VICAIRE GÉNÉRAL DE NANTES
son jugement sur son jeune parent. L'intelligence, la piété, le zèle d'Urbain de Hercé purent se manifester librement dans ce beau diocèse de Nantes. Le vaillant évêque qui avait eu à lutter fermement contre le jansénisme dont son clergé était imprégné (1), trouva en lui un appui et une consolation. Aussi se l'attacha-t-il très intimement en en faisant son vicaire général, son propre lui-même, lui donnant tout pouvoir pour administrer le diocèse pendant ses absences (2).
C'est le 8 août 1754 qu'Urbain de Hercé fut promu à la fonction de vicaire général de l'évêque de Nantes.
Pendant treize années, il administra le diocèse, dont l'évêque, jouissant d'une mauvaise santé, lui abandonna complètement le soin. Par sa douceur, il ramena le calme au milieu de ce clergé troublé par les coups d'autorité forcés de Mgr de la Muzanchère contre les tenants du jansénisme ; par sa science théologique et par sa piété, qui en imposaient, il alïermit la vérité catholique et confondit l'erreur.
Son zèle et le succès de son administration ne tardèrent pas à recevoir leur récompense.
François-Marie de Valory, prêtre du diocèse de Rennes, abbé commendataire de l'abbaye de Saint-Gildas-des- Bois, de l'ordre bénédictin de Saint-Maur, au diocèse de Nantes, constitua, le 26 mai 1764, Urbain-René de Hercé, abbé commendataire de Notre-Dame-des-Noyers, au diocèse de Tours; et il l'établit son vicaire général de l'abbaye de Saint-Gildas, avec pouvoir de nommer et de présenter tels sujets qu'il trouverait à propos (3).
Ce bénéfice, accordé à Urbain de Hercé par faveur
(1) Voir Tresvaux, VÉglisc de Bretagne (Paris, 1839), p. 95.
(2) Arch. de l'Évèghé de Nantes : Reg. cVInsiniiat., 8 août 1734. Voir Pièces justificaiives, n. III.
(3) Arch. de l'Évèché de Nantes : Reg. d' Insinuât., 23 mai 1764.
royale, sans trop augmenter sa charge de vicaire général de Nantes, lui apportait un certain bien-être.
Mais Urbain n'était pas égoïste. 11 savait la difficulté qu'avaient ses parents, avec leur petite fortune, à élever ses nombreux frères et sœurs. Aussitôt muni de son abbaye deNotre-Dame-des-Noyers, il reporta ses bénéfices du prieuré de Saint-Nicolas de Grez, delà chapelle Saint- Etienne de Elèves et de la chapelle des Madrés de Notre- Dame de Mayenne, sur son jeune frère Julien-César, clerc tonsuré et étudiant en théologie^àTUniversité d'Angers (1).
Une distinction plus insigne vint bientôt couronner son zèle apostolique.
Les Etats de Bretagne tinrent leurs assises à Nantes, du l'^'" octobre 1764 au 1" avril 1765. L'évèque de Nantes, par ses fonctions de président de l'ordre de TEglise, devait y remplir une place prépondérante. Mais Mgr de la Muzanchère, toujours souffrant, ne pouvait prendre une part bien active aux travaux de l'assemblée bretonne. Son vicaire général le suppléa, quoiqu'il ne parût pas officiellement. Dans cette circonstance, les rapports qu'eut Urbain de Hercé avec le duc d'Aiguillon, gouverneur de Bretagne, et les principaux membres des Etats, firent éclater son mérite aux yeux de tous. Aussi le gouverneur charmé s'empressa-t-il de désigner à l'attention de Louis XV le vicaire général de Nantes, comme très digne d'occuper un siège épiscopal (2\
L'occasion ne tarda pas de s'offrir au roi de manifester sa satisfaction à Urbain de Hercé.
Le 11 février 1767, Mgr Jean-François Dondel, évéque
(1) Arc.ii. de la Sartue, g. 309: Reg. d'Insinuat. du dioc. du Mans, 29 juin 1764.
(2) Livi-e de famille ; — Vie ms. en espagnol (1797).
NOMINATION A l'ÉVÈGIIÉ DE DOL 15
de Dol, en Bretagne, vint à décéder. Aussitôt Urbain de Hercé fut désigné par Louis XV pour lui succéder, et le Pape Clément XIII ratifia cette nomination par bulle datée du dix-septième jour des calendes de juillet, 15 juin 1767, bulle qui fut enregistrée à Paris le 3 juillet suivant (1).
Sans doute l'évôché de Dol était un des moindres parmi les évêchés de France ; il était le plus petit de Bretagne.
« Ce diocèse se composait: 1" de 47 paroisses entourant la ville épiscopale ; — 2'' de 3 paroisses enclavées dans le diocèse de Rennes ; — 3'^ de 23 paroisses enclavées dans le diocèse de Saint-Malo ; — 4" de 11 paroisses et 5 trêves dans le diocèse de Saint-Brieuc ; — 5'^ de 8 paroisses et 2 trêves dans le diocèse de Tréguier, en comptant parmi ces huit paroisses celle de Locquénolé, située sur la rive gauche de la rivière de Morlaix, du côté du Léon par conséquent, mais pourtant sur la limite de Tréguier. Enfin, dans le diocèse de Rouen étaient aussi enclavées quatre paroisses dépendant de Tévèchéde Dol (2) », et composant ce qu'on appelait Texemption de Saint- Samson-sur-Rille.
En résumé, l'évèché de Dol comprenait 96 paroisses et 7 trêves, dont la moitié jetées çà et là au milieu des autres évêchés, de la façon la plus étrange.
Les ressources de ce diocèse étaient maigres ; car si les revenus s'élevaient à 28,196 livres, ies charges se montaient à 10,654 livres, ce qui laissait à la disposition de Tévèque une somme de 17,542 livres (3), bien modique pour l'entretien de Tévêque obligé à un certain rang aux Etats de Bretagne et même à la Cour, et tenu à subvenir aux besoins divers d'un diocèse pauvre.
(1) Argh. départ. d'Ille-et-Vilaink, (i. : Reg. des Insinuât, du dioc. de Dol.
(2) A. DE LA BoRUEmE, Annuaire de Bretagne, 1802, p. 222.
(3) Déclaration des revenus dépendant du temporel de VEvêché de Dol, faite par Mgr de Hercé, le 26 février 1790. (Archives personnelles.)
Mais cet évêchén'étaitpas sans éclat. Fondé, dès le sixième siècle, par saint Samson, l'un des plus illustres et des plus vénérés émigrants delà Grande-Bretagne ; élevé, au neuvième siècle, par le roi de Bretagne, Nominoé, à la dignité de métropole bretonne, Tévèché de Dol, malgré sa décadence, avait gardé des témoignages précieux de son ancienne splendeur. L'évêque était comte et seigneur temporel de Dol ; sa place, aux Etats de Bretagne, était la première ; comme les archevêques, il avait le privilège de faire porter la croix devant lui, de timbrer ses armes de la double croix, et, dans les assemblées de la province ecclésiastique de Tours, il siégeait en face du métropolitain, sur un siège spécial (1).
D'ailleurs, lévèché de Dol devait donner à Urbain de Hercé les plus grandes consolations au point de vue religieux. Ses prédécesseurs, notamment Jean-François Dondel (1749-1767), Jean-Louis du Bouschet de Sourches (1716-1648) et Jean-François de Chamillart (1692-1702), avaient établi le diocèse sur le meilleur pied. Ce dernier, préoccupé de la formation de son clergé, avait fondé un grand séminaire dont il avait confié la • direction à la pieuse congrégation des Eudistes. Mgr de Sourches, tout adonné aux bonnes œuvres, avait doté sa ville épiscopale d'un collèo-e ; et, inébranlable sur la doctrine, il avait vaillamment combattu les erreurs jansénistes et affermi la discipline. Les doctrines perverses de Jansénius n'avaient pas trouvé un moindre adversaire dans Mgr Dondel qui, pendant les dix-huit années qu'il passa sur le sièoe de Dol, fut l'édification de son clergé et de son peuple.
Et puis, la magnifique cathédrale gothique de Dol, la plus belle de toute la Bretagne, n'était-elle pas là comme
(1) BiBL. NATION., ms. fr. 22,329: Mémoire sw le trésor des Chartes de VEvêché de Dol.