‹ Urbain de HercéChapitre 164 sur 196 · I.E MARTYRE · texte numérisé non relu

I.E MARTYRE

Il est dix heures et demie. C'est Theure où, chaque année, à cette date du 28 juillet, Févêque de Dol, entouré de son clergé, montait au saint autel, dans sa cathédrale, pour céléhrer la fête de saint Sanison, le patron de sa ville épiscopale et de son diocèse. En ce jour, 28 juillet 17'J5, Mgr de Hercé, évoque et comte de Dol, monte, au milieu de son clergé, au dernier autel, à l'autel de son propre sacrifice, en récitant les prières des morts. On aligne les seize prisonniers le long du mur, Mgr de Hercé entre son frère, le doux abbé François de Hercé, et le comte Charles de Sombreuil.

En ce moment solennel, l'évèque de Dol demande qu'on lui enlève son chapeau, afin de prononcer les dernières prières. Un soldat s'avance pour lui rendre ce service. Sombreuil lui barre le chemin : « Tu n'en es pas digne ! » lui dit-il. Et, avec ses dents, il enlève le chapeau du saint évêque (1).

Les bourreaux sont rangés en face, à quelques pas. Les victimes sont à genoux, les yeux bandés. Sombreuil reste debout, les yeux découverts, la tète haute. Il refuse de se mettre à genoux sur l'ordre de l'ofhcier républicain. Mgr de Hercé le prie de prendre cette posture qui convient pour la prière suprême. Le jeune général obéit : « Je mets un genou en terre pour Dieu, et l'autre pour le Roi », dit-il.

L'officier républicain commande le feu. Mgr de Hercé et ses compagnons tombent dans leur sang. Sombreuil est toujours droit. Il semble que les bourreaux se sont plutôt acharnés contre les ecclésiastiques. Il faut une seconde décharge pour abattre le vaillant général royaliste. Sombreuil tombe sur le corps de Mgr de Hercé, mêlant son sang bouillant de 25 ans au sang encore vigoureux du vieillard de 70 ans.

(1) Tresvaux, VÉglUe de Bretagne, p. 30;i. Cet auteur recueillit ce détail de la bouche d'un habitant de Vannes, peu après Tévénement.

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Alors les assassins se transforment en cannibales. Ils se précipitent sur les cadavres, arrachent leurs habits, jusqu'aux vêtements intimes ; et ils courent vendre ce butin sanglant chez les fripiers de Vannes (1).

On raconte que, parmi les bourreaux, se trouvait un misérable des environs de Vannes, qui avait acheté d'un soldat son uniforme et sa place, pour se payer le plaisir de fusiller un évêque. Comme butin, il s'empara de la cravate blanche qui entourait le cou du martyr, et, vengeance bien digne du saint évêque, ce fut grâce à cette cravate passée, à son insu, à son propre cou par sa pieuse fille, pendant sa dernière maladie, que le bourreau dut à sa victime sa conversion (2).

Dans la soutane de Mur de Hercé, on trouva un portefeuille plein de documents intéressants, et sur la plupart desquels nous n'avons malheureusement qu'une très courte notice, publiée à l'époque par une revue (3j. C'était :

1° Une lettre datée de Jersey, le 30 septembre 1793, signée par les évêques de Dol, de Bayeuxetde Tréguier, et divers vicaires généraux déportés dans cette île, par laquelle les signataires conféraient des pouvoirs aux ecclésiastiques qu'ils envoyaient en France ;

2° Un mandement de Jean-Charles de Coucy, évêque de la Rochelle, à ses diocésains ;

3^* Le discours de Mgr de Hercé, prononcé à Bath, le 30 mai 1794, à l'occasion de la mort de Madame Elisabeth de France ;

(1) Détails foui'iiis par M. le clianuiue Le Mené, doyen tlu Chapitre (le Vannes, qui les tenait d'un témoin.

(2) SiG. RoPARTz, Récits bretons, Paris, 18iH : Les reliques d'un martyr, pp. 213-226.

(3) Annales de la Religion, n° du 17 octobre 179^. Cette revue était rédigée par des prêtres constitutionnels. Nous avons déjà eu l'occasion, ici et là, de parler de ces pièces provenant du portefeuille de l'évêque de Dol

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