, nuMuh'O du 17 (ictohi'c l~*y.'>.

(2) Elle foiiiiait une hrochurc iri-S" île M [la^rs, iin|irini(''c à Londres, 1793. Nous en empruntons le texte à ral)iH'' (uiillmi : Us Martyrs de la Foi pendant la Rvvohitioa franrnise, t. III. jiji. 2y(i-302, (jui

« Kendus enfin à vos vœux, M. T. G. F., après une longue et cruelle séparation ; rentrés dans le port, malgré l'orage adreux qui avait soulevé contre nous les passions des hommes, bien plus redoutables que les vents et les flots; délivrés, pour mieux dire, des fureurs de la puissance de ténèbres, revenus enfin au milieu d'un troupeau qui nous fut si cher, et pressés par le besoin de lui témoigner notre tendre affection, notre zèle et toute notre charité, pouvons-nous mieux commencer les leçons consolantes que nous nous proposons de vous donner, qu'en souhaitant que « la paix, ce don du ciel, qui surpasse tout entendement, garde vos cœurs et vos pensées en Notre-Seigneur Jésus-Christ » ? Nous ajouterons, M. T. C. F., avec le grand apôtre dont la bonté divine nous a rendus propres les sentiments, en nous donnant quelque part à ses épreuves, ces autres paroles si touchantes : « Béni soit le Dieu et le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes, et le Dieu de toute consolation, qui nous a soutenus dans toutes nos peines », afin que par la force qu'il nous inspire, nous puissions aussi fortifier ceux qui souffrent toutes sortes d'afllictions ; car, si les maux que nous avons endurés pour la foi de Jésus-Christ sont grands, la consolation qu'il nous donne est abondante : Sicut abundant passiones Christi innobis, itaetper ChyHstinn abundat consolatio nostra,. (1)

j) Hélas ! M. T. C. F., que de chagrins ont empoisonné, depuis trois ans, notre malheureuse existence ! Que nous avons versé de larmes sur votre sort!... La vraie Foi, la seule consolation qui puisse soutenir les malheureux : on voulait vous la ravir ; les droits du Seigneur étaient méconnus ; son saint nom blasphémé, son culte anéanti...

semble n'en donner que des extraits. C'est avec raison que cet auteur l'indique «comme l'un de nos plus précieux monuments ecclésiastiques ».

(I) II V<yf., XV.

Telles étaient les cruelles agitations de notre âme, lorsqu'à peine abordés sur un rivage vers lequel nos regards se portaient sans cesse pendant notre exil, notre cœur a été rempli de joie: lîepletus suin consolatione, superahundo gaudio in omni tvihulaiiione nostrsi...

« Oui, M. T. G. F., avec la grâce de Dieu, nous volerons, s'il le faut, à de nouvelles épreuves. Si nous pouvons vous instruire, vous encourager, vous prémunir contre les dangers qui vous environnent, vous couvrir de notre corps pour éloigner de vous les traits de notre ennenu commun, mourir même à vos côtés ; notre sort nous paraîtra préférable à la vie, et nous regarderons la mort comme un nouveau bienfait. Nous avons appris de saint Cyprien qu'un prêtre de Jésus-Christ, à plus forte raison un évêque, qui tient son Evangile à la main, et qui observe ses préceptes, peut être mis à mort, mais qu'il ne peut être vaincu : Sacerdos Chrlsti Evangelium ienens, et Christi prceceptn custodiens, occid i potesL^ ly'inci non potest ; que les soldats de Jésus-Christ peuvent tomber sous les coups des méchants, mais qu'ils sont invincibles par cela même qu'ils ne craignent point la mort : Milites Christi mori possunt : et hoc ipso invicAi sunt, quia mori non timent. Si on nous condamne une seconde fois à la prison ou à l'exil, nous nous rappellerons qu'il n'est point de réduit si obscur où nous ne puissions être consolés par la présence du Seigneur.

» Si on nous dépouille de nos biens par de nouvelles injustices, ne savons-nous pas que nous n'avons rien apporté en ce monde, et que rien de ce qu'il possède ne peut descendre avec nous dans le tombeau ?...i\ous sommes instruits par notre expérience sur tous les événements qui peuvent se rencontrer...: Scio et saturari et esurire, el a.bundare,et penuriam pati. Eh ! que nous importe d'être proscrits et condamnés au jugement des hommes, pourvu que nous achevions heureusement notre course, et que nous

DERNEÈRE LETTRE PASTORALE

remplissions le ministère que Xotre-Seigneur Jésus-Christ nous a confié? Nihil horuni vereor, nec facio animam meam pretiosiorem quant me, dummodo consumein cursuni meum, et ministerium verbi quod nccepi r Domino Jesu.

•» Nous l'avons commencée parmi vous, M. T. C F., cette course évangélique.Près de trente ans se sont écoulés depuis que la divine Providence, sans égard à notre indignité, nous constitua votre premier pasteur... Sans doute nous avons fait bien des faux pas dans la carrière où les Ambroise, les Augustin, les Léon, les Grégoire entrèrent avec tant de répugnance. Nous avons commis bien des fautes dans l'exercice des fonctions augustes d'un ministère redoutable aux anges mêmes. Nous nous sommes humiliés devant Dieu de nos misères, de nos imperfections ; disons mieux, de nos défauts. En réparation de nos manquements, que ne nous est-il permis de quitter une place dont la sollicitude exige plus que jamais une vigilance continuelle, et des soins toujours nouveaux ! Nous ii-ions dans la solitude rappeler à notre mémoire, et soumettre aux expiations de la pénitence, des jours pleins en apparence, mais dont le vide n'échappe pas à l'œil de l'Eternel. Mais ici le danger consiste dans la fuite. Nous sommes au nombre des officiers de la milice du Seigneur : il s'agit d'aller au combat. Le chef de l'Église, qui mérite si bien notre déférence et notre respect, l'Église elle-même, notre propre conscience, nous défendent de quitter notre poste. A notre p.éril, il faut que nous volions au secours de ceux que nous espérons engendrer une seconde fois à Jésus-Christ... Tant qu'on nous l'a permis, nous avons soutenu nos dignes coopérateurs... Hélas ! prévoyant que l'on nous arracherait bientôt à notre Église, nous les avertissions qu'après notre départ, il entrerait des loups ravisseurs... Tant que nous l'avons pu, nous n'avons cessé, jour et nuit, de donner à chacun les avis que des circonstances imprévues vous ren-

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daient nécessaires : Nocte et die non cessar/i cum lacrymis monens unumquemque vestrûvi. Qu'il nous eût été doux de pouvoir rester au milieu de vous..., et vous parler du moins par la voix de notre sang répandu pour la Foi ! Tous nos maux seraient finis ; un moment de souffrance et de iidélité nous eût acquis un poids immense de mérite et de gloire, pour le grand jour où chacun recevra selon ses œuvres.

)) Nous ne méritions pas, sans doute, une faveur si grande ; et nous étions réservés à d'autres épreuves. Le temps était venu où les ministres des saints autels qui refuseraient de prêter le serment sacrilège devaient être proscrits du royaume. C'était une nécessité pour nous d'obtempérer au décret de notre déportation, et d'aller chercher, dans une terre étrangère, un asile qu'on nous refusait dans notre patrie. Notre règle de conduite était tracée dans l'Evangile : Cum persequentur vos in civitate istà, fugite in aliarn...

» Hélas ! de tristes récits venaient sans cesse, de l'extrémité des mers, répandre l'amertume sur notre vie, et nous faisaient désirer à chaque instant de pouvoir aller nous jeter au milieu de vous, pour vous consoler dans vos peines, avec l'espérance que notre courage déconcerterait nos ennemis ; ou, s'ils conservaient leur férocité, de vous donner du moins, en expirant sous vos veux, d'utiles leçons et de grands exemples. Le modérateur suprême en ordonnait tout autrement ; et rien n'est bon, ici-bas, que ce qui est conforme à sa sagesse et à sa providence. S'il ôtait à notre zèle tous les moyens de satisfaire notre empressement, c'est que son heure n'était pas encore venue... Enfin, au premier signal de sa miséricorde, dès qu'il nous l'a permis, en ouvrant un sentier sous nos pas, nous sommes accourus pour nous réunir à notre cher troupeau ; et, après avoir baisé, dans notre attendrissement, une terre que nous espérions bientôt revoir, nous avons repris un ministère dont

nous n'avons pas plus rougi que de l'Evangile, et dont, quoi qu'il puisse arriver, nous n'interromprons plus les saintes fonctions...

» Notre qualité de premier pasteur, tout indignes que nous en sommes, nous faisait un devoir d'être aussi les premiers à retourner auprès de vous : Pro Christo lega.tione f'ungirauv. Ces hommes ambitieux qui, dans leur délire, ont prétendu nous remplacer, pouvaient bien avoir l'audace d'en dire autant ; mais d'où venaient-ils ? De qui tenaient-ils leur mission?... C'est de l'Église, toujours assistée de l'esprit de son divin époux, que nous tenons la nôtre... Oui, nous sommes au nombre de ceux que le Saint- Esprit aétablis pour gouverner l'Église deJ.-G. : Spiritus Sanctus posuit opiscopos regere Ecclesiam Dei... Pasteurs mercenaires, malgré vos erreurs, vous nous êtes encore chers,.. Et ne pensez pas que vos prétendus bienfaiteurs vous en tiendront quittes pour des actes d'une complaisance si criminelle : ils vous réserveront pour leurs dernières victimes... Déjà tous les Anges de la paix ont été bannis comme des ennemis ; plusieurs d'entre eux, après avoir été enfermés longtemps dans les prisons, ont été condamnés à mort, et inhumainement massacrés...

» Que notre religion sainte, M. T. C. F., reprenne ses droits sur vos cœurs. Devenus des hommes nouveaux, revenez à votre légitime pasteur, si vous Tavez abandonné. Il ne cherche point vos biens, mais vos âmes : Non enim quiero quce vestra sunt, .set/ oos (Ij... Comme il ne veut point paraître sans vous devant le trône de la grâce, il vous invite à vous y présenter avec lui (2) : Àdeamus ergo cum jiducià ad thronuin gratiœ. Pour gagner votre confiance, il n'y a point de sacrilices que nous ne soyons disposés à faire ; et, après vous avoir tout donné, nos exhortations,

(Il 11 Cor., xin, It.

(2) Hebr., iv, IC.

nos veilles, notre temps, notre cœur, notre personne, nous sacrifierons, s'il le faut, notre vie même pour le salut de vos âmes : Ego autein libentissime iinpendara, et siiperUnpendar ipse pro animabus vestris (1)... Ouvrez-nous donc aussi vos cœurs : Tanquam filiis dico, dila.tamini et vos... .-t^mulor enim vos Del œtnidatione (2).

» Si vous avez cessé de reconnaître l'Eglise pour votre mère, elle n'a pas cessé de vous regarder comme ses enfants ; elle vous tend les bras, et vous invite à rentrer dans son sein. Ne vous refusez pas à ses tendres invitations... Les portes de TEnfer ne prévaudront point contre elle. Si vous ne croyez pas à des paroles si précises, dit saint Jean Chrysostome, croyez du moins à ces événements qu'il est impossible de contester: Si noncredis rcrbo, rébus ipsis et operibus crede... A quoi servit la rage des tyrans ? Où sont-ils maintenant? N une in xternis pœnis premuntur. Et les Aàctimes de leurs fureurs, que sont-elles devenues ? Pour un instant de douleur, elles sont en possession d'une joie que rien ne troublera jamais : Et isti peternis gaudiis eriguntur. L'Église de Dieu brille d'un éclat qui surpasse celui du soleil, tandis que les persécuteurs ont pour demeure les ténèbres éternelles : Fulget Ecclesia super splendorem solis, et persecutores cjus perpetuis tenebris conteguniur.

» Oui, M. T. G. F., l'Eglise de France ne fut jamais si célèbre et si digne d'admiration que pendant ses dernières épreuves. La persécution l'a purifiée : il n'est resté dans son sein que ses vrais enfants. On l'a bannie de ses temples, on l'a réduite à Tindigence ; mais sa gloire n'est point renfermée dans ses richesses ; elle ne consiste point dans l'appareil du culte, la pompe de ses cérémonies, la beauté de ses ornements. Elle est tout entière dans lecon-

(1) II Cor., XII. i:..

(2) II Cor., VI. i;{ - XI. 2.

cours de clirétieiis qui, unis ensemble de cœur et d'esprit sous la conduite de leurs légitimes pasteurs, participent aux mêmes sacrements, professent la même Foi, et honorent cette Foi par la pureté de leurs mœurs, et par la pratique de toutes les vertus...

» Nous avons avec nous les compagnons de nos disgrâces, des ministres irréprochables qui, éprouvés comme nous par Tadversité, brûlant d'un saint zèle, et détachés de tous les biens d'ici-bas, ne sentiront d'ardeur que pour l'agrandissement du royaume de J.-G... Vous prêterez une oreille attentive à leur voix... Ils vous apprendront qu'il ne peut jamais être permis de s'engager par serment à maintenir un ordre de choses contraire à la religion et à la justice (serment de liberté-égalité) ; et que rien ne peut dispenser de l'obligation de renoncer à ce criminel engagement... Ils vous apprendront que la puissance souveraine, dans l'ordre civil, est sacrée ; qu'on doit obéir au Roi par principe de religion et de conscience ; que le respect, la fidélité et l'obéissance qui lui sont dus, ne peuvent être altérés par aucun prétexte... Enfin, ils vous apprendront que, quoique tous les hommes soient égaux devant Dieu, il ne peut y avoir rien de plus insensé que de prétendre établir entre eux, comme un droit imprescriptible de la nature, une liberté et une égalité indéfinies... ; qu'elles ne peuvent subsister, ni dans l'ordre de la religion, ni dans l'ordre politique, qui reconnaissent indispensablement des lois et des chefs : Ohedite pvpi^positis res- Lris... i)

» Ministres du Seigneur, voilà ce que vous devez leur apprendre : revenez partager avec nous les travaux d'un ministère dont les fonctions vous ont été trop longtemps interdites. ^lais revenez-y avec tous les caractères du vrai zèle, et les dispositions qui peuvent en assurer le succès.

([) Hel)i\, xiii, n.

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Réunissons tous nos ellorts pour nous concilier la confiance des peuples, et pour montrer que nous sommes des hommes nouveaux, par notre conduite, nos discours, notre Foi, notre charité, et surtout par cette vertu qui fit toujours l'ornement du sanctuaire, etque d'indignes ministres ont si scandaleusement outragée : Exemplum esto fide- Uum in verbo, in conversatione, in chcLritate, inFide, in castitate (1). Demandons au Seigneur, avec les prières les plus ferventes, la conversion de tous les coupables, et particidièrement de ces ministres infidèles qui ont affligé l'Eglise par le mépris de son autorité, de ses censures, de ses invitations et de ses menaces... Prions pour nos Princes... Ils nous sont tous des garants d'autant plus sûrs du bonheur qu'ils vont nous préparer, qu'ils ont appris, par leur propre expérience, à connaître les véritables causes de nos malheurs communs ; et, reconnaissant avec nous que c'est l'irréligion qui les a produits, ils inspireront à Louis XYII le respect que la religion a droit d'attendre de lui ; et ils lui apprendront, par leur exemple, que, si les lluis sont les images de Dieu sur la terre, c'est pour servir de modèles aux peuples, et qu'ils rendront à Dieu le compte le plus rigoureux de l'usage qu'ils auront fait (le leur autorité... »

C'est avec ces paroles pleines de charité et de pardon, et en même temps d'une énergique affirmation des droits et des devoirs des ministres de Jésus-Christ, que le saint évéque de Dol comptait faire sa rentrée dans son diocèse. L'exil lui avait donné des loisirs pour préparer la restauration spirituelle de ce diocèse qu'il avait déjà évangélisé pendant plus de vingt ans, au milieu duquel il avait établi tant d'œuvres aujourd'hui détruites par la llévolution. Mgr de llercé allait revenir muni d'un de ces codes de la religion qui forment l'homme, dès sa jeunesse, à l'esprit

I I Tint., i\.

LES AUMÙMEl'.S HE LEXPK DITION 397

chrétien, en lui enseignant en quelques pages les gi-andes vérités religieuses et ses devoirs envers Dieu, envers le prochain et envers lui-même. Sous son inspiration, un prêtre du diocèse de Dol, exilé à ^^ inchester, Tabbé Guguen, curé de Saint-Pierre-de-Plesguen, conqjosait, en effet, un « Catéchisme à l'usage du diocèse de Dol-en-Bretagne », d'une netteté et d'un concision remarquables [Vi.

Lorsqu'on apprit que l'évèque de Dol allait prendre part à l'expédition préparée, comme Grand- Aumônier, ce fut de tous les points de l'Angleterre des demandes de prêtres français sollicitant l'honneur de partager ses travaux et ses périls. Le saint prélat dut cependant modérer l'enthousiasme, ne voulant exposer aux dangers possibles do cette première tentative de débarquement qu'un petit nombre d'apôtres. Il tint en même temps à s'entendre avec le gouvernement anglais, sur les conditions dans lesquelles se trouveraient ses zélés auxiliaires, ne voulant pas les priver, pendant cette dangereuse expédition, du secours, quelque faible qu'il fût, dont ils jouissaient sur la terre d'exil. G'est sans doute à ce propos qu'il eût avec Windham, ministre de la guerre, l'entrevue à laquelle il fut convoqué par le billet suivant adressé à Puisaye :

« Monsieur de Ménilles (Puisaye) est prié de vouloir bien procurer à Monsieur Windham un rendez-vous pour

(1) Nous possédons ce catécliisme maauscril. A la j)r('iiiiri'e l'ouille, (ni lit : « Écrit à Wincliosler le 18 aoust 17114 ». A la lin, on trouv(î la date : 179(j. (]e catécliisinc n'élait donc pas complètement terminé au moment de l'expédilion de (Jniheion. C'est un cahier de 40 pages, format in-12. Avant la Révolution, le diocèse de Dol ne possédait pas de catéchisme spécial. François-Louis Cuguen avait été oi'donné prêtre le I0 (léceinluT 1770. iRe;/. du secrétariat de Mfjr (le Hercé.)

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demain avec FÉvêque de Dol. Monsieur Win dham le désireroit pour midi, mais craignant que M. l'Evêque ne soit .' pas de retour de la messe, il fixera pour une heure (1). »

11 faut croire que l'évèque de Dol ne reçut pas satisfaction du gouvernement anglais, puisque Puisaye a noté dans ses papiers qu'on ne voulut accorder « aucun traitement à la classe des ecclésiastiques qui accompagneroient ce prélat (2). »

Dans ces conditions, Mgr de Hercé dut se montrer encore plus circonspect dans le choix de ses collaborateurs.

L'un des premiers qui se présenta fut le jeune abbé de (^heverus, le futur cardinal-archevêque de Bordeaux. Mgr de Hercé raffectionnait particulièrement à cause de I ses brillantes qualités ; comme lui, il était de Mayenne, et même allié à sa famille. L'évèque de Dol lui avait conféré, en 1780, sa première tonsure, et il venait, sur la terre d'exil, de se l'attacher très intimement en le nommant son vicaire général. Ce titre était pour l'abbé de Cheverus une raison toute naturelle de s'olfrir pour accompagner son évêque. Mais, dès les premiers mots, Mgr de Hercé lui répondit : « Non. Je suis vieux et je puis risquer le peu de jours qui me restent à passer sur cette terre : mais vous, vous êtes jeune, et je me croirais coupable envers l'Eglise, si je l'exposais à être privée des longs et utiles services que vous pouvez lui rendre. » — « Mais, insista le jeune prêtre, vous êtes un père pour moi ; le devoir d'un enfant est d'accompagner son père au jour du péril : je dois et je veux vous suivre. » D'un ton sévère, le prélat mit un

i) TiRiTisn Muséum, ms. 7976 : l'idsaye's papers, vol. V, fol. 13. Ce billot, qui est certainement de 1795, n'a pas d'autre date que « samedi ». Ce billet mal compris nous a fait dire à faux dans Expédii. (les Emigrés à Quiberon, p. IG, que les entrevues entre Windham cl Puisaye avaient quelquefois lieu chez Mgr de Hercé.

(2) BiuT. Mus., ms, 8048 : Puisaye'' s papers, vol. I.XXVII.

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terme à cette louable insistance : « Si vous venez, dit-il, vous cessej'cz pai- le fait d'être mon grand-vicaire, je vous retire votre titre : demeurez, je le veux ; et si l'entreprise réussit, je vous appellerai aussitôt auprès de moi. » Le cœur brisé, l'abbé de Cheverus dut obéir (1). Mgr de Hercé venait de conserver à l'Eglise de France une de ses gloires les plus pures.

Auprès de cette scène si touchante, il nous faut en mettre une autre d'un caractère plus gai.

A .Jersey, se trouvait un autre concitoyen de Mgr de Hercé, l'abbé Fleury, dont nous avons déjà eu l'occasion de citer les Mémoires. L'évêque de Bayeux le lit appeler pour lui proposer d'accompagner l'évêque de Dol. « Vous avez du talent, du caractère et le plus vif attachement pour votre patrie; j'espère que vous accepterez avec joie l'honneur de lui procurer la paix et la tranquillité. » — " .Je ne mérite point, Monseigneur," répondit l'abbé Fleury, les éloges dont daigne me combler Votre Grandeur, et encore moins l'honneur d'accompagner le respectable évêque de Dol; il y a, parmi nous, des prêtres d'un mérite distingué dont je ne suis point digne de délier les cordons des souliers : je vous supplie instamment de leur donner la préférence. » — « Non, non, répliqua l'évêque de Bayeux ; vous êtes le compatriote de M. l'évêque de Dol, il vous connaît, c'est vous qu'il demande. » Comme l'abbé Fleury se taisait, craignant, par la liberté de sa parole, de blesser ce vénérable vieillard de 80 ans, celui-ci lui dit vivement : « Pourquoi ne répondez-vous pas ? parlez librement. » — « Ah ! Monseigneur, répondit alors l'abbé Fleury, puisque vous me le permettez : Timeo Dstnaos et dona ferentes (2). Pitt

(1) Vie du cardinal de Cheverus, arch. de Bordeaux. I^ecofl're, Paris, 4850, p. 38.

(2) « Je crains les Grecs (Usez : les Anglais), même lorsqu'ils offrent des présents. »

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est celui dont parle l'Esprit-Saint : Sedet in insidiis ut interficisit innocentent (1). » — « Que dites-vous là ! s'écria Tévêque de Bayeux ; le gouvernement anglais vous nourrit et vous osez l'accuser de perfidie ! « — « Ce n'est point, Monseigneur, le gouvernement anglais, mais la généreuse nation qui me nourrit ; quand il seroit vrai que le premier me nourriroit, je n'en dirois pas moins que je crains les Grecs et même leurs présens- Pitt est assis au milieu des embûches pour détruire l'innocence. »

« ^I. l'évéque ne m'en laissa pas dire davantage, raconte l'abbé Fleury; il me mit honnêtement à la porte. .J'étois disposé au sacrifice de ma vie pour le bonheur de ma patrie ; pourquoi le faire en pure perte pour elle (2) ? »

L'abbé Fleury, un esprit clairvoyant, avait appris à connaître, dans l'exil, le caractère hypocrite et les tendances perfides du ministère Pitt, et il avait prévu à quelle catastrophe couraient les Émigrés français sous une telle protection.

Cependant Mgr de Hercé choisit une quarantaine de prêtres pour l'accompagner. Parmi ceux-ci, nous citerons avec François de Hercé, l'inséparable frère et vicaire général de l'évéque, Charles-Hippolyte Roland du Xoday, chanoine de Rennes (3;, et Léonard Péricaud, vicaire général de Séez (4), auxquels, dans la circonstance, Mgr de Hercé conféra le titre de grands-vicaires de Dol ; l'abbé d'Esgrigny, vicaire général d'Arras 5) : Dominique du

(1) « Il siège au milieu des embûches pour perdre l'ianoccnl.»

(2) J.-P. Fleury, Mémoires sur la Révolution, pp. 232-233,

(3) I/EsTOi RBEiLLON, Les familles françaises réfugiées à Jersey, pp. G17-618.

(4) Brit. Mus., ms. 8U48 : Puisaye's papers, \ol. LXXVII.

I")) Lettre de l'abbé Péricaud à Puisaye ^Brit. Mus., ms, 8045 : Puisaye's papers, vol F.XXIV.) 11 .se trouve aussi une lettre de l'abbé d'Esgrigny à Puisaye, se recommandant de Tévêque do Dol. Ihid ^ ms. 80i8, vol. LXXVII.

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