‹ Urbain de HercéChapitre 162 sur 196 · DÉPART POUR VANNES · texte numérisé non relu

DÉPART POUR VANNES

étant « les plus féroces ennemis », non seulement le comte (le Sombreuil, mais encore le doux et vieux évèque de Dol et cette cohorte de pieux prêtres, dont le désir unique était de restaurer dans les campagnes le culte pacifique de Jésus-Christ,

Aussitôt le jugement arrêté, le soir du 9 thermidor, 27 juillet, Mgr de Hercé, son frère et les autres condamnés de ce jour furent placés sur des charrettes et dirigés sur Vannes avec une forte escorte. On ne leur avait pas fait connaître la décision de la commission militaire, mais l'illusion n'était pas possible. Aussi durent-ils, pendant ce voyage nocturne, commencer leur préparation à la mort.

Vers minuit, le funèhre convoi arrivait à Vannes. La ville était en fête. N'était-on pas au neuf thermidor ? Ce jour, au moment où la commission d'Auray avait décrété le massacre de ces seize Français, la Convention avait célébré l'anniversaire de la mort du sanguinaire Robespierre, proscrivant l'effusion du sang, les hécatombes ; puis, Tallien était monté à la tribune, demandant que le sang impur des prisonniers de ()uiberon abreuvât les sillons du ^Morbihan.

A Vannes, c'est le même anniversaire qu'on fêtait. Dans la salle de spectacle, des discours emphatiques, anathématisant le régime de sang, avaient été prononcés au milieu des acclamations. Maintenant les citoyennes de Vannes chantaient en chœur l'hymne de Chénier :

Renverse, ù Liberté ! cet autel homicide, Ofi riiorrible Anarchie, un poignard à la main, Comme autrefois Diane aux monts de la Tauride, S'apaisait par du sang humain.

Tous, autorités départementales et municipales, officiers, habitants, réunis dans la salle, applaudissaient

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avec frénésie. Au milieu des cris d'allégresse et au son du violon, on chanta, on dansa, on se réjouit, fort avant dans la nuit (1).

Et pendant ce temps, de funèbres charrettes, pleines de victimes, cachées dans les ténèbres, roulaient lourdement à travers les rues désertes de Vannes, se dirigeant vers la Porte-Prison.

Journée, à Vannes, comme à Paris, pleine de contradictions !

Les charrettes s'arrêtent à la Porte-Prison, située derrière la cathédrale, et Mgr de Hercé en descend avec ses compagnons, pour gravii- l'étroit escalier de pierre qui conduit aux tours de cette porte.

« Comme, après les avoir fait entrer dans une chambre, — raconte un membre de l'administration départementale (2), — on les faisait passer deux à deux dans une autre chambre où on les écrouait, et où ils devaient passer la nuit, ceux qui restaient pensaient qu'on les guillotinait dans cette seconde chambre, séparée de la première par un jardin qui existe sur le mur de la ville (3). Aucun d'eux ne paraissait abattu et tous causaient de sang-froid... Rendus dans la deuxième chambre, les condamnés palurent avoir quelque espérance. «

Aussitôt les condamnés arrivés, on se pressa d'aller prévenir les administrateurs du département qui applaudissaient dans la salle de spectacle les anathèmes en prose et en vers contre l'effusion du sang. Ceux-ci prirent connaissance du jugement et s'empressèrent d'écrire à Blad : « Nous pensons que pour conserver au peuple l'avantage d'un exemple terrible mais malheureusement nécessaire,

(1) Du CHATELLiEFi, Hist. (le la Révolution en bretar/nc, t. V, p. l'ii.

(2) Ibid. p. i:i;j.

(3) La Porle-Prison Jivail deux loiirs ; fcl le où lurenl enfermés Mgr de Hercé, son rrèro, cL autres, a élé (lélruilr il y ;i quelques années.

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