NOMINATION A LEVÉGHÉ DE DOL
un témoin plusieurs fois séculaire de la foi des Dolois ?
Urbain de Hercé pouvait donc venir sans crainte prendre possession du siège de saint Samson, illustré par tant de saints évêques, plus encore que par ses antiques privilèges.
La réputation de bonté, de zèle et de sainteté de Tévêquc élu de Dol n'avait pas tardé à avoir son écho au milieu de son nouveau peuple. Il était jeune, il n'avait que quarante-et-un ans, et cette circonstance ne le rendait que plus sympathique.
Quand la nouvelle de sa nomination fut parvenue aux oreilles de la municipalité de Dol, le 25 avril, celle-ci s'empressa de lui écrire pour le complimenter et offrir ses hommages tant à l'évéquo qu'au comte de Dol (1).
Quelques jours après la mort de Mgr Dondel, le vénérable chapitre de Dol s'était nommé cinq vicaires généraux pour administrer le diocèse pendant la vacance ; nous y notons des noms bien connus : les chanoines Gilles Déric, de la Biochaye et de Bizien du Lézard (2).
Le premier acte d'Urbain de Hercé, aussitôt sa nomination, fut d'adjoindre à ces vicaires capitulaires son frère François (3). François de Hercé, plus jeune de sept ans qu'Urbain, était, depuis 1760, curé de Martigné, près de Mayenne, paroisse dans laquelle se trouvait le manoir paternel du Plessis-Essenlé, en Colombiers. Avant de quitter sa cure, à l'appel de son frère, François de Hercé donna à ses ouailles désolées un dernier témoio'naq-e de son dévouement et de sa charité. Il distribua aux pauvres tout ce qu'il avait d'argent, ne gardant pour lui que douze sols, à tel point que, pour son voyage de Mayenne à Dol,
(1) Arch. jiunicip. de Dol : lieg. des délibérât., saniedy 25 avril 1707.
(2) Arch. départ. d'Ille-et-Vilaine, G. : Reg. des Insinuât, du dioc. de Bol, 17 février 1767.
(3) Ibid., 6 juin 1767.
18 URBAIN DE IIERCÉ
il dût emprunter la somme nécessaire à sa sœur Charlotte (1).
C'est de Christophe de Beaumont, archevêque de Paris, qu'Urbain-René de Hercé, en même temps que Pierre - Louis de Leyssin, archevê(|ue d'Embrun, devait recevoir la consécration épiscopale le 5 juillet 1767. Mais ce même jour, Alexandre de Talleyrand-Périgord, coadjuteur de Reims (2), devait également consacrer, dans l'église Saint-Sulpice, Louis de Grimaldi, évéque du Mans. L'archevêque de Paris, pour ne pas séparer le clergé, envoya l'archevêque d'Embrun et l'évêque de Dol au séminaire de Saint-Sulpice y faire leur retraite et recevoir l'onction sainte, avec l'évêque du Mans, des mains du coadjuteur de Reims.
Lorsqu'on saura par quels actes de sanctification Urbain de Hercé se préparait dans la suite à conférer les ordres sacrés aux clercs de son diocèse, on pourra imaginer par quels ardents sentiments de piété il disposa son cœur à la réception du caractère suprême.
Sa consécration eut donc lieu, le 5 juillet, quatrième dimanche après la Pentecôte. Cette cérémonie donna lieu à un grand concours d'ecclésiastiques et de fidèles qui se pressèrent avec un certain désordre dans l'église Saint- Sulpice. Les élèves du petit séminaire et les philosophes qui. primitivement, ne devaient pas assister, devancèrent les élèves du grand séminaire et envahirent leurs places réservées, déjà occupées en partie par les favoris du tapissier de l'église. Malgré la défense formelle, les portes du chœur furent forcées; ecclésiastiques et moines remplirent de chaises le sanctuaire jusque sur les marches de l'autel, « Tous ces gens-là, raconte le cérémoniaire mécontent, ne furent pas sûrement les plus modestes de
(1) Livre de famille.
(2) Mort cardinal-archevêque de Paris, en 1821.