‹ Urbain de HercéChapitre 166 sur 196 · SERVICE FUNÈBRE A LONDRES · texte numérisé non relu

SERVICE FUNÈBRE A LONDRES

Les prêtres assermentés eux-mêmes sentirent le remords envahir leurs âmes, devant la grande et suprême leçon donnée par un pasteur qu'ils aimèrent et vénérèrent. Notamment deux d'entre eux allaient faire une publique rétractation de leurs erreurs, en poussant ce cri de leurs consciences tourmentées : « Nous avons contristé un des plus zélés, un des plus vertueux, un des plus grands Évêques de France. De Hercé !... son nom seul fait son éloge ! (1) »

EnAngleterre, les prêtres et les Emigrés furent atterrés. La noble attitude, la bonté toute paternelle, la douce piété de Mgr de Hercé lui avaient attiré dans l'exil la vénération non seulement de ses compatriotes, mais de plus celle des Anglais, catholiques ou protestants, qui l'approchaient. En cette terre qui avait donné naissance à saint Samson, le glorieux premier évêque de Dol, et qui en a gardé un religieux souvenir, son successeur, Urbain de Hercé, avait réveillé, chez beaucoup, les sentiments de catholicisme, qui jadis avaient fait donner à ce pays, aujourd'hui aveuglé par l'anglicanisme, le nom d'Ile des Saints.

Un service solennel fut célébré à Londres pour l'évêque de Dol et ses compagnons. Tous les évêques, prêtres et laïques français qui se trouvaient dans la capitale de l'Angleterre, vinrent s'unir dans la prière autour du catafalque, vide, hélas ! des corps des vaillants martyrs de la religion.

■ L'abbé de Ghateaugiron, ancien professeur du collège de Rennes, « aussi exact et profond en doctrine ecclésiastique, qu'il était puissant en paroles », dit un contem-

(1) Déclaration de M. Portier, recteur de Meillac, diocèse de Dol, aumjet des écrits qu'il a eu le malheur de faire sur la Constitution ditecivile du Clergé. Rennes, Blouet, 1797. In-8° de 95 pages. Celte déclaration est contresignée par Jean Dénouai, prêtre de Meillac, recteur intrus de Bonnemain, pp. 94-93.

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porain, prononça l'oraison funèbre ou plutôt le panégyrique d'Urbain -René de Hercé, évêque et comte de Dol.

Il prit pour texte ce passage du II" livre des Machabées (ch. Yi, 31) : « Vità decessit, universde genti memoriam mortis suse ad exemplum virtutis et fortitudiniis derelinquens : Le vieillard Eléazar a quitté la vie en laissant à toute sa nation un grand exemple de force et de vertu dans sa mort. »

Appliquant ces paroles à l'évêque de Dol, l'orateur démontra que, « par la pratique constante de toutes les vertus épiscopales, ce digne prélat avait mérité de rendre témoignage à la vérité, c'est-à-dire, de mourir pour la religion. » En second lieu, l'abbé de Chateaugiron prouva « que le Seigneur avait couronné la fidélité de ce vertueux évêque, en donnant à sa mort les qualités qui constituent le vrai martyr (1). »

A Jersey, où Mgr de Hercé avait également laissé les plus pieux souvenirs, l'abbé Antoine Motreuil, mort curé de Notre-Dame de Mayenne, paroisse natale de l'évêque de Dol, fit, à son tour, en 179G, un éloge historique du saint prélat (2). Il s'attacha, en un point de son discours, à venger Mgr de Hercé des « soupçons injurieux w, qui s'étaient élevés sur sa fidélité religieuse à l'occasion de la part qu'il prit à la nomination de l'abbé des Vaupons à l'évêché, non canoniquement érigé, de Laval. La conclusion de l'orateur : « Si Mgr de Hercé a commis quelque faute, elle a été promptement réparée », prouve que l'abbé Motreuil était incomplètement renseigné, l'évêque de Dol,

(1) GuiLLON, Les Martyrs de la Foi, t. III, pp. 303-304. — Lubersac, vie. gén. de Narbonne, émigré français, Journal historique et politique de rémigration et déportation du Clergé de France en Angleterre. Londres, Dulau, i802.

(2) Mémoires ecclcs. sur Laval, pendant la Révolution, p. 22, note.

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