‹ Urbain de HercéChapitre 19 sur 196 · ÉMOUVANTE ENTREVUE AVEC SON PÈRE · texte numérisé non relu

ÉMOUVANTE ENTREVUE AVEC SON PÈRE

visite à sa famille, à lui porter sa première bénédiction. Il arriva à Mayenne vers la mi-aoùt 17()7.

Qu'on juge de la joie de la pieuse madame de Hercé en serrant contre son sein maternel ce fils chéri dont la main bénissante répandait une nouvelle vie dans son âme si héroïque, si chrétienne !

L'entrevue du père et du fils fut des plus émouvantes.

Jean de Hercé, alors âgé de soixante-sept ans, avait vu tout à coup sa vigueur corporelle et sa belle intelligence s'affaiblir au point de ne pouvoir marcher sans aide et exprimer une seule pensée. Auprès de lui, on avait placé un serviteur dévoué et plein d'esprit, du nom de Jean Liger, lequel adoucissait les infirmités du vénérable vieillard par des anecdotes et des histoires, tel qu'on le fait aux enfants.

Lorsqu'Urbain, la croix épiscopale brillant sur sa poitrine, se présenta devant Jean de Hercé, celui-ci, subitement, au grand étonnement de tous, se leva sans aide de son fauteuil et tendit ses bras tremblants vers son fils, alors que ses yeux, baignés de larmes, s'élevaient en action de grâces vers le Ciel (1).

Dieu avait réservé cette dernière joie terrestre à l'excellent père. Le vieillard venait de prononcer son Nunc dimittis. Quelques jours après^ en effet, le 2o août 1767 (2), Jean VI 11 de Hercé s'éteignait doucement entre les bras de l'évèque de Dol.

Cependant, à Dol, on attendait depuis longtemps avec impatience l'arrivée de Mgr de Hercé.

(1) Livre de famille, où, cette touchante anecdote est racontée par un témoin, Jean-Armand de Hercé, lîls du frère aîné d'Urbain.

(2) Argh. municip. de Mayenne : Reg. de la paroisse Notre-Dame, 24 août 1767. Il fut inhumé le lendemain dans le cimetière de la paroisse.

L'entrée d'un évoque et comte de Dol dans sa ville épiscopale et seigneuriale était des plus grandioses. D'après les Déclarations de la seigneurie épiscopale, le jour de cette entrée solennelle de l'évêque à Dol, le « sire de Landal » devait se trouver présent en personne et « tenir la bride de de la liaquenée ou cheval dudit seigneur évesque, lorsqu'il mettait pied à terre, sauf à prendre et garder par lui ladite haquenée ou cheval avec tout son harnois ». Le même jour, « le seigneur de la Ghesnay-au-Bouteiller devait servir d'échanson audit seigneur évesque (i) )>.

D'autre part, il était d'usage que la municipalité de la ville de Dol, le jour de l'entrée de Févôque et comte, se rendit en corps auprès de lui pour le complimenter et lui présenter vingt bouteilles de vin de ville.

En conséquence de ces coutumes, la municipalité de Dol s'était réunie, le 8 août 17G7, sur le bruit que monseigneur l'évêque de Dol devait, sous peu de temps, faire sa première entrée dans la ville ; elle avait arrêté de lui rendre les honneurs qui lui étaient dus, et un marchand de vin, (Lépine-Plaine) avait été désigné pour fournir « vingt bouteilles remplies du meilleur vin », estimées 21 livres, 5 sols, et les employés aux fermes de la province (représentés de nos jours par les employés des contributions indirectes) en avaient été prévenus pour éviter toute difficulté (2).

De son côté, Charles-Claude-Yves-Joseph-François Quemper, chevalier seigneur comte châtelain de Lanascol, grand-voyer de Dol, seigneur propriétaire de la terre, fiefs et seigneuries du Gage-Cleuz (3), s'apprêta, entant que seigneur du Gage, à remplir ses fonctions de maître ■d'hôtel à la table de l'évêque. Mais comme il habitait ordi-

(1) Déclaration de 1573, citée par Guillotin de Corson : Pouillé .historique de V Archevêché de ilennes (1880), t. I, p. 440.

(2) Argh. MUNICH". DE Dol : Rcfj. des délibérât., samedy S aoust 1767 ; — Arch. dép. d'Ille-et-Vil., G. :5.">9; Comptes de la miscrie de Do/, 1767.

(3) Cette seigneurie se Iroiivait en Roz-Landiieux, près Dol.

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