LETTRE AU MINISTRE WINDHAM
au ministre Windliam pour faciliter l'arrivée du chevalier de Hercé à Quiberon. « M. Windham, disait-il en terminant, en rendant ce service à M. l'Evêque de Dol, m'en rendra un personnel dont je lui aurai une véritable obligation (1). »
Mgr de Hercé tint lui-même à solliciter cette faveur du ministre anglais. Il joignit au billet de Puisaye la lettre suivante, que nous publions avec d'autant plus de respect • qu'elle est peut-être la dernière qu'ait écrite le vénérable prélat :
« Monsieur,
» M. le comte de Puisaye me fait espérer que vous voudrès bien vous prêter au désir que j'ay de faire passer ici le chevalier de Hercé, mon frère, que j'ay laissé à Bath pour le rétablissement de sa santé. Je lui écris en conséquence pour lui marquer de se rendre à Londres et d'y aller prendre vos ordres. .Je vous supplie, .Monsieur, d'être persuadé que je partagerai avec lui la reconnaissance qu'il devra à vos bontés, et que ce sentiment accompagnera toute ma vie le respect infini avec lequel j'ay l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
» -f Urb.-R., Evêque de Dol.
)' Au village de Kaiidavil (sic), dans la presqu'isle de Quiberon, 4 juillet 1795 (H. -.
Heureusement, le chevalier de Hercé ne put mettre à exécution le projet de son frère : il eût péri avec lui.
(1) Du quartier général de Quiberon, le 4 juillet 1795. Briï. Mus., ms. 7980 : Puisaye's papers, vol. IX, fol. 31.
(2) Lettre de Mgr de Hercé au ministre Windham. Brit. Mus., ms. 8048 : Puisaye's papers, vol. LXXVII.
Cependant, en plus de la prise de la presqu'île de Quiberon, les troupes royalistes s'étaient emparées de points importants sur la grande terre. Bois-Berthelot occupait Auray, Yauban se tenait àMeudon, et Tinténiac àLandevant. Vannes était menacé, et les administrateurs de cette ville et du département se préparaient à fuir. Le général républicain Hoche, venu en hâte de Rennes, se trouvant sans armée, était désespéré. Le plan, pour les royalistes, était de pénétrer en masse dans l'intérieur, laissant Quiberon à la garde du fort Penthit^vre et de la flotte anglaise. C'était le plan de Puisave, mais Hervilly s'y opposa. Celui-ci rappela même les régiments qui occupaient les postes avancés, et il se contenta d'établir une ligne de défense de Carnac à Sainte-Barbe, avec les Chouans de Georges Cadoudal et quelques troupes régulières commandées par Yauban.
Par cette inertie, on avait permis à Hoche de réunir une armée de dix mille républicains qui refoulèrent, par une attaque subite, les royalistes dans la presqu'île de Quiberon.
Hoche fit camper ses troupes à Sainte-Barbe, fermant ainsi l'entrée de la presqu'île. « Les ennemis sont dans la ratière, put dire le général républicain, et moi à la porte avec quelques chats. »
Les royalistes étaient, en effet, bien enfermés. Mais la situation n'eût pas été désespérée si l'entente avait régné au milieu d'eux. Malheureusement, l'antagonisme créé par le ministère anglais entre Puisaye et Hervilly ne faisait que croître. Hervilly mécontenta Cadoudal et les autres chefs chouans à un tel point, que ceux-ci, prenant pour prétexte la disette des vivres, se firent débarquer, avec environ six mille Chouans, à Sarzeau et à Pont- Aven, en
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promettant, toutefois, d'amener des renforts pour prendre le camp républicain par derrière, tandis que les Emigrés l'attaqueraient de front, par la falaise.
A Quiberon, on prépara une attaque en règle du camp de Sainte-Barbe, pour le 16 juillet. La veille, on signala l'arrivée d'un convoi de quinze cents Emigrés, commandés par le jeune général Charles de Sombreuil. Celui-ci, mis au courant du projet, proposa aussitôt de débarquer ses régiments pour prendre part au combat. Le maussade comte d'Hervilly s'y refusa, voulant vaincre seul.
L'attaque de Sainte-Barbe eut donc lieu de grand matin, le 16 juillet, avec 4,600 hommes. Mais Vauban, qu'on avait débarqué sur la plage de Carnac pour tourner le camp républicain, se laissa trop facilement effrayer par un petit corps d'ennemis, et se rembarqua. Les Chouans, sur lesquels on comptait, ne se présentèrent pas ; ils étaient dans les Cùtes-du-Nord.
Cependant les Emigrés attaquèrent vigoureusement les républicains. Les avant-postes furent facilement enlevés, et les royalistes se précipitèrent bravement vers les retranchements du camp. Mais ils étaient gênés par les ordres contradictoires de d'Hervilly. L'artillerie ennemie les foudroyait. Malgré tout, les royalistes se battaient comme, des lions, excitant l'admiration même de leurs adversaires. Leurs cadavres s'amoncelaient aux pieds des retranchements. Enfin, d'Hervilly ordonna la retraite et tomba au moment même mortellement blessé. La retraite fut une déroute et eût été un désastre, si une poignée de braves officiers royalistes et le feu du fort Penthièvre n'eussent empêché la cavalerie ennemie de pénétrer jusque dans la presqu'île. L'héroïsme, en cette circonstance, ne se révéla pas seulement chez les soldats et officiers royalistes ; il se montra, avec son caractère tout spécial de charité chrétienne, dans la conduite des aumôniers de la suite de Mgr de Hercé. Plusieurs d'entre eux accompagnaient les troupes,
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procurant aux blessés les secours spirituels et corporels, sous le feu de l'ennemi. L'un d'eux, Hippolyte Roland du Noday, aurait recueilli sur le champ de bataille jusqu'à quatre cents blessés, dont cent officiers, et aurait été atteint lui-même d'un biscayen au bas-ventre (1).
Le nombre des tués, parmi les royalistes, fut de douze à quinze cents. Le vaillant corps de la Marine fut particulièrement éprouvé : sur soixante-douze officiers, soixante restèrent sur le champ de bataille.
On transporta les blessés dans le bourg de Quiberon, où Mgr de llercé vint fixer sa résidence pour se transformer, ainsi que tous les ecclésiastiques de sa suite, en infirmiers et en consolateurs.
Ce désastre n'était que le prologue du grand désastre final.
A leur tour, les républicains allaient attaquer. Le général Hoche, renseigné par les anciens prisonniers républicains que les royalistes avaient eu le tort d'incorporer dans leurs régiments, forma son plan d'attaque. Les transfuges du camp royaliste selirent forts de livrer le fort Penthièvre, la clef delà presqu'île.
Le général royaliste Puisaye, quoique n'ayant plus à redouter l'antagonisme du comte d'Hervilly, grièvement blessé, vivait dans Tinsouciance. Charles de Sombreuil le prévint de la trahison qui se manifestait chaque jour au sein du régiment chargé delà garde du fort Penthièvre, et le supplia de renforcer la garnison par des régiments plus sûrs. Puisaye ne voulut rien entendre.
Dans la nuit du 20 au 21 juillet, le général Hoche, accompagné des représentants du peuple Blad et Tallien, fait
(1) L'EsTOURHEiLLON, Les familles franc, réfugiées à Jerse>/, [>. C>i1.