‹ Urbain de HercéChapitre 165 sur 196 · DÉP0UILLE3IENT DES CADAVRES · texte numérisé non relu

DÉP0UILLE3IENT DES CADAVRES

4" L'extrait d'une lettre du comte d'Artois, datée d'Osnabruek, le 22 février 1795, annonçant à Puisaye l'approbation de l'exercice des fonctions apostoliques de l'évèque de Dol ;

5° Des notes de Mgr de Hercé sur les curés à placer et les prêtres intrus à destituer ;

6° Un exemplaire du mandement qu'il avait adressé, en janvier 1795, aux lidèles de son diocèse ;

7** L'induit souscrit par le cardinal Zelada ;

8° La lettre du Cardinal Maury, en date du 19 avril 1795 ;

9° Les pouvoirs accordés paj' le Pape à l'évoque de Dol, pour sa mission en Franco (1).

Pendant que les bourreaux se partageaient les dépouilles des victimes et couraient les échanger contre quelques pièces d'argent, les corps dénudés de Mgr de Hercé et de ses compagnons restaient sur le lieu du supplice, nageant dans leur sang. Les chiens, attirés par l'odeur du carnage^ vinrent au milieu des cadavres s'abreuver à ce lleuve de sang « qu'ils ne pouvaient épuiser (2) ».

Enfin, à une heure de l'après-midi, devant les protestations des habitants, frappés autant d'horreur que de terreur au spectacle des corps de ce saint évêque, de ces prêtres indignement massacrés, dépouillés et livrés à la profanation des animaux, la municipalité se souvint qu'elle

(1) Aprrs l"('nunit''i'aliiin do eus pièces, les Am.vales dk la Mkuciux ajoutent : « Ces pièces sont en original dans les mains du citoyen Besne, accusateur public au tribunal criminel du département des Côtes-du-Nord à Saint-Brieuc... Les copies certifiées de ces pièces sont enti'e les mains d'un membre du Comité de l'Instruction publique. » Nos recherches ont été infructueuses. — l.e Journal anglais, The Oracle, dans son numéro du 29 octobre 171»o, signalait également cette trouvaille, a Ihe curions papers in the pocket-book of this Bishop ».

(2) Du CiiATELLiER, Ld Rcrolutiou en Bretagne, t. V, p. i:j9.

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avait été chargée de faire enlever les corps des suppliciés aussitôt après l'exécution (1).

Sans le moindre égard, on traîna les cadavres de l'évèque de Dol, de Sombreuil et des autres victimes, laissant de leur passage de longues traînées de sang, jus- ([u'au cimetière situé derrière Téglise Saint-Patern. Là, auprès de la porte donnant sur la rue de l'Hôpital, on les jeta pêle-mêle dans une fosse commune.

Telle fut la fin héroïque, et digne des martyrs des premiers siècles, de Mgr Urbain-René de Hercé, dernier évêque et comte de Dol.

Le surlendemain, 30 juillet, quatre autres ecclésiastiques qui avaient suivi Mgr de Hercé, subirent le même sort que le saint évêque. Louis du Largez, recteur de Plemeur-Bodou (Côtes-du-Nord), qui avait été pris, son calice à la main, fut fusillé au bourg de Quiberon avec plusieurs officiers du régiment de du Dresnay, dont il était l'aumônier. Comme on lui offrait l'occasion de s'évader, il répondit : « Ce serait une lâcheté de quitter mes compagnons d'infortune, aujourd'hui surtout qu'ils ont besoin de mon ministère. Je les conduirai à la mort et saurai mourir avec eux (2^. » En même temps et au même lieu, Roland de Kerloury, chanoine de Tréguier, tombait auprès de son ami le vicomte de la Houssaye, qu'il était revenu soigner, aloi's qu'une barque l'emportait déjà vers la flotte anglaise.

Jacques- Amable Poulain, aumônier du régiment de (ÏHerviUy, curé d'Esteville, diocèse de Rouen, après avoir vu surseoir sur son sort, « comme ayant exécuté la loi de

(1) Letti"e de radininislration (lé[)ait. à la niunicipalilr de Vannes, 10 lliermidor-28 juillet 17'.):i : Argh. du MoiuiiiiA.N, L. 137.

(2) (.A (iouRNERiE, Débvis (Ic Quiberon, j). I;J1, noie 3.

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déportation », fut condamné à mort, le 13 août, à Vannes et exécuté. Piorre-André Langlois de la Heuse, du même diocèse, obtint également le sursis de ses premiers juges ; mais, amené, quelque temps après, devant d'autres juges qui avaient reçu défense d'accorder des sursis, il répandit son sang au Giiamp-des-Martyrs d'Auray, auprès d'un jeune séminariste d'Avranches, René Le Normand de (larat, le 29 août.

Enfin, le 25 août, les fidèles serviteurs de l'évèque de Dol et de l'abbé François de Hercé, Jean Gautier, d'Épiniac, près Dol, et Mathurin Lefranc, de Quédillac (Ille-et- Vilaine), étaient massacrés au Bondon, près Vannes, avec une cinquantaine d'enfants émigrés.

La nouvelle de l'assassinat de Mgr de Hercé se répandit rapidement, provoquant les sentiments les plus opposés.

Les républicains, qui n'avaient pas compris ce qu'il y avait d'héroïque dans l'acte d'un vieil évêque de 70 ans, accablé d'infirmités, quittant l'exil pour venir, au risque de sa vie, réveiller la foi de ses diocésains, montrèrent encore moins de bon sens et de cœur devant le cadavre, horriblement mutilé, du saint évêque.

Ce n'était pas de la populace ignorante et inconsciente que partaient les plus basses injures. Elles venaient de ceux dont on aurait dû attendre plus de dignité, si on n'avait pas été à une époque où la dignité n'existait plus.

Deux jours après la mort de Mgr de Hercé, le représentant Guermeur écrivait au représentant Guezno : «Topsent et Kergalan (deux autres représentants) m'ont confirmé ce que te mande Burge, relativement à Monseigneur l'évèque de Dol et son saint clergé et au peureux (sic) chevalier Sombreuil... Le Dol et ses acolytes ont été fu-

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sillés k Vannes... Puissé-je voir le dernier d'entre eux à son dernier soupir, moi-môme en être cause et mourir de plaisir (1). w Guermeur mourut de misère.

Celui qui, plus que tout autre, aurait dû s'humilier devant le martyre du saint évêque, Claude Le Coz, le ravisseur du siège de Mgr de Hercé, ne craignit pas de piétiner le cadavre. Voulant excuser la conduite, qu'il était forcé de reconnaître « exécrable », de Gobel, l'intrus de Paris, et de ses prêtres, Le Coz osa écrire : « Mais celle de l'ancien évêque de Dol et de ses prêtres qui Font accompagne à Quiberon est-elle donc si édifiante ? Quelle désolation de voir s'avancer, entre des tonnes de faux assignats et des caisses de poignards, des ministres d'un Dieu de vérité et de charité (ij. » Et, après ce tableau digne de Tallien, l'intrus se permettait de condamner, au nom de l'Evangile, la conduite toute de paix et de piété de l'héroïque martyr, qu'il voulait en vain faire passer pour belliqueuse et pleine de haine.

Parmi les catholiques et les royalistes habitant le territoire français, l'émotion fut énorme. Tandis rpie, spécialement, dans le diocèse de Dol, les prêtres réfractaires et les fidèles qui attendaient avec impatience l'arrivée de leur évêque vénéré, gémissaient au milieu des larmes, Charette, le vaillant général vendéen, indigné au plus haut point du massacre d'un évêque infirme et de prêtres inoffensifs, faisait, par représailles, fusiller ses prisonniers républicains.

(1) Lettre du 12 thermidor an III (30 juillet 179))), faisant partie de la collection de M. du Ghatellier : Arch du château de Kernus; citée par Glosmadeuc, Quiberon, p. 53.

(2) Roussel : Correspondance de Le Coz (Paris, Picard, 1901)), p. 217: Lettre de Le Coz aux Anna/es religieuses, 10 sept. 1796. On se souvient que Tallien avait mensongèrement affirmé à la Convention que les poignards des Émigrés étaient empoisonnés; il s'en faut de peu que Le Coz, pour sa thèse, n'ait armé Mgr de Hercé et ses prêtres, de ces poignards.

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