‹ Urbain de HercéChapitre 156 sur 196 · MESSE SUR LA PLAGE DE CARNAC · texte numérisé non relu

MESSE SUR LA PLAGE DE CARNAC

cherait à bord jusqu'à nouvel ordre, mais à condition qu'il passerait tout le jour à terre et qu'il ne se séparerait plus de Tarmée, aussitôt qu'elle marcherait en avant. La plupart des ecclésiastiques restèrent avec les troupes, sous la direction de l'abbé Péricaud (1). Mgr de Hercé employait SOS journées à terre à recevoir les prêtres réfractaires qui, quittant leurs retraites, venaient lui olîrir leurs hommages et recevoir ses conseils. Avec leur aide et celui de ses vicaires 2,'énéraux, il rétablit le culte à Carnac et dans les bourgs d'alentour. Les églises se rouvrirent et retentirent du chant du Te Dewm et des prières pour le succès de l'expédition (2). Le soir, selon sa promesse, l'évêque de Dol rentrait docilement à bord, pour recommencer le lendemain son œuvre d'apostolat.

Cependant, chaque régiment d'Émigrés et de Chouans, qu'on venait d'armer, prit position dans les environs (3). Le comte d'Hervilly occupa Carnac avec les munitions. Les l'égiments de la Marine et du Dresnay s'établirent de chaque côté du bourg ; ÏArtiJlerie fut placée à Saint-Colomban ; Georges Cadoudal et Mercier furent chargés de défendre les hauteurs de Saint-Michel et de Kergonan. Puisaye lixa son quartier général au village du Genèse, sur le bord de la mer.

Pendant la traversée, on avait appris la tin du martyre du jeune Louis XVII. Il fut convenu en conséquence que, le lendemain du débarquement, c'est-à-dire le 28 juin, une messe solennelle serait célébrée par Mgr de Hercé sur la plage du Genèse, pour le repos de l'âme du fds de Louis XVI et l'avènement de Louis XVIII. Toutes les troupes furent invitées à y assister, et à remplacer à ce moment la cocarde noire, prise en signe de deuil, par la cocarde blanche. A la fin de la messe, le Grand- Aumônier

1 1) Puisaye : Mémoires, l. VI, p. IIJT.

i2) Puisaye : Ihid., p. 158; — Villeneuve : Souvenirs, p. 123.

(o) Voir la car(,(; de rexpédilion à la fin du voIuiik'.

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devait bénir les drapeaux blancs lleurdelisés, distribués à chaque régiment (1).

L'immense plage de fin sable blanc, s'étendant du village du Genèse au bord de la mer, avec sa vue sur la baie et la presqu'île de Quiberon, offrait le site le plus grandiose pour cette solennité.

Sous une vaste tente, on dressa une estrade sur laquelle fut placé, en guise d'autel, un meuble original, une sorte de bahut grillagé, trouvé chez un saulnier du Genèse, nommé Nicolas. Une croix non moins originale, provenant du même lieu, croix de bois au Ghrist en os grossièrement sculpté, domina cet autel improvisé.

Au moment convenu, dix mille Chouans vinrent prendre position en face de l'autel, puis la compagnie des Vétérans ou Loyal-Émigrcint et le régiment de La Châtre avec sa musique. Le comte d'Hervilly et les autres régiments d'Emigrés tardaient à venir. On envoya à Carnac pour les presser de se rendre à la cérémonie. Mais on trouva d'Hervilly et les autres régiments assistant à une messe particulière dans l'église du bourg. Cette abstention de d'Hervilly jeta un froid parmi les troupes rangées sur la plage du Genèse. Mgr de Hercé en fut plus aflligé que tout autre (2).

Cependant le prélat célébra la sainte messe. Il prononça un éloquent discours sur la mort du jeune Roi martyr, et proclama le comte de Provence, Roi de France, sous le nom de Louis XVHL A ce moment, une immense acclamation s'éleva, et la plage bretonne retentit du vieux cri français : « Le Roi est mort : Vive le Roi ! »

Des détachements des diiférents corps se présentèrent ensuite au pied de l'estrade avec les drapeaux et précédés de la musique. L'évêque de Dol bénit solennellement les

(1) PuisAVE : Mémoires, l. VI, p. 300.

(2) Puisa YE : Ibid., t. VI, 397.

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