‹ Urbain de HercéChapitre 159 sur 196 · SURPRISE DU FORT PENTHIKVRK · texte numérisé non relu

SURPRISE DU FORT PENTHIKVRK

avancer ses troupes sur la falaise. Le général républicain Ménage, à la tête de deux cents grenadiers, dirigés par le transfuge David Goujon, tourne le fort Penthièvre sans être aperçu des royalistes. Avec l'aide des traîtres de la forteresse, il escalade les rochers et les remparts, du côté de la mer, et se précipite sur la garnison surprise, dont il fait un massacre. En même temps, son collègue, le général Humbert, tourne la forteresse à l'opposé, par la plage de la baie ; tandis que le général Valleteaux attaque de front les ouvrages avancés, que le général Ménage mitraille par derrière avec l'artillerie du fort, dont il a massacré les servants. Un moment, le général Hoche, qui présidait à ces divers mouvements, recule devant l'héroïque défense des royalistes. Mais la trahison a vaincu. Grâce à elle, les républicains sont les maîtres.

Du fond de la presqu'île, accourent les royalistes. Sombreuil se met à leur tète pour opposer une dernière résistance. Puisaye paraît, donne des ordres et fuit lâchement vers les vaisseaux anglais.

Pendant que Sombreuil, avec les débris de l'armée royaliste, disputait pied à pied la presqu'île à l'ennemi, un drame des plus émouvants se déroukiit dans la baie. Les Anglais avaient envoyé quelques chaloupes que la tempête empêchait d'aborder la plage. On embarque les blessés, le comte d'Hervilly, le régiment de Hotalier privé de son artillerie. On se presse, on se bouscule, on se jette à la mer pour gagner les barques. On prend celles-ci d'assaut, au risque de les faire chavirer. Des groupes de dix, de vingt personnes s'accrochent les unes aux autres, autour des chaloupes déjà trop pleines, se noyent ensemble au milieu des cris déchirants. Bientôt, dans la baie, ce ne sont que cadavres, sacs, armes, vêtements, baHottés par les flots.

A son tour, Mgr de Hercé, accompagné de son frère, se présente sur la plage.

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Dès deux heures du matin, on était venu le prévenir, au bourg de Quiberon, de la prise du fort Penthièvre (1). On lui conseilla d'aller promptement au port Haliguen pour s'embarquer. Mais le prélat ne sembla pas juger le danger imminent. Il envoya son valet de chambre, Jean Gautier, se renseigner sur la situation. Le serviteur se dirigea vers le fort Penthièvre et fut fait prisonnier (2).

Pendant ce temps, le prélat préparait tranquillement ses paquets.

D'ailleurs, la pensée de la mort ne Teffraj-ait pas. Il s'y était préparé dès le départ de l'expédition. Pendant la traversée, il avait dit à l'abbé Péricaud : « Je périrai, mais c'est obtenir la couronne du martyre à bon marché. J'ai soixante-dix ans, je suis accablé d'infirmités, je ne puis pas raisonnablement espérer de pousser loin ma carrière. Je sacrifie à Dieu deux ou trois années tout au plus. »

Mgr de Hercé ne se pressait donc pas de fuir. Prévenu à deux heures du matin, il ne quitta sa demeure du bourg de Quiberon qu'à sept heures. Ce qui permet de croire que le pieux prélat eut une autre occupation que l'empaquetage de son maigre mobilier, celle de célébrer le sacrifice de la Sainte Victime pour se préparer à son propre sacrifice. Pour lui éviter une fatigue, on mit à sa disposition une mauvaise voiture où il prit place avec l'abbé de Hercé, et qui le conduisit au port Haliguen, à un kilomètre du bourg de Quiberon.

Là, l'évêque de Dol trouva une partie des ecclésias-

(1) La plupart des détails sur la prise de Mgr de Hercé sont empruntés au récit qu'en tit l'abbé Péricaud, dans une lettre adressée à Puisaye le 2 avril 1807, et dont l'original est conservé au British Muséum, ms. SOi.'i : Puisaycs papers, vol. LXXIV. Cette 'lettre a déjà été publiée à la fin des Souvenirs du comte de Contades. Xous suivrons ce récit en y ajoutant des détails provenant d'autres sources.

(2) Livre de famille.

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tiques de sa suite, qui cherciiaieut le moyen de gagner la flotte anglaise. Déjà quelques-uns étaient parvenus à s'embarquer.

L'abbé du Poulpiquet de Brescanvel, aumônier du régiment de Rohan, le futur évèque de Quimper, s'était accroché aux bordages d'une chaloupe déjà pleine ; on allait le repousser lorsque les paysans bretons qui s'y trouvaient s'écrient : « N'est-ce pas notre père Poulpiquet?» Et il fut embarqué.

L'abbé Roland de Kerloury était également parvenu à s'embarquer sur une chaloupe ; mais, apprenant que son ami, le vicomte de la Houssaye, est retenu à terre par ses blessures, il regagne le rivage pour partager son sort (i).

Au moment où Mgr de Hercé arriva au bord de la mer, les chaloupes anglaises, gênées par la mauvaise mer, n'abordaient plus. Le prélat encouragea cependant ses compagnons à l'abandonner à son sort et à chercher les moyens de se sauver. Sachant que l'un deux, originaire de Saint-Quay (Côtes-du-Nordj, l'abbé Aufîray, desservant de la paroisse de Saint-Marcan, près Dol, était un bon nageur, le prélat lui dit : « Mon cher ami, je suis vieux; je ne puis plus être utile au salut des âmes ; mes jours vont finir; le tombeau va me recevoir. Il n'en est pas ainsi de vous ; vous êtes jeune, vous pouvez faire beaucoup de bien dans le ministère : sauvez-vous, je vous en prie ; vous qui savez nager, jetez-vous à la mer et tâchez de gagner les navires anglais qui ne sont pas éloignés. » M. AulTray, quoique disposé au martyre, obéit à sonévêque. Il parvient à la nage jusqu'à une embarcation anglaise ; mais, celle-ci étant pleine, il en est brutalement repoussé. Il gagne alors l'autre bord et se précipite vivement dans la chaloupe. Il était sauvé (2).

(1) La Gourxerie, Les débris de (Juibcron, \>[j. 60, 08.

(2) Le diocèse de Saint-Bnciœ pendant la Révolution, l. 1, p. 262, Lorsqu'il racontait son sauvetage, l'abbé Aulîray ne manquait

L'évèque de Dol et ses compagnons errèrent sur le rivage, jusqu'à dix heures du matin. A ce moment, le général de Sombreuil et sa troupe, repoussés vers le fond de la presqu'île par l'armée républicaine, passèrent par le port Haliguen et allèrent se réfugier derrière les murs branlants du Fort-Neuf, décidés à y vendre chèrement leur vie. Les républicains suivaient de près.

Alors l'abbé François de Hercé dit à l'évèque :

« Voici le moment, mon frère, d'offrir à Dieu le sacrifice de notre vie. » Et le saint prélat répondit simplement : « Mon sacrifice est fait. » Puis ils se disposèrent à s'enfoncer dans les terres.

L'abbé Péricaud, vicaire général de Séez, désapprouva le projet de s'éloigner du rivage. « Vous voyez comme moi, répondit l'abbé de Hercé, qu'il n'y a aucun moyen de se sauver. — .Je n'en vois pas pour le moment, lui dit l'abbé Péricaud ; mais il nous reste toujours une chance pendant que nous sommes sur les bords de la mer, au lieu que vous renoncez à tout espoir en rentrant dans les terres. Vous allez vous jeter dans les bras des patriotes. Si je dois devenir une de leurs victimes, ils me prendront ici, mais bien certainement je ne courrai pas au-devant d'eux. — Mais quand il viendrait une barque, répliqua l'abbé de Hercé, mon frère est hors d'état de pouvoir en profiter, infirme comme il est. — J'en conviens ; mais il y aurait un moyen de se tirer d'affaire. — Quel est-il ? demanda l'abbé de Hercé. — C'est, répondit l'abbé Péricaud, de fixer l'attention de tout le monde sur lui, de dire à haute voix qu'il y a parmi nous une tête qui doit être chère et précieuse à tout le monde, que tous doivent se réunir pour la soustraire à la rage de l'ennemi, et que cette tête est celle de l'évèque de Dol, qui, malgré son âge

jamais d'ajouter : " A|ij)ieiiez à nai.'t^r; (fest à <;eMe science queje suis redevable de la vi«;. »

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