‹ Urbain de HercéChapitre 167 sur 196 · CHAGRIN DE LA FAMILLE DE IIERCK · texte numérisé non relu

CHAGRIN DE LA FAMILLE DE IIERCK

dans cette circonstance, ayant, comme nous l'avons démontré en son lieu, agi avec la plus grande sagesse et les plus pures intentions.

Que dire maintenant de l'immense chagrin qui gonfla le cœur de la famille de Hercé, à la nouvelle de la mort simultanée de deux de ses plus chers et de ses plus illustres membres ?

Lorsque le jeune Jean-François de Hercé, le futur évêque de Nantes, apprit les détails de la mort de ses deux oncles, il versa d'abondantes larmes ; mais la pensée de l'héroïsme qu'ils avaient montré dans une mort reçue par haine de la religion, apporta un adoucissement à sa douleur et devait plus tard déterminer sa vocation. A ce moment, il se trouvait cantonné dans les environs de Portsmouth, avec les régiments d'Émigrés que l'Angleterre perfide maintenait dans l'inaction. Au mois de septembre de cette même année, 1795, Jean-François prenait part à l'expédition inutile du comte d'Artois, Revenu à Weston, près Bath, où résidait son père le chevalier de Hercé, il trouva celuici accablé par la mort tragique de ses deux frères. Peu de jours après, le 6 mars 1796, le chevalier de Hercé expirait de chagrin dans les bras de son lils.

Pendant ce temps, à Mayenne, dans la ville natale des de Hercé, la nouvelle du martyre de l'évêque et du vicaire général de Dol fut comme un coup de foudre. Dans la maison qu'avait habitée Mgr de Hercé avant sa déportation, se trouvaient la femme du chevalier de Hercé, Jeanne du Boys de la Basraeignée, et mademoiselle Charlotte de Hercé, la sœur des deux martyrs.

Depuis quelques temps, elles y étaient rentrées, après seize mois de captivité dans la prison de Chartres, comme

nous l'avons raconté. Charlotte de Hercc était alors atteinte d'une douloureuse maladie, suite des souffrances physiques et morales qu'elle avait endurées. Afin de ne pas augmenter sa peine, sa belle-sœur lui cacha l'effroyable nouvelle. Avec l'héroïsme que donne la religion, madame de Hercé garda pour elle seule ce coup terrible, qui bientôt fut doublé par la nouvelle de la mort de son époux. Elle ne cessa de montrer un visage toujours calme et souriant à Charlotte de Hercé qu'elle soignait avec une tendre affection. Mais, à quelque temps de là, sortant d'un long assoupissement, la bonne Charlotte dit à sa belle-sœur : « Mes frères sont morts ; je les ai vus (1). » Dieu lui avait accordé la grâce de voir ses deux frères dans la phalange des martyrs qui entourent le trône de l'Agneau divin. Elle-même alla les rejoindre, le 31 août 1798 (2).

Le corps de Mgr de Hercé resta dans la fosse commune des fusillés, du 28 juillet 17115 jusqu'à la Restauration, c'est-à-dire, pendant dix-neuf uns. Aussitôt la Royauté rétablie en France, on pensa à relever les restes de ces victimes d'un régime aussi hostile à la religion qu'à la monarchie, et à leur rendre l'hommage dû à leur héroïsme et à leur malheur.

La fosse où Mgr de Hercé, son frère, les onze autres ecclésiastiques, ainsi que le général Charles de Sombreuil, René de La Landelle et François Petit-Guyot,'avaient été inhumés, fut découverte. Elle ne contenait plus que des ossements confondus. Impossible dès lors, au miheu

(1) Livre de famille.

(2) Arch. MUMCip. DE Mayenne : Re;/. des décès, 1+ Inirtidor an VI

TRANSLATION DES RESTES DE MdR DE IIERGK 'i55

de cet amas de squelettes disloqués, de distinguer les restes particulièrement vénérables du saint évêque de Dol. On fut réduit à déposer au hasard ces ossements dans des cercueils.

Sur différents autres points des environs de Vannes, où avaient eu lieu d'autres exécutions de prisonniers de Quiberon, d'autres cercueils s'emplirent d'autres ossements.

Ces cercueils, au nombre de neuf, furent d'abord déjiosés dans l'église du séminaire. Le 7 novembre 1814, on les transporta solennellement, de ce lieu, dans la cathédrale de Vannes. L'évêque, Mgr de Bausset-Roquefort, présida cette touchante cérémonie. Le comte du Floirac, préfet du Morbihan, le général commandant le département, accompagné des officiers de la garnison, un grand nombre de chevaliers de Saint-Louis et les nombreuses familles des victimes, prirent part à cette lugubre translation (1).

Avant de célébrer la messe pontilicale, Mgr de Bausset- Roquefort tint à rappeler à la foule immense remplissant la cathédrale, les événements qui avaient donné lieu au massacre de tant de Chrétiens, et à payer un juste tribut d'éloges et de larmes à leur mémoire. Il prit pour texte ces paroles du Psalmiste, bien appropriées à la circonstance : « Exiiltcibunt ossa hamilinta. : Ces os brisés tressailleront d'allégresse (2). »

L'éloquent prélat, sur la poitrine duquel brillait la croix <le l'évêque de Dol, s'arrêta longuement à retracer la vie et les vertus de la plus vénérable des victimes dont les ossements étaient présents, de Mgr Urbain-René de Hercé qui, « à toutes les qualités que l'apôtre saint Paul exige d'un évêque, joignait ce zèle éclairé, cette cimrité tendre

(1) Heg. du cunscil de révêchc de Vantics, qui, par erreur, indique le.îl octobre au lieu du 7 novembre. — Re(j . de la parome Saint- Pierre de Vanne!> (église-caUiédrale).

(2) Psaume l, v.lO.

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et compatissante, cette régularité de mœurs et cette aimable gravité, qui lui méritaient la confiance et la vénération de tous ses diocésains ».

Mgr de Bausset montra le saint évéque abordant dans ce diocèse de Vannes « qui, dit-il, se glorifiera toujours de posséder ses précieuses reliques, et dont les évèques se feront toujours honneur de porter sa croix pectorale, comme leur plus bel ornement ».

Enfin, l'orateur, sui^-ant ce fidèle serviteur du Cbrist jusque devant le tribunal, jusqu'à son martyre, s'écria dans un émouvant élan d'éloquence : ce L'innocent est condamné, le juste est conduit comme un criminel au lieu de son supplice... C'est ainsi, ô mon Dieu ! que vous avez été traité, et il est bien glorieux pour un Pontife de votre Eglise et pour un successeur des Apôtres, d'avoir part à votre calice et de mourir comme vous V ! »

Après cette éloquente oraison funèbre qui, particulièrement aux parents des victimes et aux témoins heureusement survivants du drame, arracha d'abondantes larmes, Févêque de Vannes célébra pontifîcalement la sainte messe. Après l'absoute, les neuf cercueils furent transportés dans la seconde chapelle à gauche de l'entrée de la cathédrale, alors dédiée à saint Bonaventure, et furent descendus dans un caveau creusé sous le parvis.

Le conseil de l'évêché de Vannes, enregistrant cette cérémonie mémorable, prit un engagement formel à l'égard de la mémoire de ceux auxquels Mgr de Bausset-Roquefort venait de rendre un si magnifique hommage, et spécialement de Mgr de Hercé. Dans son registre, en date de ce jour, on lit, en effet, que les cercueils ont été déposés dans

(1) Discours prononcé jmi' M'jr de liaussct-Hoquefort, évéque de Vannes, le 7 novembre 181 A, avant la cérémonie funèbre faite xlans V Église-Cathédrale de cette Ville, pour l'inhumation des Victimes d^ Quiberon qui ont péri a Vannes. A Vannes, chez Galles aîné, imprimeur du Roi. Iii-S" de 12 paires.

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