‹ Urbain de HercéChapitre 160 sur 196 · MGR DE HERGÉ REFUSE DE SE REMBARQUER IZO · texte numérisé non relu

MGR DE HERGÉ REFUSE DE SE REMBARQUER IZO

et ses infirmités, s'est dévoué à la cause royaliste (1). »

L'abbé de Hercé ne fut pas convaincu. D'ailleurs l'évêque de Dol était déterminé à ne rien tenter pour se rembarquer. Un soldat royaliste s'olfrit à le porter sur ses épaules, jusqu'à une chaloupe ; il s'y refusa (2).

« Non, disait le vaillant apôtre, non, jamais je n'abandonnerai mes compagnons d'infortune, mes bons prêtres, mes fidèles amis ; je ne quitterai pas les malades qui sont parmi nous ; et, jusqu'à mon dernier soupir, je leur donnerai les consolations de l'Eglise et les secours spirituels (3j • »

Puis, s'adressant aux membres du clergé qui l'accompagnaient : « Messieurs, ne gênons pas le rembarquement ; allons où notre devoir nous appelle (4j. » Et, accompagné d'une vingtaine d'ecclésiastiques et de sept religieuses hospitalières d'Auray (5), il quitta le rivage, retourna aux hôpitaux de Quiberon, et, sans souci de son sort, racontèrent les journaux anglais (6), il s'occupa à soigner les blessés, qu'on apportait continuellement.

L'abbé Péricaud, après avoir essayé en vain de sauver l'évêque de Dol, avait suivi la côte, et avec l'abbé d'Esgrigny, vicaire général d'Arras, était parvenu à gagner une

(1) Lettre de l'abbé Pi''rii'aii(l. Supra.

(2) Lettre écrite de l'escadre anglaise, de Quiberon, le 2'i Juillet 17'Jo, au Saint-James 's Chronicle, n" du 4-0 août 179o.

(3) (îuiLLON, Les Martyrs de la Foi, t. III, p. ">()2.

(4) « ïlie Bishop of Dol, seeing the impossibilily of every (Uie's being embarked, said lo bis (^Jergy : « (îentlemen, lel us not eiu- » barrass tbe re-enibarkation ; let us go whither our duty calls » us. » And ail, aniniate<l by bis exaiuple, proceeded to Ibe dépôt nf Ibe sick and uoundeil, and iicrlnrined tbeir ministerial l'onctions. They are ail Uiken. » {Saint.-Jaiaes's Chronicle, 30 juilletl'"" août 179;) : Leticr froni an officer in sir J.-B. Warren's ficct, Bai/ of Quiberon.)

(5) Lettre de Tabbé Péricaud.

(6) Saint-James' s Chronicle, 4-(i août 179."1 ; — The Oracle, 7 août 1793.

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barque qui les conduisit, sous lu mitraille républicaine, à la flotte anglaise.

Les républicains se répandirent bientôt dans le bourg de Quiberon : l'évèque de Dol et ses compagnons furent faits prisonniers au milieu de rexercice de leur saint ministère auprès des blessés. En même temps, fut pris le fidèle valet de chambre de Tabbé François de Hercé, ]\Iathurin Lefranc.

A ce moment, le bruit d'une capitulation circulait. Les officiers et les soldats républicains qui cernaient le Fort- Neuf, où le général de Sombreuil s'était réfugié avec une poignée de braves, saisis d'admiration et de pitié pour ces valeureux Français, leur avaient crié : « Rendez-vous, il ne vous sera fait aucun mal ; vous serez traités en prisonniers de guerre. )> Le général Ilumbert avait ratifié le cri de sa troupe et promis la vie sauve. Hoclie, le général en chef de l'armée républicaine, sans vouloir s'engager en dehors des représentants du peuple, avait conseillé à Sombreuil de se fier à la loyauté et à fhumanité françaises. Enfin le représentant Tallien, arrivé ensuite avec son collègue Blad, s'était engagé à obtenir de la Convention la vie sauve promise par toute l'armée, en exceptant toutefois Sombreuil qui, comme général en chef de l'armée royaliste, devait payer pour tous (1).

Persuadés que ces promesses étaient sincères, trois officiers de marine royalistes, Gesril du Papeu, Guerry de Beauregard et Froger de la Clisse, s'étaient jetés à la nage, à la demande des chefs républicains, pour faire cesser le feu des vaisseaux anglais, et étaient revenus loyalement se constituer prisonniers (2).

(1) (]n. UoBKHT, E.i'pcditioii f/f.s Kini(j)cs à Qnihcron, Pièce juslilicative 11" VIII : La Capitulation.

(2) Voir Ihi(L, Pièce Juslilicative n" IX : Les R(}(juhis de Quibrron. Les documents que nous ont fournis, depuis celte pul)licalion, les arrière-neveux de Gesril et de Guerry, établissent d'une faron définitive l'héroïsme de ces deux royalistes.

MCK DE HERGÉ PRiSONNlEK

Les républicains, après la reddition du Fort-Neuf, rassemblèrent tous les prisonniers et en formèrent une colonne qu'ils dirigèrent vers le fort Penthièvre.

A la tête de la colonne, marchait Mgr de Hercé. La situation du saint évèque était digne d'admiration et de pitié. A son âge, soixante-dix ans, avec ses infirmités, parcourir à pied les huit kilomètres qui séparent le Fort -Neuf du fort Penthièvre, pour ensuite faire une nouvelle étape de huit autres kilomètres du fort Penthièvre au camp de Sainte- Barbe, et enfin parcourir de nouveau une route d'environ quinze autres kilomètres pour gagner xA.uray, — tout cela dans la même soirée, — nous semble physiquement impossible. Aussi aurions-nous voulu croire qu'on permit à Mgr de Hercé de prendre place sur quelque charrette avec les blessés. Mais aucune relation ne permet cette hypothèse. On voit toujours l'évêque de Dol marchant en tête de la colonne des prisonniers avec Sombreuil : Villeneuve de la Roche-Barnaud (1), un témoin, dit formellement que Mgr de Hercé vint « à pied depuis Quiberon jusqu'à Auray ».

Il faut donc nous représenter l'héroïque vieillard parcourant à pied cette longue voie douloureuse, n'ayant même plus sa canne pour affermir ses pas (2;, mais sans doute soutenu par le jeune général royaliste.

(1) Mémoirei<, p. 2ti.

(2) A propos de celle canne, nous sommes lieureux de reproduire la lettre suivante qui fut adressée à Jean-François de Hercé, alors évèque de Nantes :

» Plœmeur, H janvier 1844.

» ]\Ionseigneur,je crois faire plaisir à Votre Grandeur en lui adressant une canne que je conserve depuis longtemps connue une précieuse relique. C'est la canne que portait à Quiberon, lors de son arrestation, le très vénérable Mgr Urbain-René de Hené, évèque de

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Il était environ deux heures de raprès-niidi, lorsque la colonne des prisonniers se mit en marche pour le fort Penthièvre. Depuis deux heures du matin, Mgr de Hercé était debout ; depuis sept heures peut-être, moment où il avait quitté le bourg de Quiberon, il n'avait pris aucun aliment. Les soldats républicains formant l'escorte, mus par le même sentiment d'humanité qui leur avait fait crier : « Rendez-vous, il ne vous sera pas fait de mal ! » partagèrent leur pain de munition avec leurs prisonniers. Un gendarme, nommé Lambert, eut même la délicate attention d'offrir des fruits à Mgr de Hercé, à Sombreuil et aux autres oliiciers qui étaient en tête de la colonne (1).

La première halte eut lieu au fort Penthièvre et la seconde au camp de Sainte-Harbe.

Vers quatre heures du soir, on donna le signal du départ pour Auray. La colonne des prisonniers fut régularisée. Les prisonniers furent rangés quatre par quatre, l'évêque

J)o]. DcjHiis celle désjislrcuse époquo, ct'llL' (•;inne a été religieusêmenl conservée coznme Ja ci\nn*' tl"un niarlyi-, dans une l'amille très respectable de Ouiheron chez laqiudle Monseii,nieiir avail célébré la sainte messe le juin- on la veille du ioiir de la [irise de (Juiberoii. Étant vicaire à (Juibercju, en 1812, et 1res lii' à cette l'amille, j'y ai souvent vu celle caiiiii', el souvent j'ai lénioigné le désir de la posséder. Mais comme dans cette bonne famille on donne à celle canm; un grand prix et qu'on la conservait connue un souvenir bien précieux, je n'avais pas voulu l'en priver; ce n'est qu'à la mort des anciens de (-etle famille (|ue celte canne a été mise à ma disposition, .le l'ai leçue avec joie el reconnaissance, et je la conserve depuis bien soigneusenienl. .le vous l'adresse, Monseigneur ; elle appartient à Votre (irandeur, et je désire qu'elle lui soit agréable. .J'ai l'honneur, etc..

yi (Signé) M. Lelivec, curé de Plcemeur, Morbihan, près Lorient. »

Cette canne est actuellement conservée, avec une croix pectorale de l'évêque de Dol, au château de la Roche-Pichemère, appartenant à M. d'(Jzouville, pelit-lilsde .lean-Francois de Hercé.

(i) Le CiiAïUiON, Exprdition de Quiberon, p. lilu

DANS LA PRISON d'aURAV 429

de Dol et Sombreuil occupant toujours la tête, avec deux autres officiers royalistes.

Le temps était sombre ; la pluie tombait à torrents. Le chemin était rude. Tous, royalistes et républicains, exténués de fatigue, Tnarclmient lourdement dans le plus grand silence. Quoique tout se prêtât à une évasion : une nuit profonde, des bois épais, un pays très chouan, des gardiens qui conseillaient la fuite, les prisonniers, conliants dans la parole donnée de part et d'autre, ne tentèrent pas de s'évader.

C'est seulement vers une heure du matin, le 22 juillet, que la colonne pénétra dans Auray, illuminé par ordre, comme aux jours de fête, pour éclairei' la marche des prisonniers. CcuxtcI furent aussitôt entassés dans les églises, où ils passèrent la nuit.

Au point du jour, on lit le recensement des prisonniers, et on conduisit à la prison, dite « prison des Anglais », les ecclésiastiques et les officiers royalistes. C'est une maison de bon aspect à deux étages, avec grenier, bien éclairée, placée au milieu d'une cour murée.

Mgr de Hercé et une douzaine d'ecclésiastiques occupèrent le rez-de-chaussée (1). Le malheureux évoque de Dol, à bout de forces, à la suite du douloureux chemin de croix qu'il venait d'accomplir, était tombé malade. Le geôlier lui donna son lit, le seul qui existât dans la prison.

Les dames d'Auray vinrent apporter des provisions aux prisonniers, panser les blessures et demander la bénédiction du saint prélat. Toute la sollicitude des prisonniers se portait vers celui-ci. Chaque jour, ils venaient au pied de son lit lui rendre leurs hommages et jouir de sa conversa-

(1) La Villei-'ouiio, Ma sortie de (Jinberon, dit lepreiuier tHage ; mais jiar là-mème que Mgr de tiercé occupait le logement du geôlier, il est plus probable, coumie le dit Villeneuve, (|ue c'était le rez-decliaussée.

tion éditiantc qui, dit Tun d'eux, « adoucissait nos malheurs (1) ».

Le noble courage déployé par cet auguste vieillard avait rempli d'admiration jusqu'aux Anglais eux-mêmes qui, l'ayant appris par les Émigrés rembarques, en firent part aux journaux de Londres. Ceux-ci montrèrent le prélat dédaignant toute occasion de se sauver et continuant, jusqu'à sa prise, à soulager les blessés. « A un tel esprit, disait l'un d'eux, la menace de la guillotine ne peut inspirer aucune terreur. Un sentiment de devoir et de pieuse espérance le soutiendra dans la dernière cruauté que ses ennemis oseront lui infliger (2). »

Du côté des républicains français, on parlait sur un autre ton du vaillant évêque.

L'injure et la calomnie, dans toutes leurs formes, se donnaient libre cours sous la plume des sectaires.

Faisant allusion à la prise des sept religieuses hospitalières d'Auray qui soignaient les blessés à Quiberon, les administrateurs du ^Morbihan écrivaient perfidement que, parmi les prisonniers, on distinguait « Monseigneur l'évèque de Dol, avec une charmante religieuse, et plusieurs autres prêtres (3) » .

« Une commission militaire, écrivaient les mêmes, s'occupe du jugement des prisonniers qui sont réunis à Auray ;

(1) Villeneuve, Mémoires, pp. 244, 251.

;2) The Oracle, 7 août 1795 : « The Bishop of Dol, at Ihfi head of the Emigrant Clergy, gave a noble example of persisling fortitude. He 4isdained any idea of escape, aiid unlil surroiuided, rontinued to confort tlie wounded. To such a inind llie tlireatened guillotine can liave few terrors. A sensé of duty andpious hope will norve hini for llie last cruelty his ennemies dare indicl. » — Saint- James' s Chronicle, 4-6 août 1795 : « The Bishop of Dol was seen standing on the shore, by some of the last who left it, waiting his fate, he having rcfusftd being carried off on the shoulders of a voluntier. »

(.'{) Lettre au district d'Auray, 3 tiiorniidor an III (21 juillet) : Arcu. départ, du Morbihan, L. 824.

l'évéque de dol chansonné 431

le saint évêque de Dol et toute l'élite de sa horde viendront, suivant les apparences, donner ici une représentation au public (1). »

On essayait de faire, sur « le saint évêque de Dol », de l'esprit, même en vers; mais quels vers ! qu'on en juge.

Pour sanctifier leur si noble entreprise, Les Émigrés avaient un aumônier; La fleur des saints de notre antique église, C'est un évêque : Urbain-René Hercé.

D'autres prêtres ont suivi Hercé, L'on a connu plus d'un abbé Fidèle à ce pontife austère, Soutenant la cruelle guerre, Avec l'Anglais notre ennemi; Mais son crime sera puni (2).

La forme vaut le fond. ^Nlais on est heureux de constater que, sous l'ironie, on avoue la grande réputation de sainteté de l'évéque de Dol.

On n'était pas sans espoir parmi les prisonniers. Le général républicain Humbert qui commandait à Auray, leur avait annoncé qu'il avait reçu l'ordre du général en chef de les « traiter avec les égards que l'on doit à un ennemi malheureux )>. Charles de Sombreuil avait même été in-

(1) Ibid. L. If68.

(2) I.A GAIETÉ RÉPUBLICAINE, sur la reprise de VMe de Quiheron et du fort Penthièvre, etc., par Varmée de la République, le 3 thermidor an III, 2 f juillet 1795, Ère de Pitt et de la défection des émigrés. Chanson nouvelle en pot-pourri, pour les amateurs de variétés, ln-8" de 4 pages, s. 1. n. d. (Bibliothèque nationale, imprimés : Ye. 3obfl.) Le dernier vers indique assez nettement que cette mauvaise poésie fut faite avant l'exécution de l'évéque de Dol.

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vite à prendre pension à l'auberge du Pavillon d'en Haut, avec les officiers républicains. Enfin, Tallien était parti pour la Convention, dès le lendemain de la prise de Quiberon, bien décidé, selon qu'il en avait fait la promesse, à sauver les Emigrés, et à faire « un appel à la générosité nationale, au nom de l'humanité, de la victoire, du général et de son armée », et à s'en tenir à demander pour eux un bannissement perpétuel (1).

Le général Hoche, après une apparition à Auray, le lendemain de la victoire, im rapide passage à Vannes et à Quiberon, fuyait, le 24 juillet, vers l'Ille-et-Vilaine, ne voulant pas, avait- il dit à Rouget de Lisle (2), être « témoin des exécutions qu'il n'avait que trop sujet de prévoir ».

Le représentant du peuple Blad restait seul, et encore l'administration départementale du Morbihan déclarait ignorer « où le service de la patrie l'avait appelé ». Blad temporisait et attendait le résultat du rapport de Tallien à la Convention pour régler sa conduite.

Mais aux « patriotes » il fallait du sang, du sang promptement et abondamment versé. Ils firent des menaces au représentant du peuple; ils l'accusèrent de modératisme, crime relevant de la guillotine. Blad eut peur. Il crut pouvoir satisfaire les « patriotes » et sa conscience, en li- A'rant le chef royaliste qui avait été excepté de la capitulation, un chevalier de Saint-Louis, unVannetais dont les compatriotes réclamaient le sang, enfin l'évèque de Dol et tout son clergé, qui pouvaient être considérés comme n'étant pas compris dans une capitulation militaire.

Le général Lemoine, commandant le département du Morbihan, fut chargé le 25 juillet de créer une commission militaire. Cette opération souffrit quelques difficultés, les

(1) Rouget dk I.isle, Historique et souvenirs de Quiberon, pp. 121-

(2)lbid., p. 111.

l'kvêque de dol et sombreuil 433

oUiciers républicains refusant déjouer le rôle de bourreaux. Enfin, le 27 juillet (9 thermidor an III), une commission se trouva ainsi constituée : Raymond Barbaron, chef du 1" bataillon de la Gironde; Ducarpe, capitaine au même bataillon; ^loysset, lieutenant au l""" bataillon du 8" régiment d'infanterie ; Bouvet, sergent-major au l"*" bataillon des 83 départements ; Pierre Cunit, caporal au même bataillon, et Husson, secrétaire.

A la prison d'Auray, où se trouvaient le clergé et lesofiiciers royalistes, un événement tragique avait fait connaître l'aggravation de la situation et perdre tout espoir de salut aux prisonniers.

Le 26 juillet, vers onze heures du soir, on avait ramené à la prison le général Gh. de Sombreuil, la tête bandée d'un mouchoir ensanglanté.

Voici ce qui s'était passé. Sombreuil qui logeait à Tauberge du Pavillon d'en Haut, avec les officiers républicains, avait connu par ceux-ci l'arrêté qui, en dépit de la parole donnée, livrait ses compagnons à la mort.

Désespéré, se reprochant d'avoir livré sur une fausse promesse ceux dont il avait la responsabilité, il saisit vivement le pistolet d'un officier républicain et se l'appliqua sur le front. Mais, le mouvement étant trop vif, la balle n'avait pas pénétré. Après avoir étanché le sang qui coulait de la plaie et pansé celle-ci, on conduisit le jeune chef royaliste à la prison, comme l'ordonnait d'ailleurs l'arrêté (1).

Sombreuil fut déposé dans la chambre de l'évêque de Dol (2). Le saint prélat lui reprocha paternellement son attentat qui était contraire aux lois de Dieu. Le jeune homme allait bientôt racheter, par son héroïsme, cet acte

(1) Tercier, Mémoires, p. 132. — La Villegourio, Ma sortie de Quiberon, p. 29. — Le Charron, Expédition de Quiberon, p. 4"».

(2) La Vjllegourio, Cinq lettres sur la catastrophe de Quiberon, p. 51.

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qui eût pu passer pour une lâcheté, si l'on n'avait su qu'il l'avait accompli dans le désespoir causé par l'annonce du sort réservé à ses compagnons, pour lesquels il avait sacrifié sa vie.

Le lendemain, en ell'et, le 27 juillet 1795, au moment ou Tallien, du haut de la tribune de la Convention, abandonnait ceux qu'il avait promis de sauver, un officier républicain vint à la prison chercher Sombreuil, pour le conduire devant la commission militaire. Là, le général royaliste affirma la capitulation, et trois cents grenadiers républicains vinrent d'une seule voix appuyer son aiUrmation. « Ses soldats, ses amis, ses juges, les spectateurs de son procès et de son supplice l'entendirent jusqu'au dernier moment attester l'existence de cette capitulation », avoue Rouget de Lisle lui-même (1).

La loyauté du langage de Sombreuil impressionna vivement les juges ; mais, comme il était chef, et qu'il avait été excepté de la capitulation, on prononça contre lui la peine de mort.

Pendant ce temps, dans la cour de la prison, les royalistes se promenaient silencieusement, encore sous le coup des adieux touchants de leur chef, lorsqu'un autre ollicier républicain se présente et demande Mgr l'évêque de Dol et les prêtres de sa suite. « Au bout de quelques instants, raconte un témoin (2), nous les voyons paroître : la contenance de ce vénérable prélat étoit celle d'un homme juste, qui court avec joie recevoir la palme du martyre. Un mouvement involontaire nous fait tomber à ses genoux; il nous bénit, en nous adressant les paroles les plus consolantes sur la miséricorde divine. Il étoit parti et nous restions encore à la même place, des larmes couloient de nos yeux. Notre douleur se renouvela lorsque nous passâmes devant

(1) Historique et soutenir^ de Quibcron, ji. 118. — Ch. Hobert, Expéditions desÉmiQrés à Qiiiberon, pp. 119-121.

(2) Villeneuve, Mémoires, p. 259.

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