‹ Urbain de HercéChapitre 154 sur 196 · LETTRE DU CARDINAL MAUUV · texte numérisé non relu

LETTRE DU CARDINAL MAUUV

en donnait était mensonger, puisque, dans les instructions secrètes données par le gouverneur anglais, tant à Puisaye qu'au chef de l'escadre, il était dit que le but dt Texpédition était de permettre aux Émigrés de se joindre aux royalistes de la Bretagne et du Poitou, pour combattre le orouvernement révolutionnaire il).

Le comte d' Artois écarté, Puisaye restait, du moins en apparence, le général en chef de l'expédition. Lorsque celui-ci voulut un maréchal général des logis, l'Angleterre écarta encore l'intrépide comte d'Hector, qui lui était devenu suspect par l'organisation du régiment de la Marine, composé de l'élite des ofïiciers de la marine française. Elle imposa à sa place le comte d'Hervilly, dont les capacités et le caractère étaient loin d'égaler l'incontestable bravoure, en attendant qu'elle créât entre lui et Puisaye un conflit des plus déplorables.

Le départ de l'expédition devait avoir lieu dans la première quinzaine de juin 1795.

Mgr de Hercé et tout son clergé quittèrent Londres pour Southampton, le 4 juin (2). Jean Gautier, son valet de chambre, et Mathurin Lefranc, celui de son frère l'abbé François de Hercé, tinrent à suivre leurs maîtres, comme ils l'avaient fait depuis le départ de Dol.

Les aumôniers prirent passage, avec quarante gentilshommes, sur deux bâtiments de transport, spécialement préparés pour eux (3 ).

Mais Mgr de Hercé n'était pas sans inquiétude. Nous

(1) Voir ces Inslruclions secrèles, dans VExpcdition de^ Emif/i'és à Quiberon, aux Pir-ces juslifioatives, n"* 1 et 111.

(2) Lettre de Puisaye au ministre Windliaui, .'{juin I7'.>,';. (Brit. -Mus., ms. 7980: Puisaijc'a papers, vol. IX, loi. 11.)

|3) Puisaye, Mnnoirrs, t, Vf, p. 00.

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avons VU (jiril s'était adressé à Rome pour demander la prorogation de ses pouvoirs de Vicaire Apostolique, qui avaient pris fin depuis plusieurs mois. Ces pouvoirs ne lui étaient pas encore parvenus. Enfin, à la veille du départ, à Southampton même, on lui remit la lettre suivante du cardinal Maury, datée de Montefiascone, le 19 avril 1795 :

« A Monsieur VÉvêque de Dol, chez M. l'Evêque de Sai7it-Pol-de-Léon, à Londres.

M J'ai reçu le même jour, mon cher Seigneur, les deux Lettres dont vous m'avez honoré, à deux mois de date l'une de l'autre ; je n'ai pas perdu un moment pour demander au Pape la prorogation des pouvoirs que Sa Sainteté vous a accordés par son Bref du 25 janvier 1794...

» Notre Saint-Père a bien voulu accueillir favorablement ma demande. Vous verrez par la Lettre ci-jointe qui vous est adressée par S. E. M. le Cardinal Zelada, secrétaire d'Etat, que le Pape proroge en votre faveur tous les pouvoirs extraordinaires qu'il vous a confiés, jusqu'à ce qu'ils soient formellement révoqués, et qu'il vous autorise en outre à les transmettre aux vicaires généraux qu'il vous plaira de choisir, bien entendu comme on est sûr qu'ils n'auront ni juré, ni adhéré au schisme...

» Je me félicite d'avoir obtenu ce que vous désirez, et d'avoir pu vous montrer la haute estime dont je suis pénétré pour Aous, par la promptitude de mon empressement à m'acquitter de votre commission ; je désire à présent que vous exerciez les pouvoirs, et que vous ne les exerciez pas longtemps! C'est une nouvelle et brillante carrière que la Providence ouvre à vos talens et à vos vertus... Je vous envie les consolations que vous goûterez dans le cours d'une si sainte mission... Personne n'est plus digne que vous de la remplir glorieusement, et je regrette que les 'Circonstances ne vous aient pas permis de vous livrer plus tôt à cette grande œuvre, qui doit vous associer avec tant

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d'éclat au Restaurateur de l'Autel ef du Trône dans notre coupable et malheureuse Patrie.

>i Agréez, avec les vœux inexprimables que je forme pour vos succès, le sincère et respectueux attachement dont je me félicite, mon cher Seigneur, de vous offrir les plus iidèles assurances.

» C'est dans le cours de ma visite pastorale que je reçois la réponse du Saint-Père, et que je me flatte de vous l'adresser, en vous priant d'être bien assuré de mon dévouement le plus respectueux et le plus tendre.

» Le Cardinal Maury (1). »

A cette lettre si élogieuse pour Mgr de Hercé, étaient joints rindult souscrit par le cardinal Zelada et la liste des pouvoirs accordés par Pie VI à l'évèque de Dol. Parmi ces pouvoirs, se trouvaient celui de dire tous les jours la messe de Requiem à un autel portatif et de délivrer par son application une âme du purgatoire, et celui d'absoudre les prêtres intrus: mais le Saint-Père se réservait l'absolution des évêques intrus, attendu la gravité du délit (2).

Une fois en possession de ces pièces précieuses, Mgr de Ilercé attendit avec tranquillité le départ pour la terre de France, pour ce cher diocèse de Dol où il se voyait déjà dispensant les bénédictions et les encouragements à ses prêtres et à ses diocésains restés iidèles, et travaillant, avec un zèle retrempé dans l'exil, à relever les ruines accumulées depuis cinq ans par les ennemis de l'Autel et du Trône.

(I) Pirrcs h'uarces dans le portefeuille de Myr de Hercc. Annales de LA IU:Lir,i(j.N. 11" (lu 17 (.cidlirc 179.">.) I.c l'cd.ictpiir de cette feuille réviiliirKinnuire u tkril au pied di' In lellic : ■• .\.-H. — Celte Lettre a éir- iciivoyée (de Londres) à Snulii;iiii|iluii uh l'Évéque de Dol s'est ^iiiliaïqur ;ivec r;iriin''p rdy.ilc, callioruiuc. riiiiLrn'e, chuuanne. » 2; Ibid.

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Enfin, le 16 juin 1795, le signal de lever Tanere l'ut donné. Les cent bâtiments de transport, chargés des régiments d'Emigrés, de munitions et d'approvisionnements de toutes sortes, voguèrent vers les rives de France, escortés de dix vaisseaux de guerre anglais, sous le commandement du Commodore sir John Warien.

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